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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Violences policières, violence-s carcérale-s Forces de répression et crise du système capitaliste. Interventions complémentaires

22 Août 2015 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #FUIQP, #Police Justice

Violences policières, violence-s carcérale-s Forces de répression et crise du système capitaliste. Interventions complémentaires

2ème Table ronde

Interventions complémentaires

Almany Kanouté

Dans la région parisienne, j’ai contribué à tenter de fédérer toutes les familles de victimes de crimes ou de violences policières, et effectivement on a apporté notre soutien, notre savoir-faire auprès des familles pour les aider et tenter d’établir ensemble un rapport de forces.

Danger récupération

De mon expérience, j’ai le sentiment que si nous n’avons pas réussi à mener à bien cette entreprise comme nous le souhaitions, ce n’est ni par manque de volonté, ni par manque d’organisation, c’est parce qu’on s’est trouvé face à des associations qui ont malheureusement trouvé malin de faire de la séduction auprès des autorités gouvernementales pour accéder à l’Elysée sur le dos des familles, n’hésitant pas à se faire les agents de projets élaborés par des associations comme SOS Racisme, qui, en dehors des faits fortement médiatisés font bien peu de cas des violences policières

Décider et agir par  nous-mêmes

Si je continue à encourager toutes les familles avec lesquelles je suis en contact afin qu’elles ne perdent pas espoir, l’essentiel reste pourtant à faire, c’est à dire se rassembler une fois pour toutes et agir comme on a envie de le faire.  Plutôt que demander l’autorisation, il est temps de se mobiliser dans des lieux que avons nous-mêmes choisis et non pas se soumettre au bon vouloir de la préfecture qui choisit notre parcours, les rues dans lesquelles on peut manifester ou non quand on tue un des nôtres.

Transmettre et s’unir, une nécessité

Il n’y a aucune logique à ce que les habitants des quartiers populaires, qui sont les premières victimes, obéissent à une institution qui nous tue aujourd’hui. La seule solution n’est-elle pas d’entrer dans une logique de désobéissance civique. Etre là simplement où ils ne nous attendent pas et tant que l’on n’aura pas intégré cette exigence, tant que l’on aura pas fait l’effort de transmettre -  à titre personnel, j’ai eu l’occasion de rencontrer le MIB et d’être au contact de militants confirmés-, il sera difficile de s’inscrire dans une histoire continue des luttes, de prendre conscience que nos anciens se sont battus et que l’on ne peut rien obtenir en dehors des luttes.

Ce qui nous arrive aujourd’hui,  ce n’est pas parce que nos anciens ne se sont pas organisés ou battus – il y a eu à chaque période des associations, des acteurs qui se sont engagés, des coordinateurs de luttes, mais nous, aujourd’hui, on se trouve dans la situation de devoir réparer ce qui a été cassé. Les dynamiques ont existé, qui existent encore aujourd’hui, mais on continue bien souvent à se « tirer dans les pattes », à privilégier les désaccords plutôt que la nécessité de s’unir. Même si on n’est pas forcément d’accord sur un mode opératoire, il nous faut, plutôt que de ne rien faire, impérativement trouver quand même le moyen d’interpeller les autorités.

Si tous ensemble nous arrivons à réclamer le désarmement de la police, on peut se faire entendre à défaut d’être entendus ou du moins faire en sorte que le problème soit déjà posé. C’est préférable que d’aller voir les « moins méchants », ceux qui se disent proches de nous qui, s’ils font l’effort de nous écouter, nous mènent cependant sur des voies de garage.

Des émotions à sens unique … !

A nous d’exercer et de maintenir la pression partout, et pas seulement dans la région parisienne.

Les médias français sont les premiers à s’intéresser et même à s’émouvoir sur les meurtres commis aux Etats-Unis par la police, à montrer du doigt cette institution, alors même qu’ils sont d’une discrétion absolue sur ce qui se passe ici même… En 2015, en France, on tue des jeunes et on continue à donner des leçons de morale au monde et à réduire tout débat à l’alternative « Je suis Charlie » ou «  Je ne suis pas Charlie ».

