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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

L'impérialisme (Kamel Badaoui)

2 Septembre 2015 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #FUIQP, #Questions internationales

L'impérialisme (Kamel Badaoui)

La question de l’impérialisme a été mise au programme des Rencontres du Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires pour deux raisons essentielles que je développerai plus tard, mais dès à présent et même s’il faut s’entendre sur ce qu’est  l’impérialisme et bien le définir, je voudrais, en préalable, indiquer que, sur cette question,  nous ne sommes pas neutres et que nous ne voulons pas l’être.

Ne pas être neutres

Etre neutres sur la question de l’impérialisme, ne pas en parler, ne pas l’aborder de front a pour conséquence première de permettre à ce système de perdurer, c’est participer à sa perpétuation.

Nous sommes contre ce système-là et nous assumons pleinement notre position ferme et entière, sans concessions.

L’impérialisme, c’est d’abord la guerre

Première raison pour en parler, c’est que l’impérialisme, c’est la guerre et  que la guerre coûte de l’argent, des sommes considérables sont englouties. Le lien avec les quartiers populaires est évident, l’argent consacré à la guerre, c’est de l’argent en moins pour les quartiers populaires – pour le logement, pour la santé, pour l’éducation …

Il y a un lien direct entre la régression sociale, la guerre sociale contre les quartiers populaires et la guerre qui est faite aux peuples à l’échelle internationale. Il est important de faire le lien entre ces deux guerres-là. Le lien qui unit d’une part, les exploités, les immigrés dans leurs problèmes spécifiques et d’autre part, les peuples qui subissent les agressions impérialistes, c’est le soubassement, l’architecture même du front que l’on veut construire, sa raison d’être.  Ce lien est une dimension essentielle à prendre en compte dans l’élaboration de nos décisions et de nos positionnements et qu’il nous faut veiller à concrétiser au mieux dans nos actions.

L’impérialisme, c’est toujours la guerre

La presse, les médias ont fait état du fait que depuis le début de millénaire, on dénombre plus de 200 guerres, conflits majeurs, locaux ou régionaux. Et on pourrait encore en augmenter le nombre, si on prenait en compte les conflits larvés.

Il est à noter que le continent africain est particulièrement touché –plus d’une vingtaine de guerres et de conflits avec une spécificité qui interroge : la plupart des conflits ne sont pas inter étatiques mais plutôt des conflits internes aux Etats,  provoqués, alimentés et soutenus par des puissances étrangères, en premier lieu les Etats-Unis, mais aussi la France, l’Allemagne …

Il est à observer également que ces guerres qui sont autant de routes de sang  -du sang des peuples-  sont les mêmes que les routes des richesses naturelles, des matières premières, de l’énergie et particulièrement du pétrole.

Ce n’est pas nouveau en soi. Depuis toujours les guerres, à l’origine, ont été des guerres pour la conquête de territoires, pour l’accaparement de richesses naturelles. C’est de plus en plus visible et évident, malgré les discours qui cherchent à le cacher.  Ce n’est pas un hasard si les régions les plus touchées par les guerres ou les entreprises de déstabilisation sont celles du Moyen Orient, des pays arabes ou musulmans, comme l’Iran, qui recèlent près de 70% des richesses pétrolières.

Il ne s’agit pas d’une simple coïncidence, il faut que l’on comprenne bien que finalement comme je le répète souvent,  en me référant à Engels, la guerre est une violence phénoménale lorsqu’on voit le nombre de victimes qu’elle occasionne, mais qu’au fond la violence la plus déterminante est exercée pour asseoir une violence économique, celle du système capitaliste. Comme Mathieu Rigouste le rappelait tout à l’heure, les forces de répression elles-mêmes sont des forces qui ont pour mission d’étendre l’hégémonie du capitalisme et de rendre pérenne ce système économique.

Dans le même temps que nous affirmons que l’impérialisme, c’est la guerre, il nous faut également ajouter que l’impérialisme, c’est aussi la domination économique des peuples…

Et il est fondamental de ne pas inverser les causes et les conséquences.

L’impérialisme, c’est la domination d’un système

Au niveau mondial, notamment depuis l’effondrement du camp socialiste, de l’URSS, il n’y a plus de contre- pouvoir et  les relations internationales sont gérées par les Etats dominants entre eux, les Etats-Unis en premier lieu avec leur potentiel économique, la puissance de leurs monopoles, mais aussi le Canada, le Japon, l’Allemagne, la France.

…Même si des contradictions  peuvent opposer ces différents impérialismes,  que ce soit pour le contrôle des matières premières ou  la concurrence commerciale dans la course effrénée au monopole, l’enjeu reste toujours celui de la domination.

Et que cette domination soit celle d’un pays ou d’un autre, cela ne change rien, elle reste la domination d’un système.

L’impérialisme, c’est encore la guerre en Palestine

Au premier rang de ces guerres, celle faite au peuple palestinien. Si le FUIQP et tous ses comités de base sont actifs sur cette question,  on doit se mobiliser encore davantage et être encore plus offensifs et plus impliqués dans la solidarité avec le peuple palestinien.

Au niveau politique, deux ou trois points me semblent importants à relever :

  • d’abord il faut que l’on combatte, jusqu’à ce qu’elle soit totalement éradiquée dans la tête des gens, l’idée que la question palestinienne est une question humanitaire ou même une question religieuse. En ce domaine, nous devons être extrêmement vigilants. Il est impératif de ramener la question de la lutte du peuple palestinien à la question des luttes anti-coloniales.
  • Il faut que l’on combatte également l’idée que la question palestinienne ne peut être résolue que par la négociation, ce qui revient à dire que l’on serait dans une situation de responsabilité partagée entre Palestiniens et Israéliens, qui ferait oublier que ces derniers sont les occupants. Dans une occupation coloniale, il n’y a pas, il n’y a jamais de responsabilité partagée, il n’y a que l’inégalité de l’occupation à l’état brut. Et toute la solidarité avec le peuple palestinien doit être construite à partir de là.
  • Dernier point, il faut nous appuyer sur la résolution 194 de l’ONU du 11 décembre 1948 qui reconnaît de manière incontestable le droit collectif et individuel des Palestiniens au retour. Il nous faut mieux la faire connaître, le fil rouge de la question palestinienne étant bien le droit au retour.

