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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Sexisme / Racisme Débat

24 Août 2015 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Discriminations, #Racisme, #FUIQP

Sexisme / Racisme Débat

Sexisme / Racisme

Entre soi, entre femmes racisées

Une proposition qui ne fera peut-être pas l’unanimité, mais il me semble qu’il faudrait déjà prévoir des moments de débats entre soi, entre femmes racisées.

Audre Lorde, une féministe états-unienne, écrivaine et poétesse, invitée en Allemagne pour une conférence, a demandé à un moment aux Blanches de sortir. Les Noires allemandes, un peu stupéfaites, ont dit qu’elles n’avaient jamais vu ça de leur vie, mais ont reconnu qu’Audre Lorde leur avait fait comprendre qu’il y a des choses que l’on ne peut pas dire lorsqu’il y a des Blanches. Elles ont pris conscience qu’il existait une sorte de colonisation de l’esprit.

Que des femmes noires se rencontrent entre elles, discutent, mangent entre elles, que l’on crée des espaces d’entre soi de femmes racisées, cela va commencer entre nous, et cela doit commencer entre nous. Et bien entendu, cela doit passer par des moments de convivialité, car la vie ce n’est pas uniquement lire, réfléchir, travailler, la vie c’est aussi de la douceur, de l’amour, de la reconnaissance.

Construire nos valeurs, définir nos identités passe par ces temps-là de convivialité et d’entre soi entre femmes racisées. Pour nous qui ne vivons pas qu’une seule discrimination, -on vit le racisme, le sexisme, le clanisme-, cela sera sans doute long, néanmoins j’y crois car, déjà en moi, je vois des émancipations et des conscientisations.

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Des espaces non-mixtes ?

Il faudrait que tu pousses ton raisonnement à son terme et que tu en tires des conclusions, autrement dit, de façon plus directe : est-ce que au sein même du FUIQP, il faut que l’on prévoie des espaces non-mixtes pour les femmes racisées ?

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Ces espaces, une nécessité

Pour avoir expérimenté des espaces de mixité choisie et des espaces non-mixtes, aujourd’hui en 2015, cela devient une nécessité de créer ces espaces-là. Il est vrai que cela gêne certaines personnes, mais je pense qu’au sein du FUIQP, il est nécessaire de prévoir ces espaces. Il y a des choses que, comme femme, tu ne peux pas dire devant certaines personnes, que tu ne peux dire que devant des femmes. Des choses que tu ne peux pas dire devant des Blanches, que tu ne peux pas dire devant tes frères, alors la question reste: tu les dis quand, finalement, ces choses ? Ces espaces sont nécessaires. Ils sont à créer, à expérimenter. Pour les avoir expérimentés, je pense qu’on avance parce qu’on arrive à poser des problèmes que d’autres ne verront pas. C’est en soi suffisant.

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Sexisme / Racisme Débat

Ces espaces existent

Le FUIQP de Saint Etienne est déjà dans mode de non-mixité. La place que l’on donne aux hommes est réfléchie. On a décidé entre nous, meufs de tous genres,  de la place que l’on avait envie de leur donner, de ce que l’on a envie de négocier ou de non négocier avec eux. Ici, on est une organisation presque exclusivement de meufs.

La non-mixité, on la vit déjà, on l’a mise en pratique, on l’expérimente, en tout cas, on n’a pas demandé et on ne demande pas l’aval. Sans pour autant oublier que celles et ceux qui sont dans la mixité, ce sont aussi nos camarades.

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Interrogation

Je voudrais savoir à propos des espaces de non-mixité quelles sont les choses que vous ne pouvez pas partager avec les femmes non-racisées comme vous dites. Je ne comprends pas.

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En désaccord

Je suis d’un collectif de Grenoble, moi ça me pose problème de dire je vais créer un espace entre racisées  parce que je suis racisée.

J’imagine que les Blanches qui se réuniraient et qui me diraient « Toi, la racisée, tu ne fais pas partie de notre groupe. On va se dire des trucs qu’on ne veut pas que tu écoutes » Je me demande comment je le prendrais, en tout cas ça me ferait mal.

Cela dit, on a des tas d’occasions de rester entre nous Arabes musulmanes. On nous fait des tas de reproches, il y a suffisamment de clichés comme cela. Devant les écoles, il n’y aurait  paraît-il que les femmes voilées qui resteraient tout le temps ensemble …

Pour ma part, j’ai créé un  jeu sur la place de la femme dans la société, il s’appelle Psyché et son objectif, c’est de faire se rencontrer et de mettre ensemble des femmes d’horizons socio-professionnels, culturels et cultuels très hétérogènes. Pour vous dire que cela me choque que dans un mouvement à vocation nationale, on puisse d’emblée créer un espace  qui a quelque chose de discriminant  et en tout cas de pas fédérateur.

Une femme chercheure à la fac, lorsqu’elle est dans la galère, son mec ne l’aide pas plus qu’une Arabe également dans la galère n’est aidée  par son mec dans son quartier. On a des choses à partager entre femmes racisées ou non.