En tout cas, il nous faut  privilégier l’action pour cristalliser  toutes les énergies, les bonnes volontés et tenir tête. Et pourquoi pas un jour débarquer tous ensemble… à l’Elysée !

Dernière chose, il nous faut absolument nous poser la question de comment  faire pour que la population s’exprime, prenne la parole. Dans le cas des meurtres racistes, recueillir les témoignages,  et s’opposer à la version de la police ou de la préfecture et même de l’AFP qui souvent reprend la version officielle. On ne peut se contenter de ces infos-là et il nous faut développer des alternatives pour lutter contre ce sentiment dévastateur : qu’on ne pourrait rien faire sans eux. □

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Mathieu Rigouste

A la question de Saïd (Bouamama), je vais tenter de répondre en établissant un lien entre gestion des quartiers et  gestion coloniale de la planète.

On n’arrivera pas à la racine des problèmes si l’on se refuse à voir que nous sommes dans une société impérialiste qui a le besoin impératif de constituer des formes de ségrégation à l’intérieur ; en ce sens, il est aberrant que Valls ait pu parler, comme il l’a fait,  de ghettoïsation., comme si elle était tombée du ciel, comme si elle n’était pas le pur produit d’une politique des classes dirigeantes, de gauche comme de droite.

Socio-apartheid et colonies intérieures

Toutes les grandes puissances impérialistes, et leurs sous-traitants également,  organisent des formes de ségrégation qu’on pourrait appeler « socio-apartheid ». Les Black Panthers ne s’embarrassaient pas de nuances et parlaient directement de « colonies intérieures ». Bien entendu le degré de violence de l’Etat impérialiste dans les guerres coloniales n’est pas le même que dans les quartiers populaires.

On ne prétend pas que dans les quartiers, on assiste à un remake de la bataille d’Alger. Par contre, on ne peut pas ne pas relever que la forme que prend la contre-insurrection est quelque chose d’extrêmement violent, féroce, qui opprime, qui humilie et qui tue. Peut-être pas avec la même intensité mais suivant un même schéma et qui participe à la reproduction d’un phénomène qu’on pourrait qualifier d’endocolonial.

A l’université, il y a un débat autour de ces questions et de cette problématique de « colonies intérieures ». En particulier, reproche est fait  de comparer des situations qui ne connaissent pas la même intensité répressive. Pour nous il est inutile d’entrer dans ces débats qui ne font guère avancer. On se contentera d’indiquer qu’il existe bien des circulations de violence et que ce constat est incontestable.

En tout état de cause, « colonies intérieures » reste néanmoins pour nous le terme le mieux approprié pour nous comprendre.

Les luttes, condition de l’émancipation

C’est à la  faveur des luttes qu’on se radicalise, qu’on s’autonomise, qu’on apprend à s’émanciper et cela ne peut se faire que dans l’action collective. Au delà de toute grande théorie, ce sont les dominés, les opprimés qui à l’occasion de leurs luttes peuvent créer leur stratégie de libération et d’émancipation.

Concrètement, nous sommes un certain nombre à penser que pour se défendre face à cette société et  tenter d’obtenir un changement de rapport de forces permettant petit à petit de s’autonomiser, il est absolument vital de soutenir toutes les actions d’auto-organisation dans les quartiers.

Cela va sans dire que pour obtenir un tel but, il faudra s’associer  pour lutter et obtenir par exemple le désarmement de la police, s’associer pour être présents dans les tribunaux au moment des procès, dans la rue, les manifestations, à tous les niveaux … mais cette mobilisation ne peut être dissociée d’une étude sérieuse des causes profondes qui produisent la misère, l’exploitation, la répression, les guerres coloniales …En un mot, d’une analyse radicale de tous les rapports de domination et de toutes les structures qui  fondent  ce système.

Changer les rapports sociaux, les rapports économiques, politiques, est indispensable et ne peut se faire que dans les luttes et ce chemin doit être tracé tous ensemble avec le concours de tous en dehors de  tout chemin pré-établi. □

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