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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

L'impérialisme (conclusions)

4 Septembre 2015 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Questions internationales, #FUIQP

L'impérialisme (conclusions)

Conclusions

Saïd Bouamama

Le FUIQP inscrit dans son programme l’engagement anti-impérialiste. Pour nous, il n’y a pas de combat antiraciste sérieux si celui-ci ne s’attaque pas à la base matérielle du racisme : l’impérialisme. Nous sommes les résultats de l’esclavage et de la colonisation, c’est-à-dire des formes qu’a pris la domination du monde par l’Europe. Pour certains d’entre nous, nous sommes les résultats de la domination économique contemporaine du Sud par le Nord et des guerres pour le pétrole et les minerais stratégiques que ce Nord mène aujourd’hui dans nos pays d’origine et/ou dans ceux de nos parents ou grands-parents pour d’autres. 

Les préjugés sur lesquels s’appuient les discriminations systémiques que nous subissons ne sont pas qu’un reste d’une histoire passée qui pourraient disparaître avec le temps. Ils sont nécessaires à la légitimation des politiques de pillages et de guerres que l’Etat français mène en Afrique ou au Moyen-Orient. Si le passé ne passe pas, c’est qu’il a une utilité et une fonction sociale contemporaine.

Avant de donner la parole à Kamel (Badaoui),  et pour aller dans le sens de l’intervention du camarade qui demandait à ne pas limiter l’impérialisme à la guerre, même si bien sûr, ça comporte la guerre, un mot pour montrer la schizophrénie des mouvements qui se disent de gauche ou d’extrême gauche ou progressistes en France. Je m’explique : au moment même où nous développons une campagne, gauche et extrême gauche confondues, contre le traité TAFTA d’ouverture absolue au libre-échange, l’Europe et la France imposent à l’Afrique des traités de partenariat économique. Quand on examine leur contenu, cela signifie très concrètement, et on peut les prévoir, des famines d’une ampleur énorme en Afrique, dans les deux ou trois ans à venir, parce que ces traités ne peuvent qu’entraîner la paupérisation massive de toute la paysannerie vivrière.

Je parlais de schizophrénie, eh bien, on a  des organisations qui sont capables d’un côté, de s’opposer à TAFTA parce que cela va ouvrir nos frontières à la concurrence états-unienne et entraîner des souffrances chez nous et de l’autre,  de se taire lorsque leur Etat fait la même chose en Afrique. Vision autocentrée et analyse quelque peu borgne de la situation internationale  qui montre la nécessité de prendre la question de l’impérialisme dans toute sa globalité.

Sur la question de l’anti-impérialisme le chantier est immense en France. Nous sommes dans une des puissances qui mène le plus d’agressions militaires en Afrique, qui continue son occupation coloniale dans les fameux « DOM-TOM » et qui est un des alliés les plus forcenés d’Israël, cet outil central de l’impérialisme dans la région du Moyen Orient. Et face à cela, il n’y a en France aucun mouvement anti-guerre. Plus grave que cela, des forces soi-disant critiques du système cautionnent des interventions militaires en Afrique au prétexte de s’opposer au « djihadisme » ici, à tel ou tel « dictateur » là. 

Que ce soit dans l’opposition à la guerre ou dans la dénonciation des mécanismes économiques d’assujettissement et de paupérisation des pays du Sud, le FUIQP doit prendre ses responsabilités.

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Kamel Badaoui

Les interventions  au cours du débat  ont bien complété mon exposé, en particulier le parallèle qui vient d’être fait sur la route des migrations. Je tiens d’ailleurs à signaler parmi nous la présence de Soumaré, de l’Union nationale des sans-papiers, une organisation qui est en train de se construire par les sans-papiers,  dans une démarche qui ressemble à celle du FUIQP.

A propos de l’intervention du camarade sur l’impérialisme, il va de soi que le lien est évident entre impérialisme et système économique, même si je n’ai pas développé cet aspect.

En ce qui concerne les printemps arabes, dire d’abord qu’au FUIQP, on n’a pas adopté cette expression de « printemps arabes ». Pour nous, ce sont des processus de luttes de classe mais aussi de luttes des peuples. Dans chaque pays, les classes, les couches sociales, chacune à leur façon, essaient d’influencer le cours des événements.