Pour autant, il n’est pas question pour nous de jeter l’anathème sur les actions de solidarité qui se développent en direction de la Palestine, que ce soit BDS (Boycott, Développement, Sanctions) ou d’autres initiatives, on peut seulement regretter qu’elles ne soient malheureusement pas assez nombreuses.

Néanmoins, si on veut progresser et contribuer totalement à la lutte du peuple palestinien, on ne peut faire l’impasse sur la question des réfugiés et on doit agir pour qu’elle revienne à l’ordre du jour de notre solidarité. J’ai mentionné précédemment que la résolution 194  affirmait le droit collectif et individuel des réfugiés palestiniens au retour et il nous faut bien insister sur le droit collectif car certains voudraient restreindre le droit au retour en le réduisant à un droit individuel et par là même faire dépendre de négociations cette question. Par une telle opération,  dont le véritable but est de donner le change à la « communauté internationale », l’Etat d’Israël, tout en feignant d’appliquer la résolution, la viderait de son contenu le plus essentiel. Chaque réfugié se retrouverait alors isolé, en position de faiblesse face à un Etat colonisateur qui déciderait en dernière instance de qui aurait le droit de revenir ou non.

Affiche de l'UNRWA de 1988

Affiche de l'UNRWA de 1988

Ceux qui seraient dupes de cette manœuvre, ou pire, ceux qui s’y prêteraient, porteraient, consciemment ou non, un tort irrémédiable aux Palestiniens et individuellement et collectivement, un tort extrême à la résistance palestinienne d’autant qu’il ne faut pas oublier que l’essentiel de la base sociale de la résistance palestinienne est constituée de réfugiés de 1948, en particulier ceux de Gaza  qui survivent, dans les conditions que l’on sait, dans une prison à ciel ouvert.

ONG et société civile en question

On ne peut terminer sans aborder le problème des ONG et de la société civile, problème qui affecte d’ailleurs également le peuple palestinien.

Partout dans le monde, sur tous les continents, les dégâts dont sont responsables les Etats et les gouvernements capitalistes sont monstrueux. La parade mise en place pour panser les plaies les plus criantes et déjouer la contestation du système qui en est responsable, c’est de susciter et de développer à grande échelle des ONG qui, pour certaines, ont des budgets équivalents à ceux de certains Etats en Afrique.

Si les ONG et  la société civile ont pour mission première de réparer les dégâts causés et de masquer les responsabilités des Etats capitalistes qui agressent les peuples, en second lieu, et tout aussi grave, elles masquent les rapports  de classe inhérents à ce type de système.

Si l’on analyse bien ces ONG – et je reviendrai un peu plus tard sur le parallèle que l’on peut établir avec les associations de quartiers- nombre d’entre elles se créent autour d’intérêts spécifiques –accidentés de la route, licenciements, climat… - qui, s’ils sont légitimes pris en eux-mêmes n’en restent pas moins particuliers et si divers que cela produit une horizontalité évidente qui, en fin de compte, produit surtout de l’éparpillement et la fragmentation des luttes. Une nouvelle fois cela aboutit bien évidemment à masquer la dimension de classe qui traverse toutes les luttes tant au niveau national qu’international.

C’est ce même schéma qui fonctionne au niveau des quartiers. Il n’est pas dans mon propos de remettre en cause l’ensemble des associations, certaines travaillent très bien – cours d’alphabétisation, de soutien, aide aux plus démunis… - mais au fond, et on ne peut le nier, ces associations travaillent à la gestion de la misère sociale créée par l’Etat.

Là aussi, il nous faut être vigilants –et je répète, je ne dis pas qu’il faille quitter ces associations, mais il faut garder le cap sur ce que l’on veut faire.

Il faut qu’à l’intérieur de ces structures, on ait une conscience plus forte, qu’il ne s’agit pas seulement de réclamer des moyens de vivre mais que l’on a également des raisons de vivre qui doivent être tout autant satisfaites, à savoir la lutte pour le progrès social, pour la justice, contre les crimes policiers et sécuritaires, la lutte contre l’impérialisme. Et on ne doit en aucun cas perdre ces objectifs, même si cela a un prix et que les « représailles » ne sont jamais à écarter. Certaines associations en ont d’ailleurs fait l’amère expérience. J’ai vécu moi-même pareille situation.

Au moment de la guerre contre l’Irak, je militais dans une association qui faisait de la resocialisation, de l’alphabétisation, mais dès lors que l’on s’est exprimé contre cette guerre, on nous a coupé les subventions, et on nous a enjoint de bien séparer les activités sociales de l’association et celles plus politiques ou militantes de ses membres,  sous prétexte que la préfecture, la sous-préfecture, le Conseil général subventionnent les activités sociales et mettent des locaux à la disposition de ceux qui s’investissent dans les activités sociales, mais non de ceux qui rédigent des tracts et invitent à manifester contre la guerre.

Malgré ces rétorsions, nous avons choisi notre camp, tout comme au FUIQP nous choisissons notre camp. C’est la raison pour laquelle, outre que nous voulons être une organisation autonome sur le plan de la pensée politique, de son élaboration et des décisions, nous devons être autonomes également sur le plan financier.□

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