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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Violences policières, violence-s carcérale-s Forces de répression et crise du système capitaliste (débat)

20 Août 2015 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #FUIQP, #Police Justice

Violences policières, violence-s carcérale-s Forces de répression et crise du système capitaliste (débat)
Violences policières, violence-s carcérale-s Forces de répression et crise du système capitaliste (débat)

Débat

Violences policières, violence-s carcérale-s

Forces de répression et crise du système capitaliste

Quartiers populaires comme laboratoires

Comme il a été dit, nous les quartiers populaires, on est effectivement les laboratoires des programmes sécuritaires, les véritables cobayes, avec pour conséquence que s’ils réussissent contre nous, viendra ensuite le tour du mouvement ouvrier dans son ensemble et nous aussi, nous faisons partie du mouvement ouvrier.

Les exemples ne manquent pas, lorsque la loi interdisant à nos enfants de jouer dans les cages d’escalier est passée, les répercussions se sont fait sentir, ainsi dès qu’on se rassemblait à quatre ou cinq, on était suspects. Cette situation est rendue possible parce qu’il y a un clivage dans le mouvement ouvrier. Parmi nous, tous ne se sentent pas appartenir à la classe ouvrière ; parmi eux, ils n’acceptent pas toujours les immigrés comme en faisant partie, avec leurs revendications qui leur sont propres.

Pourquoi c’est nous qui sommes prioritairement les cobayes ? C’est parce que tout le monde se moque bien de ce qui nous arrive, et n’a pas pris la mesure des dangers que cela représente à terme pour eux autant que pour nous. L’opinion publique n’en a que faire. Quand on arrête un de nos enfants pour outrage ou rébellion, même les militants les plus engagés, les plus conscientisés ont du mal à réagir et à comprendre que ces enfants, déjà discriminés, vont avoir encore plus de mal à trouver du travail, qu’ils vont être encore plus pénalisés dans leur vie future. Cela ne soulève malheureusement guère d’indignation ou de révolte.

On a là une responsabilité à laquelle on ne peut se soustraire. Il faut que l’ensemble du mouvement ouvrier, les organisations qui le composent, bien au-delà du FUIQP, se saisissent de ces problèmes. Pour cela, il nous faut réveiller les consciences, quitte même à taper dans l’entre soi. On ne peut plus laisser faire à moins de courir à une situation catastrophique .

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Répression ici, et ailleurs

En Centrafrique, il y a eu une guerre dans laquelle l’armée française est intervenue. J’ai perdu deux de mes neveux alors qu’ils allaient à l’école. Sans raison apparente, si ce n’est qu’on ne veut pas voir les jeunes garçons dehors. Pour les autorités ou l’armée française, qui n’ont de comptes à rendre à personne, et encore moins à la rue et aux jeunes qui contestent, tout jeune dans la rue est potentiellement dangereux … Ils sont pourtant chez eux et devraient avoir le droit de faire ce qu’ils veulent. Un jeune ne peut sortir avec un sac, il pourrait transporter une bombe et s’attaquer à l’armée française qui occupe la Centrafrique.

On est pauvres, mais on est chez nous et on a le droit de vivre comme tout le monde, mais cela nous est interdit. Si on ne peut sortir ni travailler, comment peut-on survivre ?

J’ai été contente que l’on parle de l’Afrique, de la Centrafrique, un petit pays abandonné, livré à lui-même et dans lequel on ne sait pas ce que vont devenir nos enfants. La force française est là-bas et on ne sait pas, ou plutôt on sait trop bien, quel rôle elle joue.

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A ceux qui oublient d’où ils viennent

On tape à juste titre sur la police, sur les élus, sur tout le monde, mais je pense également qu’il y a une bonne partie de la population des quartiers populaires, qui ne bougent plus, ceux qui connaissent une situation stable, qui s’en sont bien sortis, qui sont des rescapés, et qui ont oublié le quartier et surtout d’où ils viennent. Ils retournent, il est vrai, manger le couscous chez leur mère, une fois par semaine ou par mois. Mais ils ont oublié que leur force militante aussi minime soit-elle est nécessaire, et qu’on en a besoin pour faire basculer le rapport de forces dans nos différentes luttes, celles des chibanis, celles contre les violences policières, mais de cela ils n’en ont rien à faire.

