Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Motivations et paradoxes de la référence au « nazi » dans le discours israélien (Sylvain Cypel)

3 Novembre 2015 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Israël et le sionisme, #Mémoire Seconde guerre mondiale, #Antisémitisme et négationnisme

Les mensonges du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou sur le rôle du dirigeant du mouvement national palestinien dans la « solution finale » ont soulevé bien des contestations. Mais ils n’auraient pas été possibles sans cette donnée paradoxale : l’ignorance de la société israélienne à l’égard de la réalité historique du génocide des juifs pendant la seconde guerre mondiale.

 

 Amine Al-Husseini et Adolf Hitler, 1941. Bundesarchiv, Bild 146-1987-004-09A/Heinrich Hoffmann.

Amine Al-Husseini et Adolf Hitler, 1941. Bundesarchiv, Bild 146-1987-004-09A/Heinrich Hoffmann.

Benyamin Nétanyahou délire : ce ne serait pas Adolf Hitler, mais le grand mufti de Jérusalem, Hadj Amine Al-Husseini, qui serait l’instigateur véritable de la destruction des juifs d’Europe. L’opinion internationale s’émeut, y compris une grande partie des milieux juifs, abasourdis et honteux. Angela Merkel, elle, rappelle au premier ministre israélien quelques vérités. Dans Foreign Policy, Christopher Browning, l’historien américain auteur de Des hommes ordinaires1 sur un régiment de gendarmes allemands transformés après l’invasion allemande de l’URSS en Einsatzgruppen (premières unités chargées du massacre des juifs sur place), dénonce chez Nétanyahou «  une tentative mensongère flagrante d’exploiter politiquement l’Holocauste  ». Du contenu réel de la rencontre entre le mufti et Hitler, dont Nétanyahou a littéralement inventé les termes, Browning conclut que «  Husseini ne fut pas l’instigateur de la solution finale, mais au contraire l’objet d’une tentative de manipulation par Hitler  »2. «  Nétanyahou a tout faux  »3, renchérit Dina Porat, l’historienne en chef de Yad VaShem, le musée de l’holocauste à Jérusalem.

Hadj Amine Al-Husseini avait vraisemblablement les juifs en horreur, mais imaginer qu’en 1941, lorsqu’il rencontre Hitler, cet homme «  devenu un exilé sans aucun pouvoir ait pu avoir un rôle pivot  » dans la perpétration du génocide est une absurdité totale, juge l’analyste israélien Anshell Pfeffer4. Mais rien n’y a fait. Feignant de corriger son propos, deux jours plus tard, Nétanyahou ne se rétracte pas sur le fond. À ses yeux Al-Husseini porte bien une responsabilité primordiale dans la Shoah. La plupart des commentateurs ont indiqué le motif implicite de cette assertion : il s’agissait, comme l’a encore écrit Browning, d’«  impliquer, par une extraordinaire exagération de la complicité de Husseini, la totalité du peuple palestinien, dans une tentative indigne de stigmatiser et de délégitimer toute sympathie ou préoccupation pour les droits des Palestiniens et leur indépendance  ».

Légitimer l’usage de la force

Article complet sur Orient XXI

Partager cet article

Commenter cet article