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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

En Birmanie, les parias de la démocratie (Guillaume Delacroix)

7 Novembre 2015 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Asie et Océanie, #Birmanie

En Birmanie, les parias de la démocratie (Guillaume Delacroix)

La question ethnique est l'enjeu numéro un des élections qui se déroulent dimanche 8 novembre en Birmanie. Les militaires, pas plus que les partis d'opposition, ne savent comment faire de la place à l'extraordinaire mosaïque de populations qui composent le pays, ces “voisins de l'intérieur” dont beaucoup ne pourront pas voter.

Birmanie, envoyé spécial.- De la rue principale, on ne la voit presque plus. Les derniers jours d'octobre ont été arrosés d'une pluie fine qui embrume le golfe du Bengale, et la végétation tropicale qui la dévore copieusement oblige à écarquiller les yeux pour apercevoir ses élégantes coupoles et son fin minaret. S'il n'y avait ces deux soldats planqués dans une guérite barrant l'accès à son entrée, la mosquée de Sittwe pourrait presque passer pour un vestige archéologique bicentenaire. Il n'y a pourtant que trois ans qu'elle a été fermée par le gouvernement birman, à la suite d'émeutes entre bouddhistes et musulmans qui s'étaient soldées par l'assassinat à l'arme blanche de plus de deux cents personnes. Un quartier entier de la ville avait été incendié, où cohabitaient pourtant pacifiquement toutes les communautés religieuses.

Des campements de fortune avaient alors dû être installés en catastrophe aux alentours, pour reloger les sans-abri. Bouddhistes et musulmans avaient été séparés, un casse-tête pour les couples mixtes. En fin de compte, c'est tout le nord-ouest de la Birmanie qui avait été secoué durant deux semaines. Au total, 143 000 personnes avaient été déplacées, braquant les projecteurs sur une région qui n'en demandait pas tant, l'une des plus pauvres du pays.

Capitale de l'Arakan (aujourd'hui appelé État Rakhine), Sittwe vit sous le régime de l'apartheid. Surveillés nuit et jour par l'armée, les musulmans font l'objet d'une ségrégation des plus sévères : ils sont interdits de déplacement, subissent une limitation forcée des naissances et n'ont plus accès ni aux soins ni à l'éducation. A contrario, dans le centre-ville, ne vivent plus que des bouddhistes. Lorsque l'on interroge les artisans joailliers qui travaillent l'or au rez-de-chaussée de leurs maisons en bois, ou les tenanciers des restaurants qui servent des soupes où nagent d'étranges escargots bleu pétrole, la gêne est palpable. Où sont passés les musulmans qui constituaient un tiers de la population ? Certains font semblant de n'en avoir jamais entendu parler, d'autres préfèrent baisser les yeux en silence, d'autres encore laissent éclater leur haine : « Ils ne sont pas birmans, ce sont des étrangers, lance un vendeur de riz sur le marché, on les a mis dehors et on vit séparément, c'est beaucoup mieux comme ça. »

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