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Racisé-e : résultat d’un processus

Sonia a beaucoup utilisé un terme, celui de « racisé-e ». C’est un terme qui pose problème à certains. Et même si c’est un terme assez moche, c’est néanmoins un mot qui démontre un processus. Socialement parlant, tout le monde vient de quelque part. Racisé-e, cela veut dire qu’à certaines personnes, on va toujours accoler une race, on va toujours les traiter de manière  particulière, de manière « exceptionnelle » (au sens  de traitement d’exception) comme personnes venant d’ailleurs, ayant des origines, à qui on demande toujours d’où elles viennent, ce que l’on ne demande jamais aux personnes blanches.

Le mot « racisé-e » est important, c’est pas pour renouer avec des théories racialistes délirantes d’un autre âge-« à la one again »-, c’est pour dire qu’actuellement, il y a un marqueur social au cœur même de la race.

En fait, on crée une altérité avec des euphémismes à la française comme par exemple « les gens issus de la diversité ». S’il y a diversité, c’est bien qu’il y a plusieurs couleurs, mais en fait le Blanc n’est jamais considéré comme étant dans cette diversité : il est une sorte de référent neutre, qui se permet de dire il y a  « les issus de » la diversité, des quartiers populaires, de l’immigration et il y a des « immigrés » de la  2ème, 3ème, 4ème  génération comme s’il s’agissait de quelque chose de génétique qui se transmettait.

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Plaidoyer pour des moments choisis

Etre choqué par les espaces non-mixtes entre racisé-e-s, soit, mais c’est oublier qu’il faut compter avec les rapports sociaux de domination, qu’il n’y a pas égalité entre les individus. Peut-être dans le monde de Oui-Oui, nous serons toutes égales, mais pour l’instant, ce n’est pas le cas !

Actuellement, on est dans un système  raciste dans lequel les personnes blanches sont en haut de l’échelle et les personnes non-blanches en bas. Quand les personnes blanches ne veulent pas de nous, effectivement, c’est du racisme. Nous, nous voulons seulement nous organiser dans des moments choisis, on ne parle pas de séparatisme, cela s’appelle de la lutte, de l’auto-organisation, l’émancipation des opprimées, pour elles-mêmes et par elles-mêmes.

J’insiste, on parle de moments choisis au cours desquels on affûte nos armes, nos argumentaires, nos outils de lutte pour affronter au mieux le monde mixte.

Quand on parle de lutte de libération nationale, ce n’est bien entendu pas le colon qui les mène ces luttes-là ! On ne va pas les mener avec les colons … On a des intérêts de classe qui sont divergents : en cela, il serait bien que demain les personnes non directement concernées comprennent qu’il serait bon qu’elles se mettent un peu en retrait.

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Mixité ou non-mixité, une question d’opportunité

Je crois qu’effectivement il y a des moments où l’on a besoin d’être entre nous. Cela se fait, je pense aux femmes africaines qui se regroupent en tontines parce qu’elles n’ont pas accès au crédit.

Je pense qu’on peut difficilement discuter comme cela devant tout le monde de choses qui relèvent profondément du culturel,  ainsi en est-il, par exemple du problème de l’excision et vouloir organiser comme je l’ai vu faire par une association, un café-débat le 8 mars pour la Journée de la femme sur ce sujet, ne peut être que non pertinent et contre-productif.  Et qu’on ne  s’étonne pas  qu’il n’y ait eu que trois Africaines dans la salle. Quand pourra-t-on comprendre que ce n’est pas le lieu pour aborder cette question et en parler devant tout le monde !

Au contraire si on aborde ce sujet  dans le cadre d’une tontine, on est toutes là, on a nos codes, on rigole, on discute et on échange librement.

Je résumerais :oui ,  pour la mixité à fond lorsqu’on a des problèmes sociaux communs et par moment oui à de petites niches pour évoquer des problèmes qui ne peuvent pas être compris par l’ensemble du groupe mixte.

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L’excision, on ne peut en parler qu’entre soi

Pour aller dans le même sens, tant qu’on n’a pas subi ce que nous, femmes africaines excisées on a subi, toute femme quelle qu’elle soit ne comprendra jamais pourquoi on n’a pas envie de parler de ça, on n’a pas envie de l’étaler sur la place publique. Lorsqu’on nous dit qu’au contraire on peut réparer ce qu’on a subi en en  parlant, je répondrais que moi je n’ai pas envier de subir une deuxième  fois une mutilation.

Parfois, pour parler de ça, on a honte. Depuis 2000, j’ai essayé de sauter le pas et d’en parler. Tu ne peux pas parler de quelque chose de ton intimité devant ton fils ou un membre masculin de la famille. Pourtant, ils savent les garçons ! D’ailleurs tout le monde sait, mais nous ne pouvons chercher de solution qu’entre femmes.

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Textes sacrés : relire au féminin

Je suis à fond pour dire que quand on n’a pas les mêmes problèmes que les autres, on doit se regrouper pour déterminer quelles sont nos priorités et définir nos moyens de lutte.

