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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

MRAP : redresser la barre avant qu'il ne soit trop tard !

7 Août 2015 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #MRAP expressions plurielles, #Repères

MRAP  : redresser la barre avant qu'il ne soit trop tard  !

Rédigé en 2012, ce texte a été signé notamment par 9 membres du Conseil national du MRAP. Comme il est cité dans un procès en sorcellerie, nous le publions en entier.

Le MRAP est né en 1949, héritier de la résistance juive et communiste au nazisme. Très vite, il a élargi son champ d'action, pour lutter contre le racisme sous toutes ses formes et pour l'amitié entre les peuples.

Les victimes du racisme y avaient toute leur place, dans la lutte et la réflexion politique, comme acteurs et responsables, et pas seulement comme personnes défendues par d'autres.

Il y aura bientôt dix ans, le MRAP a été la première organisation anti-raciste en France à comprendre et à expliquer que l'islamophobie était un phénomène nouveau, pas plus réductible au racisme anti-arabe que l'antisémitisme ne l'était à l'anti-judaïsme religieux.

Il avait aussi compris que le conflit israélo-palestinien n'était certes pas le seul, ni le plus meurtrier, mais un des plus anciens, qu'il était à la confluence et à la source de plusieurs autres, et que sa résolution dans la justice était indispensable.

Nous avons participé à ces débats, à ces combats, nous en sommes fiers et les critiques de la droite et de l'extrême-droite valent pour nous tous les brevets de respectabilité.

Malheureusement  de l'extérieur comme de l'intérieur et  de façon coordonnée, des positions du MRAP furent sciemment déformées, violemment critiquées et ce au prétexte d'idéaux se revendiquant de gauche,  d'une laïcité falsifiée, de valeurs proclamées universelles.

De surcroît, le fonctionnement du siège n'a rien fait pour arranger les choses : Perte de militants, vieillissement, brouillage des repères intellectuels, dysfonctionnements administratifs divers, absence de réflexion originale sur les enjeux de société, verrouillages de l'organisation se sont nourries mutuellement. Nous avons vu s’éloigner et souvent partir des militants de talent, désespérés de ne pouvoir changer les choses, ou pire encore, ostracisés et dénigrés.

Plus grave, le MRAP est resté à l'écart de tout un mouvement issu de la «  marche pour l'égalité et contre le racisme de 1983  ». L'actuel «  printemps des quartiers populaires  »  est riche de militants, d'idées, d'associations,  et le MRAP, qui se méfie  de cette dynamique en est encore absent L'introduction, dans un texte d'orientation, de la notion de «  racisme anti-blanc  », thème de propagande de l'extrême-droite est un exemple de la dérive idéologique de notre mouvement.

Un ancien ministre[1] avait osé affirmer que la lutte contre les discriminations devait être animée par quelqu'un issu du «  corps français traditionnel  ». Force est de constater, que c'est ce «  corps français traditionnel  », qui assure non seulement la représentation nationale, mais aussi la direction du MRAP. Or, le regard, le ressenti, la mémoire, les idées et le savoir et l’expérience des victimes du racisme sont indispensables au combat anti-raciste.

Le MRAP a une histoire,  une réputation. Il est important qu'il en soit digne, que l'image positive qu'il conserve ne soit pas démentie et ne disparaisse . Il doit redevenir l'outil qu'il a été au service du combat anti raciste d’aujourd’hui : lutter contre tous les racismes,  l’antisémitisme, l’islamophobie, le racisme anti rom.…

Pour cela, il lui faut  :

  • s'ouvrir à toutes les forces et idées nouvelles qui émergent dans la société française, dans la clarté et le respect mutuel. Tout le monde y gagnera  ;
  • reprendre l’initiative de débats pour le combat anti-raciste  et prendre toute sa place comme force de proposition ;
  • créer les conditions d'un fonctionnement efficace et pluraliste
  • redevenir un pôle attractif  et un instrument efficace dans les mobilisations collectives.

A défaut, il court le danger de devenir un groupuscule ou de disparaître, et il n'existera plus que dans la nostalgie des anciens et les fantasmes de l'extrême-droite.

Premiers signataires :

36 dont 9 membres du CN

 

[1]     Gérard Longuet, le 10 mars 2010, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la présidence de la HALDE.

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