Ce qui s’est passé en Tunisie est majeur. En dehors même de la chute du dictateur Ben Ali, qui est en soi un événement considérable en ce qu’il sanctionne l’échec des politiques qui ont été menées par ce système et ses alliés, le processus en cours depuis, bien qu’il évolue en zigzag,  est indéniablement d’une grande importance. Comme tout processus, il n’est pas linéaire, on ne peut affirmer ni qu’il conduit à une victoire, ni à l’échec.

Par contre, ce que l’on peut observer ou relever de façon tangible, c’est l’accentuation des dangers dans toute la zone du Maghreb et même de l’Afrique, l’accroissement de l’instabilité et cela ne vient pas du néant. C’est la conséquence des discours et des actes des dirigeants impérialistes dont l’influence se déploie à l’échelle planétaire.

Aujourd’hui la déstabilisation est un but de la mondialisation : la mondialisation veut éliminer tous les obstacles qui se dressent encore devant elle, et particulièrement les Etats nationaux qui sont nés des luttes de libération nationale et qui, malgré toute leur fragilité et les difficultés de construction qu’ils rencontrent, malgré leur état d’ébullition, dressent des obstacles aux visées impérialistes.

Au Moyen-Orient comme en Afrique,  suivant des modalités et des agendas différents, des actions, des interventions,  se succèdent pour casser les Etats nationaux et créer à leur place des Etats ethniques voire même tribaux, pour aboutir somme toute, comme le disait Saïd (Bouamama) à  une balkanisation propice à l’affaiblissement  des Etats avec l’objectif de mieux s’assurer le contrôle des richesses et des sources d’énergie.

Enfin si j’ai dit que l’impérialisme, c’est la guerre, bien entendu, ce n’est pas uniquement la guerre. Dans les conditions actuelles, pas plus qu’auparavant d’ailleurs, on ne peut être un militant anti-impérialiste conséquent si l’on n’est pas également anticapitaliste,  c’est à dire contre ce système d’organisation et d’exploitation. Et c’est bien un axe majeur qui nous préoccupe et que nous essayons au mieux d’articuler -lutte anticapitaliste et combat anti-impérialiste- dans la construction du FUIQP.

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Sonia Moussaoui

Cette dernière table ronde conclut  une journée riche en échanges politiques marqués par un respect mutuel, sincère et c’est certainement le même esprit qui animera la journée de demain.

Merci pour l’écoute  attentive dont chacun a fait preuve.

Et pour clôturer ce débat sur l’impérialisme, j’ajouterai une dimension qu’il faut toujours garder à l’esprit. Si l’impérialisme, c’est bien entendu l’exportation des rapports capitalistes au reste du monde via les guerres, il ne faut pas oublier que c’est également non seulement la généralisation des rapports capitalistes au reste de la planète mais également l’exportation d’un système culturel et d’un mode de pensée.

Dans ces conditions, il était nécessaire pour justifier le retour des guerres néocoloniales dont nous sommes témoins de théoriser, tout comme pour l’esclavagisme et le colonialisme, une idéologie de racialisation consistant à inférioriser les sociétés non européennes et/ou non occidentales.

Ce qu’il faut retenir c’est que le développement du capitalisme en Occident est dans l’absolu lié avec le développement de la misère dans les pays impérialisés. Jamais il n’y aurait pu y avoir de développement industriel en Occident sans meurtres, génocides, tueries et vols dans les pays impérialisés. Cela veut dire qu’il n’y a pas deux histoires séparées. Le jour où les travailleur-e-s françai-e-s auront compris cela, ils/elles deviendront anti-impérialistes parce que cela veut dire tout simplement qu’il n’y a pas eu, en Occident, un mode de production qui serait plus intelligent que leurs cultures. Le capitalisme n’est pas le résultat d’une intelligence mais plutôt le résultat de pillages et de destructions.

L’idée est donc d’arrêter de penser en termes de deux histoires mais plutôt en une seule histoire mondiale. Et ainsi donc le sort de l’humanité est lié. Autrement dit, il n’y a pas d’émancipation sociale dans les sociétés occidentales sans émancipation sociale dans les sociétés d’Afrique, du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, des pays du Moyen et de l’Extrême Orient, d’Inde, des Amériques du Sud… □

Compte-rendu intégral des rencontres. Transcription AV et YM

L'impérialisme (conclusions)

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