Je comprends que cela puisse être violent pour certaines personnes qui ont du mal à l’accepter. C’est plus compliqué que l’opposition Noire/Blanche parce qu’on peut être Blanche et  racisée  lorsqu’on met le voile, ce qui est le cas de pas mal de sœurs. Dès qu’on met un voile, dans le regard de bien des personnes, on est considéré comme descendant de l’immigration, il y a des hybridations identitaires.

Sexisme / Racisme Débat

L’association des femmes musulmanes s’est constituée parce que les femmes en avaient assez d’être une annexe féminine de la mosquée des hommes. Elles ont claqué la porte de la mosquée pour se regrouper entre elles, et cela a permis de relire les textes, nos textes religieux avec un regard féminin et de redéterminer ce qui est important pour nous.

Cela ne veut pas dire pour autant que tous les hommes musulmans sont de gros machos et qu’ils ne pourront pas nous aider sur ce terrain-là, mais ils n’ont pas forcément les mêmes priorités que nous. Penser que la moitié de cette planète est issue de la côte d’Adam, cela ne les gêne pas. Alors que pour nous, c’est terrible d’être considérées comme cela de manière créationnelle. Par cette démarche d’autonomie que nous avons engagée, nous sommes  en train de  nous réapproprier un bon nombre de choses.

Dernier point, quand on nous dit que faire sortir les Blancs de la salle, les exclure, c’est du racisme, il faut juste rappeler que le racisme anti-Blancs, cela n’existe pas !

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S’organiser entre soi et se libérer de la domination des hommes

Moi, je pense simplement à une grande figure de la libération, Malcolm X, pas sur le plan du sexisme, mais sur le plan racial. On l’a accusé de racisme parce qu’il n’acceptait pas, au départ, quand il a voulu s’organiser avec son peuple, que les Blancs viennent aux réunions. Les Noirs doivent s’organiser par eux-mêmes sinon la domination restera en place.

Ce qui est valable pour les Noirs est aussi valable pour les femmes : si on laisse entrer les hommes dans nos cercles de discussion avant d’avoir acquis un certain rapport de force, les décisions seront celles des hommes qui sont dominants.

D’autre part,  quelqu’un a parlé d’hybridations identitaires, je confirme ce qui a été dit tout à l’heure : avant de porter le voile, j’étais blanche -privilégiée-, aujourd’hui que je suis une blanche voilée, je suis racisée.

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Eviter la division

Il ne faut pas aller dans la division et se monter les uns contre les autres, et il faut éviter les oppositions hommes/femmes ou celles de couleur.

C’est tous ensemble, sans distinction de couleur ni de sexe qu’il faut changer cette société. On est quand même dans une société malade, et vouloir s’intégrer dans une telle société malade n’est pas un signe de bonne santé psychologique !

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Des femmes aux Rroms, se réapproprier  la parole confisquée

J’ai le privilège d’être un homme. Et de façon provocatrice, je dirais, je ne vais pas rentrer dans les histoires de bonnes femmes !

 …Comme vous le voyez, je porte ce tee-shirt « L’insurrection gitane », cela joue bien sûr avec l’image de la gitane, -la femme des cigarettes ou Esmeralda- mais au-delà de ces clins d’œil, c’est en raison de la  participation des femmes à la  révolte du 16 mai 44. A Birkenau, ce furent surtout les femmes qui ont pris les pioches contre les SS. Donc, quand on parle  de sexe faible, c’est qu’on n’a pas tout compris au film !

Maintenant, en ce qui concerne la mixité, « La Voix des Roms » a été créée en 2005, parce que l’on en avait vraiment assez de voir systématiquement des non-Rroms  parler de nous, sur nous mais surtout en notre nom. Nous ne sommes pas des baleines à défendre, nous sommes des êtres humains qui pouvons nous organiser ! Toutes les bonnes volontés sont bienvenues … sans oublier que l’enfer est pavé de bonnes intentions !

Concernant la mixité, je ne citerai personne, ni Malcolm X, ni quelqu’un d’autre. Simplement ce que j’ai remarqué, c’est que pour être ensemble, pour la solidarité, le partenariat, il faut un minimum d’égalité. On ne peut pas être dans des liens sincères de partenariat Blancs et non-Blancs, si l’écart de puissance est trop grand.

Force est de constater que nous sommes dans un monde dominé par les Blancs, et quand je dis Blancs, j’ai appris récemment ce que Hegel disait : « Il y a de la plèbe dans toutes les classes ». J’ajouterai que les femmes sont la plèbe de toutes les classes. Des femmes blanches, totalement blanches, pas voilées …pour le même travail ne sont pas payées comme un homme.

Tant que les femmes racisées n’ont pas obtenu dans leur organisation le niveau de puissance du féminisme blanc, il faut qu’elles puissent avoir des espaces entre elles, c’est d’ailleurs pour cela qu’on a prévu à « L’insurrection gitane » une table ronde « Féminisme et résistance ».

 … C’est un avis d’homme que je donne qui vaut ce que peut valoir un avis d’homme !

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