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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Todd : "Charlie avait un fond inconscient d'islamophobie qui nourrit aussi l'antisémitisme"

17 Mai 2015 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Société française, #Antisémitisme et négationnisme, #Islamophobie

Todd : "Charlie avait un fond inconscient d'islamophobie qui nourrit aussi l'antisémitisme"

Opinions

Avec "Qui est Charlie?", l'historien Emmanuel Todd prend place au centre du débat. Un livre brillant et iconoclaste sur la sociologie de la grande marche du 11 janvier.Interview d'un penseur libre qui défie la torpeur des milieux intellectuels français.

 

Avec ce livre, Emmanuel Todd, vous allez à contre-fil. Vous parlez de l’hystérie du 11 janvier. Quelle aurait pu être la bonne manière, pour le public, de témoigner son émotion dans la dignité, avec justesse ?

Je ne pense pas qu’une manifestation de masse fût la bonne chose. J’ai été élevé dans l’idée que, face aux émotions fortes, il fallait garder un contrôle de soi. On peut reprocher à François Hollande, qui a organisé cette marche à Paris, d’avoir sacralisé l’attentat terroriste ignoble, et d’avoir élevé les frères Kouachi et Coulibaly au rang de figures centrales. Un véritable sang-froid aurait fait comprendre plus vite que le mal venait de la société française elle-même. La dignité eût été de se remettre en question soi-même. Or, il y a eu là une absence de conscience réflexive. Ce que je reproche également au phénomène "Charlie", c’est de n’avoir pas traité à leur juste valeur les assassinats de l’Hyper Cacher et, par là même, la question fondamentale de l’antisémitisme. Ce n’était en soi ni une question d’islam ni de caricature. Ma propre prise de conscience du 11 janvier, c’est justement que la montée de cet antisémitisme était une question prioritaire à régler en France. Le problème n’était pas la liberté d’expression; ou alors, oui, mais depuis le 11 janvier précisément. Il est devenu très difficile de parler raisonnablement de toutes sortes de choses.

Peut-on considérer, comme vous le suggérez, que Charlie soit le nom d’une France déchristianisée qui a peur parce qu’elle sait qu’elle a manqué l’insertion de l’immigration d’origine arabo-musulmane ?

Au fond, ce que je reproche au phénomène "Charlie", c’est d’avoir promu et perpétué des politiques économiques, une gestion de la société qui s’avèrent destructrices pour la moitié de la population. Pour les milieux ouvriers et populaires anciennement français, mais aussi pour les enfants d’immigrés. Cela aboutit à lancer les faibles les uns contre les autres, ce qui correspond à une situation très peu républicaine en vérité. On lance les ouvriers contre les Arabes; puis, les Arabes contre les Juifs. Et au milieu de cela, il y a ce bloc "Charlie" (classes moyennes, personnes âgées, catholicisme zombie) qui va célébrer les valeurs républicaines de liberté et d’égalité, alors qu’on se trouve dans une situation objective et concrète d’exclusion de larges pans de la société française, qui produit des phénomènes d’islamophobie et d’antisémitisme. Bref, on assiste à un pourrissement par le bas de la société.

L’effondrement du catholicisme en France, depuis les années 1960 notamment, induirait d’ailleurs un regain de xénophobie ?

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