Qu’on passe notre énergie à taper sur les flics, les autorités, ceux sur qui on tape depuis des années – ce sont mes ennemis, identifiés comme tels- mais à un moment donné, comme au foot, s’il est dans la logique même du match que mon adversaire cherche à marquer un but contre moi, dans le cas présent, celui des luttes ou des mobilisations, je me demande où sont mes collègues à moi pour me faire la passe en retrait ?

Dans l’affaire Ajimi, nous étions présents en soutien à la Cour d’appel à Aix-en-Provence. Si on compte pour les seules Bouches-du-Rhône, ne serait-ce que deux personnes par quartier ou cinq personnes par ville, le tribunal aurait été envahi et le rapport de forces totalement autre et le verdict différent.

Pour que se développe le mouvement de masse dont on a terriblement besoin, on a besoin de tous et il nous faut interpeller avec force ceux qui parmi nous, et c’est tant mieux pour eux, s’en sont bien sortis. Bien entendu, il n’est pas question de s’en prendre aux personnes qui vivent dans la précarité et qui ont assez à faire avec leurs propres problèmes, mais que ceux qui s’en sont sortis prennent leurs responsabilités ! Nous devons les interpeller pour qu’on les retrouve sur le terrain des luttes.

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De la nécessité d’être solidaires

Mon petit frère est actuellement à la prison de Nanterre, il a 19 ans et il purge une peine de huit mois de prison après avoir perdu le sursis dont il bénéficiait auparavant. Il a été accusé de violence sur un policier à moto. Ce n’était pas lui, des témoignages l’ont même innocenté. Il sortira au mois de juin, inch’Allah.

Pendant mon combat, j’ai rencontré beaucoup de familles, y compris des mères de famille des amis de mon frère, et je peux témoigner que beaucoup de jeunes des cités font actuellement de la prison pour des riens à la suite de contrôles dans les quartiers populaires.

Je voudrais dire que face à ces pratiques, il y a un véritable combat à mener et que pour cela il faut être soudés. Il y a quinze ans ce n’était pas comme cela, aujourd’hui on leur détruit leur vie.

Par ailleurs, pour les parents, il faut savoir que lorsqu’on va au parloir, on est traités comme du bétail : quarante minutes à attendre, assise dans une pièce c’est vraiment désolant et humiliant. Sans compter tous les problèmes et les difficultés rencontrés lorsque le jeune est en prison loin du lieu de résidence de sa famille. C’est difficile à vivre, il y a beaucoup de gens dans la même situation que moi. Il faut qu’on puisse se soutenir et organiser des rassemblements pour dénoncer ces faits.

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Interdire le flash ball

Je voudrais parler de la violence que constitue l’usage du flash ball. On a mis en place un comité de soutien pour le petit Ayoub, un petit jeune du Doubs âgé de 17 ans qui a perdu un œil à Audincourt. Un drame qui s’est terminé par un non-lieu.

Il y a un an, on a tenté de mettre en place une journée nationale pour l’interdiction du flash-ball, pour cela on a écrit individuellement à toutes les familles concernées. Je ne sais pas si les gens ne veulent pas parler, veulent oublier, pour quelles raisons, mais pratiquement personne ne nous a répondu et le projet de journée n’a pas pu être mené à bien.

Je profite de l’occasion pour lancer un appel aux personnes dans la salle qui sont prêtes à travailler avec nous, qu’elles nous donnent leurs coordonnées car on tient toujours à organiser cette journée.

Hassen est là, peut-être parlera-t-il de son frère, qui est également mon cousin, et qui est mort, tué par la police. Pour ma part, de façon plus générale, et je m’exprime en tant qu’animatrice dans un quartier populaire, il y a des choses que je voudrais dire sur les violences policières :

