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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Sexisme / Racisme. Conclusions (Saïd Bouamama)

25 Août 2015 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Discriminations, #Racisme, #FUIQP

Sexisme / Racisme. Conclusions (Saïd Bouamama)
Sexisme / Racisme. Conclusions (Saïd Bouamama)

Le débat que nous venons de vivre souligne les progrès de nos prises de consciences. En premier lieu, il souligne la prise de conscience de la nécessité de lutter contre toutes les dominations qui font système (de classe, de race et de genre). Le débat sur la hiérarchisation de ces dominations est obsolète, le système capitaliste fonctionnant en articulant à son profit toutes les dominations. La domination de classe n’existe pas dans l’abstrait, elle se vit de manière genrée et racisée. La domination de genre n’est pas plus éthérée, elle se vit selon la classe d’appartenance et l’origine. Le racisme est lui aussi incarné différemment selon que l’on est une femme ou un homme et selon la classe d’appartenance.

La seconde prise de conscience porte sur la question de la mixité et de la non mixité au sein du FUIQP.   Il y a quelques années, ce débat aurait provoqué la division, la moitié des participants quittant la salle, l’autre moitié restant. Notre incapacité à avoir des débats contradictoires sans vouloir aller immédiatement à la solution, on l’a payée pendant trente ans. Bien sûr nous n’avons pas la solution miracle et notre débat a montré des craintes, des tensions, des vigilances opposées, etc. Il ne faut pas les vivre selon moi comme des obstacles à notre unité mais au contraire comme leur condition. Nous sommes, en effet, confrontés à une double dérive possible.

La première consiste à sous-estimer que seuls les premiers concernés par une domination peuvent en saisir l’ensemble des rouages, justement parce qu’ils en sont victimes. C’est justement la base de notre attachement à l’auto-organisation, échaudés que nous sommes par des « alliés » nous imposant leurs priorités, leurs agendas, leurs hiérarchisations des luttes. Cette première dérive légitime des espaces-temps non mixtes (de femmes, de racisés, etc.).

Mais cette dérive n’est pas la seule. Il en existe une autre tout aussi négative pour un mouvement autonome : celle de l’éparpillement en une multitude d’instances non mixtes. Nous devons construire notre route en évitant ces deux dérives. Le simple fait que nous ayons eu un tel débat est un signe encourageant.

Au niveau de l’analyse de la situation, sur les questions qui viennent d’être débattues, il nous faut bien comprendre que nous sommes confrontés à un système dans lequel les dominations croisées qui s’articulent entre elles nous obligent à inventer des modes d’organisation dans lesquels il nous faut prendre en compte tous les niveaux de domination. C’est complexe et personne ne peut prétendre avoir la solution. Il va falloir qu’on expérimente, qu’on invente. Si on dit que tout est mixité, on va laisser de côté un certain nombre de dominé-e-s. La solution qui consisterait à dire tout est non-mixité nous diviserait également. De cette complexité-là, il faut qu’on en prenne acte, qu’on l’accepte, qu’on arrive à en débattre.

Pendant trente ans, au cours des luttes des immigrations,  si la mixité était complète elle n’était pas  en revanche représentée dans les directions. N’est-il pas temps de porter remède à pareille situation ?

Pour transformer l’essai que nous venons de marquer, gardons en tête que, comme le disait Nkrumah,  nous avons à inventer le chemin en marchant.

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