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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Réponses à Luc Le Vaillant

11 Décembre 2015 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Islamophobie

Le sexisme à peine voilé du journaliste

Réponse à Luc Le Vaillant (Najate Zouggari)

C’est un début de matinée dans le métro. Je suis sur la ligne 4. Le trajet se fait du nord au sud. Sur le siège de droite laissé vacant, un journal froissé a été abandonné, Libération daté du 7 décembre 2015 que j’ouvre machinalement aux dernières pages.

Un bonhomme blanc aux cheveux grisonnants a griffonné l’article qui distrait mon parcours. Assis au coin d’une rame, il n’attend plus le grand soir mais il a la puissance de ceux qui cumulent les privilèges de classe, de race et de sexe. Impavide, immobile, il tient serrée sa domination masculine qui calcifie l’imagination politique créatrice. Il se retrouve encagé dans son grillage de préjugés approuvés par le bon sens islamophobe. Le tout lui fait un bouclier agressif et un podium de pole-dance pour un strip-tease houellebecquien terrorisant.

Il porte un gilet en alpaga gris négligemment ouvert sur son tshirt SOS Racisme et des chaussures à bouts ronds. Ses lacets traînent jusqu’au sol, balayant la poussière de l’hypocrisie socialiste alentour. Les ongles de ses mains sont sales et on n’a pas envie de savoir si les paumes sont moites. Cette tenue de vrai mec de gauche lui fait « la cuisse évasive, la fesse envasée et les seins restreints ». La calvitie sévère sur son crâne est soustraite aux regards concupiscents par un bonnet bien laïc et nul ne rêverait de dénuder cette Grande-Tête-Molle qui sonne creux.

Seul le visage est apparent. Il est crispé en même temps que faussement enjoué et il puerait la tristesse mortifiante et mortifère si la rougeur du bonnet ne rehaussait la pâleur des joues du bonhomme. Il doit avoir dans les 55-60 ans. Passé du col mao au Rotary club, il est le frère désolé et désolant des jeunes social-chauvinistes qui égaient les meetings de Jean-Luc Mélanchon et les déjeuners de Patrick Buisson pour fustiger le multiculturalismeàlanglosaxonne.

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Une abaya dans le métro (Marie-Anne Paveau)

J’ai déjà publié ici des billets sur la manière dont on stigmatisait les femmes pour leurs vêtements, sur la robe de Cécile Duflot par exemple, ou la jupe longue de la jeune lycéenne Sarah, ou encore les tenues dites de “salopes” mises en scène dans les Slutwalks. Cette fois, il est question d’une abaya, longue sur-robe destinée à couvrir les vêtements, que portent certaines femmes musulmanes. Si la stigmatisation des tenues vestimentaires des femmes continue à ce rythme, je vais finir par disposer d’un corpus qui pourra couvrir l’ensemble de la garde-robe féminine…

Le 7 décembre Libération publie une chronique de Luc Le Vaillant, journaliste permanent dans ses colonnes depuis vingt-cinq ans, chef de la rubrique « Portraits », rédacteur d’une chronique hebdomadaire, autant dire un pilier du journal, de ceux dont personne ne relit plus les textes. Le billet, intitulé « La femme voilée du métro », se veut une sorte de description introspective d’une femme en abaya scrutée dans le métro parisien, souvenir ou fantasme, qu’importe. Je l’ai lu, comme beaucoup, et pas seulement les féministes, comme une représentation sexualisée et sexiste, racialisée et islamophobe, méprisante et haineuse d’une femme musulmane.

Sexualisation et islamophobie

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Le journaliste pervers du métro

par Laélia Véron,

Nous publions, sous forme de tribune [1], un texte écrit en réaction à la chronique publiée le 7 décembre (« La femme voilée du métro ») par Luc Le Vaillant, journaliste et rédacteur en chef à Libération (Acrimed).

Libération déplore évidemment les résultats des élections régionales, la montée de la droite et du Front national. « Contre le FN : tous à côté de la plaque » titre le quotidien en colère. « En Paca, choisir entre "le pire et le presque pire" », nous dit tristement un des articles. L’analyse proposée dans Libération par Dominique Albertini (« Face au FN, l’introuvable riposte ») annonce clairement la position du journal qui célèbre « l’engagement d’une partie de la presse contre le Front National » et qui fustige les mauvaises ripostes, comme « le moralisme ou l’injonction hystérisée ». Si Libération s’inquiète, c’est parce que Libération est, bien entendu, un journal « de gauche », proche des classes populaires, antiraciste, féministe.

Bien entendu ? Le jour même où Libération fait preuve de tant de vertueuse indignation, le journal publie également une chronique intitulée « La femme voilée du métro » dans laquelle le rédacteur en chef du service « Portraits » du journal laisse libre cours à ses fantasmes. Car Luc Le Vaillant a été confronté à cette chose monstrueuse et excitante à la fois : prendre le métro en même temps qu’une femme voilée.

Cette chronique est un écœurant exemple d’un amalgame parfaitement assumé : femme voilée = terroriste. Inutile de lister tous les clichés accumulés par Luc Le Vaillant : du sac potentiellement « farci de TNT » à la complicité avec le « conducteur salafiste », en passant par l’opposition culturaliste aussi éculée qu’infondée de l’Orient et l’Occident. En assimilant cette femme voilée au terrorisme, à un groupe uni, les barbus-voilés de l’Orient contre nous autres de l’Occident [2], Luc Le Vaillant fait tout bonnement preuve de racisme, un racisme qui sonne quasiment comme un appel à la haine. Que dire d’une phrase telle que « À moins qu’elle ne se blinde pour résister à cette haine projetée par les siens et qui lui revient en boomerang » ? Lorsque l’on sait que les agressions contre les personnes apparentées à l’islam - notamment les femmes voilées - se multiplient [3], parler d’une haine contre cette femme qui viendrait « des siens », et dont elle serait donc responsable, sonne quasiment comme un appel à la violence.

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