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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Quand la lutte antiraciste est prise en otage par des idéologues… (CCIF)

19 Mai 2015 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Racisme, #Antisémitisme et négationnisme, #Islamophobie, #"Gauche" décomplexée

Nous avions signalé, il y a un mois, la réaction justifiée de Rokhaya Diallo aux déclarations de Gilles Clavreul pour Libération.

Le communiqué du CCIF nous avait échappé et nous le citons intégralement :

« Tous les racismes sont condamnables, mais le racisme anti-Arabe et anti-Noir n’a pas les mêmes ressorts que l’antisémitisme dans sa violence. Il faut être capable de dire la particularité de l’antisémitisme » déclarait Gilles Clavreul à Libération, jeudi 16 avril dernier. 

Gilles Clavreul est le nouveau délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, chargé de mettre en œuvre le plan présenté par M. Valls vendredi dernier.

Ça promet.

  • Selon M. Clavreul, tous les racismes ne se valent pas

Cette déclaration est scandaleuse et ce pour deux raisons essentielles : tout d’abord, vouloir hiérarchiser le particularisme des racismes les-uns en fonction des autres est malvenue. Il est évident que pour lutter efficacement contre un racisme, il faut être en mesure d’analyser les ressorts de ce racisme en particulier. Nous ne remettons pas en cause cette vérité.

Mais dans la pensée de M. Clavreul, seul l’antisémitisme, contrairement au racisme anti-Arabe ou anti-Noir relèverait d’une complexité digne d’intérêt.

Pour preuve, dans son expression honteuse, il met dans le même panier « le racisme anti-Noir et anti-Arabe » de façon indifférenciée. Peut-être d’ailleurs que s’il consentait à analyser la particularité de l’islamophobie, un terme que M. Clavreul se refuse d’utiliser, il se rendrait compte que 71,6% des discriminations islamophobes sont le fait des institutions publiques appliquant souvent une conception liberticide de la laïcité, éloignée de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905.

Mais cela reviendrait à pointer du doigt la conception particulière que son mentor, Manuel Valls, n’a cessé de populariser… Nul besoin de rappeler cette fameuse polémique soulevée par M. Valls, alors Ministre de l’intérieur, qui considérait que « le voile qui interdit aux femmes d'être ce qu'elles sont doit rester pour la République un combat essentiel. »

Ainsi, les racismes anti-Arabe et anti-Noir se voient infliger une double peine. Minimisés d’abord pour être méprisés ensuite.

Enfin, derrière cette rhétorique se terre une lecture historique anti-universaliste. Notre Histoire a été jalonnée de violences et de drames qu’il convient d’analyser avec la même intelligence afin de combattre le racisme contemporain.

  • Pour M. Clavreul, la lutte contre l’islamophobie est forcément « communautariste »

Aux journalistes de Libération, le nouveau délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme a également exprimé sa « méfiance » à l’égard de l’éclatement de la sphère antiraciste en collectifs sectoriels qu’il juge « communautaristes » comme par exemple les collectifs contre l’islamophobie et contre la négrophobie. 

Le délégué continue en affirmant que ces groupes « sont dans une revendication victimaire destinée à faire reconnaître un groupe en tant que groupe. Ils instruisent le procès de la France comme étant coupable de tous les crimes : l’esclavage, la colonisation…». Un comble alors qu’il hiérarchise sans vergogne les victimes de violences racistes et que par ailleurs l’Etat est le premier discriminant de ces groupes qu’il incrimine. Nous rappelons par ailleurs que ces « groupes » auxquels il fait référence sont avant tout ses concitoyens qui n’aspirent qu’à vivre sereinement dans ce pays.

  • Une idéologie partagée avec Manuel Valls

Nommé par Manuel Valls (La DILCRA est placée depuis novembre 2014 sous l’autorité du Premier ministre), nous reconnaissons à notre grand regret des similitudes avec l’idéologie de M. Valls, qui considère l’antisémitisme, qu’il convient bien évidemment de condamner fermement, au-dessus des racismes anti-Arabe et anti-Noir.

Dans son discours, vendredi 17 avril dernier, Manuel Valls a glissé une déclaration dont la portée est extrêmement grave. Il a ainsi martelé que "les Français juifs ne devaient plus avoir peur d'être juifs" et que "les Français musulmans ne devaient plus avoir honte d'être musulmans".

Cette dernière affirmation est purement et simplement inacceptable. Elle sous-tend que la seule inquiétude qui incomberait aux musulmans de France serait d’avoir « honte » de leur appartenance religieuse ou de leur culture alors même qu’ils subissent au quotidien des discriminations et des violences en raison même de cette altérité.

A l’heure où le racisme se banalise en France, il faut être capable d’affirmer que tous les racismes sont condamnables et que tous les racismes ont pour dénominateur commun une haine de l’autre, sans aucune ambiguïté.

A l’heure où les actes islamophobes explosent et l’antisémitisme progresse, il faut être en mesure de travailler à unir les luttes plutôt qu’à les opposer.

 

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