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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

10 après la révolte des quartiers, la Marche pour la Dignité

6 Novembre 2015 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Quartiers populaires, #Antiracisme politique

10 après la révolte des quartiers, la Marche pour la Dignité

Extrait :

Un antiracisme divisé et en crise

Il faut le dire, cette marche s’est heurtée au scepticisme voir à l’hostilité d’une partie de la gauche. Certes, il y a dans les secteurs qui ont mobilisé pour cette marche une profonde méfiance par rapport aux organisations politiques y compris de gauche, une méfiance alimentée par la peur de la récupération politique. Mais contrairement aux sarcasmes de certaines franges « républicaines », ce sont les organisations à gauche du PS qui ont été sollicités et qui ont soutenus la marche et il n’y a pas eu de « vases communicants » ou d’alliance avec la droite ou l’extrême droite.

Il n’empêche, la plupart des organisations antiracistes « traditionnelles » comme le MRAP, la LICRA ou SOS Racisme ont exprimé clairement les désaccords qu’elles pouvaient avoir avec une partie du mouvement antiraciste en refusant de participer à cette marche. Sauf que, signes de la profondeur de la crise qu’elles traversent elles ont été incapables de prendre elles-mêmes une autre initiative y compris sur leurs propres bases par rapport aux 10 ans de la révolte de 2005.

Heureusement plusieurs partis politiques de gauche (Ensemble, le PG, le PCF, le NPA, EELV…) étaient présents à la marche même si au final leur mobilisation était relativement modeste

Par contre, côté PS et côté gouvernement, les réactions sont allées parfois jusqu’à la franche hostilité. Ainsi, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, Gilles Clavreul, a violemment critiqué cette marche dénonçant «une mobilisation identitaire et anti-républicaine» et accusant les organisateurs de ne pas être «sur le terrain» et pire, d’«encourager les débordements racistes, antisémites et homophobes».

Tout est fait encore une fois pour dépolitiser et stigmatiser voir criminaliser une révolte. Un peu comme il y a 10 ans face aux « évènements » de 2005. Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur répétait à l’envie que « 75 à 80 % » des « émeutiers » interpellés étaient des « délinquants bien connus » et que ces « émeutes » traduisaient leur volonté de « résister à l’ambition de réinstaurer l’ordre républicain ». Pourtant, une étude des comparutions immédiates au tribunal de Bobigny montrait l’exact contraire.

Malgré ces multiples tentatives de dépolitiser toute révolte venant des quartiers, la marche a réussi à s’imposer comme un élément incontournable de la recomposition politique du front antiraciste. Qu’ils aient marché ou non avec les manifestants, qu’ils aient soutenu, signé ou même dénoncer l’appel, toutes celles et tous ceux qui cherchent à construire un front antiraciste large ne pourront pas faire sans la marche ou tout au moins sans les secteurs qui l’ont porté.

Au passage, la marche pour la dignité aura réussi à imposer largement un terme relativement nouveau dans les luttes antiraciste, la dignité. Il vient compléter et approfondir les revendications d’égalité, et surtout il s’oppose frontalement à un antiracisme parfois misérabiliste et compassionnel voir paternaliste qui maintient celles et ceux qui sont confrontés au racisme dans une position subalterne.

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