  • bien des adultes et même parfois des parents disent souvent « Celui-là, s’il a eu à faire à la police, ce n’est pas étonnant, c’était à prévoir, il buvait de l’alcool, il « fumait », il avait de mauvaises fréquentations… » Exclure de cette façon une jeune victime du fait qu’il ne correspond pas à ce que l’on voudrait qu’il soit est intolérable.
  • Il est nécessaire que tous les parents prennent conscience que cela peut arriver à n’importe lequel des gamins, le leur également. Quand Cazeneuve est venu dans le Doubs à l’occasion de la partielle dans la 4ème circonscription, notre cité était quasiment une cité en état de siège, ce qui en dit long sur l’atmosphère. L’ensemble des éducateurs avons alors pris la décision de téléphoner aux parents pour les mettre en garde contre le danger de laisser sortir ce jour-là leur enfant avec le risque de le retrouver dans un cercueil. Ce sont des choses sur lesquelles il faut sensibiliser les parents car dans la situation actuelle, un drame n’est absolument pas à exclure, alors même que la police se doit d’être garante de la sécurité de tous, surtout des plus jeunes. Je ne dis pas cela pour démobiliser mais bien pour que nous ayons une claire conscience de la réalité et de notre responsabilité à bien organiser et encadrer les luttes.

Pour terminer, je rappellerai, toujours dans le Doubs, à Valentigney, l’affaire Boukrourou, un homme de 41 ans qui a été tué par la police alors qu’il était allé acheter des médicaments à la pharmacie.

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Emergence d’autres formes de luttes

On se plaint beaucoup du rapport de force qui nous est défavorable. En ce moment où l’on constate la fragmentation des luttes, où l’on déplore que les collectifs restent trop locaux, il est pourtant un aspect positif qui, sans être nouveau, est très présent, c’est, sur les questions d’urgence et de résistance, le développement de l’autonomie des premiers concernés.

C’est le cas de la résistance aux violences policières avec les collectifs formés généralement autour des comités de familles de victimes. Je pense qu’on pourrait généraliser ce type de collectifs et l’étendre par exemple dans les quartiers aux mamans à qui on interdit d’accompagner les sorties scolaires parce qu’elles portent un foulard.

Prendre acte qu’aujourd’hui au cœur des mobilisations, il y a les premiers ou les premières concerné-e-s, reste à savoir comment développer les mobilisations et les luttes à partir de ce noyau.

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Délégitimer la police

Je partage ce que disait Mathieu Rigouste, d’abord refuser le terme de « bavure policière » qui ne représente que la pointe de l’iceberg d’un système de contrôle et d’humiliation dont la violence est extrême et multiforme. Pour un parmi nos frères tués dans les quartiers, combien de violences quotidiennes qui ne sont pas répertoriées, et ce même dans les commissariats, seul lieu à mon sens où devrait être installée la vidéo surveillance.

L’objectif est de délégitimer la police, qui fait toujours partie du problème et jamais de la solution.

La question n’est pas celle de l’amélioration du fonctionnement de la police mais comment faire pour qu’à travers nos revendications soit battue en brèche l’idée que malgré tout on aura toujours besoin d’une police à l’intérieur de laquelle il y a de bons mais aussi de mauvais policiers.

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De la lutte contre le racisme à la lutte contre le fascisme

Dans le modèle contre insurrectionnel auquel Mathieu Rigouste fait référence, il opère la comparaison avec ce qui s'est passé à Alger. Lorsqu’on raisonne sur la France, qui est toujours une métropole impérialiste, il y a une différence à mon sens par rapport à Alger. Dans nos casbahs à nous, dans nos quartiers, il n’y a pas seulement des racisés, il y a également toute une population, sur laquelle le pouvoir essaie de s’appuyer et d’en faire le relais de ses formes de domination notamment par l’intermédiaire du racisme. Même si à Alger le pouvoir colonial a pu trouver quelques collabos comme relais du système colonial, cela n’a pas été de même ampleur.

Le racisme comme l’a bien rappelé Saïd Bouamama, ce n’est pas seulement diviser ceux qui devraient être unis, c’est aussi unir ceux qui devraient être divisés.

Plus avant, il faudra bien aborder la question délicate de l’articulation entre lutte contre le racisme et lutte contre le fascisme qui est un système auquel le système dominant fait appel lorsqu’il pense que l’appareil d’Etat, l’appareil de répression policière voire militaire, n’est plus suffisant pour contrôler ce qui se passe dans la société et qu’il faut l’organiser d’une façon policière et corporatiste en opposant une fraction de la société à une autre. En somme favoriser, comme on l’appelait au moment des nazis, le « parti des concierges » pour faire en sorte que dans chaque quartier, il y ait des personnes organisées qui soient le relais de l ‘Etat. Si on n’en est pas encore là, il faut cependant bien garder cela à l’esprit.

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Répression et prison : un moyen de gestion

La question des violences policières et de la répression, c’est également la question des prisonniers, la question de jeunes qui, comme l’a dit l’intervenante, se retrouvent pour des broutilles avec un casier judiciaire. Je suis éducatrice dans les quartiers populaires et je vois bien ce qui se passe dans les politiques sociales. La répression est un moyen de gestion et dès que l’on milite, on nous désigne comme des ennemis intérieurs, on est considérés comme des islamistes, des djihadistes, des terroristes. Aujourd’hui la résistance, la militance sont immédiatement décrédibilisées et assimilées à du terrorisme.

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La peur doit changer de camp

Les dominants ont sur nous la dominance de classe, de race, de sexe. C’est beaucoup. Nous, on part d’un niveau très bas, avec un handicap très fort. Nos frères se font tuer dans les quartiers, les fins de mois sont difficiles, on trime dur, ou on se retrouve au chômage . De quoi rendre quiconque fataliste lorsqu’on se heurte à la force du système qui est en face de nous et que l’on sait bien qu’il nous faudra l’affronter.

Notre rôle est de faire disparaître ce fatalisme, de faire prendre conscience que ce système est fragile et qu’en fait, ce sont eux, ceux qui sont en face de nous, qui ont peur de nous parce que nous n’avons rien à perdre alors qu’eux, il leur faut constamment assurer leur domination pour assurer leur profit qui est leur unique but. Pour eux, le principal, c’est l’argent. Et en ce sens, ce sont eux qui ont le plus à perdre !

Nous, nous avons l’habitude de vivre sans trop d’argent, ce n’est pas une valeur pour nous, même si nous devons compter à la fin du mois. Nous avons l’habitude de compter, même nos morts. Et pour valeur, nous avons la solidarité.

Leur peur, leur angoisse, c’est que le rapport de force puisse s’inverser et ce pari que l’on fait sur le long terme.

Sortir du tunnel, on y arrivera si on s’auto-organise : auto-organisation financière, auto-organisation dans les quartiers et dès à présent, sans attendre qu’un autre jeune se fasse tuer ou qu’une femme voilée se fasse arracher son foulard, pour se révolter et descendre dans la rue.

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Propositions concrètes

On est en 2015, c’est à dire 10 ans après la révolte des quartiers. Aujourd’hui, la situation est encore pire. Ce serait bien que dans les jours prochains, on sorte un texte et que pour le 27 octobre ou autour de cette date, on organise partout en France, suivant les possibilités et les disponibilités, des manifestations qui pourraient prendre la forme soit d’occupations soit de rassemblements, avec diffusions de textes… En tout cas des actions qui viseraient à occuper l’espace public et à faire connaître nos analyses et nos revendications.

Cela aurait également l’avantage de mettre en mouvement, ou en tout cas d’essayer de le faire, nos enfants, nos frères, nos parents, les femmes, tous ceux et celles qui partagent nos préoccupations et qui sont prêt-e-s à soutenir notre démarche. En quelque sorte, se servir du 27 octobre comme tremplin, sachant qu’aujourd’hui, présenter gentiment des revendications, ne sert à rien, n’aboutit à rien et qu’il faut passer à un autre stade pour peser plus fortement.

La seconde proposition, est en relation avec les prochaines élections régionales. Ce pourrait être l’occasion de relancer la campagne pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah. Je propose que plutôt que de voter blanc, l’on mette dans les urnes l’autocollant de Georges Ibrahim Abdallah, comme certains l’ont déjà fait, mais cette fois-ci pas de façon individuelle mais collective. Si on mène campagne, on peut être des centaines ou des milliers à le faire et cela ne passerait pas inaperçu.

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Un parallèle avec la Palestine

Comme il a été dit plusieurs fois, les quartiers populaires sont bien les laboratoires des technologies sécuritaires et les populations de ces quartiers les véritables cobayes. Je ferai un parallèle avec la situation en Palestine, et notamment renvoyer à ce que vit la bande de Gaza qui est devenue le laboratoire sécuritaire de toute une technologie d’armement et le terrain d’expérimentation de toutes les recherches menées par l’Etat sioniste israélien. Ici comme là-bas, sous prétexte de sécurité, c’est de bien de répression populaire dont il s’agit dans chacun des cas.

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