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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Le Pen et Rivarol : je t’aime, moi non plus

8 Février 2016 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Extrême-droite, #Front national

Le blog Droite(s) extrême(s) révélait en début de semaine dernière la participation de Jean-Marie Le Pen au banquet des Amis de Rivarol le 9 février prochain. Une nouvelle façon de faire parler de lui ? D’énerver un peu sa fille ? Ou tout simplement un retour à ses premières amours ? Un peu tout ça en même temps, sûrement… C’est en tout cas l’occasion pour nous de revenir à la fois sur l’histoire de ce journal et surtout sur les amitiés et petits accrochages de Jean-Marie avec les membres fondateurs de l’association qui organise le banquet de l’hebdomadaire antisémite.

Du 5 au 7 février, un séminaire réservé au cadres du Front national doit se tenir pour définir sa stratégie à venir, et permettre au parti de Marine Le Pen cette accession au pouvoir qui n’en finit plus d’être repoussée, surtout après l’échec relatif aux régionales. C’est que le FN continue à faire peur, surtout aux personnes âgées, qui peinent à croire le FN quand ce dernier prétend avoir changé. Pour mieux faire passer la pilule, il se pourrait bien même que soit décidé un changement de nom, histoire de tourner symboliquement la page de l’ère Jean-Marie Le Pen.

Or le vieux n’a pas l’intention de se laisser enterrer aussi facilement. Non seulement il compte bien s’inviter au séminaire, mais, histoire de rappeler au bon souvenir de sa fillela fameuse interview accordée à Rivarol en avril 2015 qui avait mis le feu aux poudres, il participera le 9 février prochain au banquet du plus vieil hebdomadaire indépendant d’extrême droite encore en activité, qui fêtera ses 65 ans cette année. La petite sauterie est organisée par les Amis de Rivarol, une association présidée par André Gandillon (sur lequel nous reviendrons), avec comme secrétaire Fabrice Jérôme Bourbon, directeur du journal depuis février 2010, et comme trésorier François-Xavier Rochette, de son vrai nom Jean-Michel Perruchot, ex-assistant du groupe FN à la région Lorraine, soutien du révisionniste Vincent Reynouard et proche de l’Œuvre française et du Parti de la France.

Le journal[1] est fondé en 1951 par René Malliavin, conseiller juridique pendant l’Occupation de l’agence de presse collaborationniste Inter-France, assisté de François Brigneau et de l’ancien Commissaire à la Jeunesse de Vichy, Maurice Gait. Le principal objectif de l’hebdomadaire est alors la réhabilitation du Maréchal Pétain : on y trouve logiquement d’autres collabos notoires, comme Pierre-Antoine Cousteau ou Lucien Rebatet, l’auteur du pamphlet antisémite Les Décombres. Le journal mène aussi un autre combat avec virulence durant cette période : celui de la défense de l’Algérie française. Enfin, à l’occasion du procès Eichmann en 1962, Rivarol ouvre ses colonnes au négationniste Paul Rassinier, sous le pseudonyme Jean-Pierre Bermont. Pétainiste assumé, nostalgique de l’Algérie française et antisémite jusqu’au négationnisme : Rivarol, malgré les changement de direction, reste fidèle à ses trois principes fondateurs, qui restent peu ou prou les mêmes jusqu’à aujourd’hui.

Alors qu’en 1972, se crée le Front national, Rivarol s’est déjà rapproché d’Ordre nouveau et François Duprat y tient une rubrique, les « nouvelles du front ». Le journal, qui veut lui aussi l’unité de toutes les tendances de l’extrême droite, soutient dès le début Jean-Marie Le Pen. Par la suite, l’hebdomadaire, tout en soutenant publiquement le FN, se met surtout au service de la frange la plus radicale au sein du parti, en tentant d’y imposer son antisémitisme pathologique, sans y parvenir véritablement, car en dépit des provocations à répétition de son président, le Front national se détache progressivement de l’antisémitisme de ses fondateurs, le laissant s’exprimer à sa marge, jusqu’à le condamner publiquement avec l’arrivée de Marine Le Pen à la tête de la formation. On se rappelle d’ailleurs comment, en 2010, au moment de la campagne interne pour la présidence du FN, Bourbon avait qualifié Marine Le Pen de « gourgandine sans foi ni loi, sans doctrine, sans idéal, sans colonne vertébrale, pur produit des médias, qui a multiplié les purges depuis des années et dont l’entourage n’est composé que d’arrivistes sans scrupules, de juifs patentés et d’invertis notoires. » Depuis, la mésentente entre Marine Le Pen et Fabrice Bourbon s’est à plusieurs reprises terminée devant les tribunaux, menaçant sous la pression financière l’existence même du journal.

Mais bien avant cela, en 2005, Bourbon s’était déjà fâché avec le père, pour avoir publié une conversation qui devait rester privée entre Bourbon et lui, au cours de laquelle Le Pen aurait dit : « En France du moins, l’Occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine, même s’il y eut des bavures, inévitables dans un pays de 550000 km2. » Le Pen s’estime piégé, Marine Le Pen, déjà au bureau politique, est furieuse et part bouder pendant plusieurs mois… En novembre 2010 d’ailleurs, Jean-Marie prendra la défense de sa fille régulièrement attaquée dans les colonnes de Rivarol,traitant sur RFI Fabrice Bourbon de « Taliban hystérique »… Mais ça, c’était avant : Bourbon et Le Pen ont maintenant en commun d’être régulièrement dans le viseur de l’ambitieuse présidente du FN, et forcément ça rapproche.

Mais Rivarol n’était pas la seule publication à avoir apporté son soutien au FN. Une autre revue, Militant, fondée en 1967 et elle aussi proche de Duprat, est partie prenante dans la création du Front national.Militant devient même l’organe officiel du parti frontiste, de la rupture avec Ordre nouveau à l’automne 1973 jusqu’au lancement de National en septembre 1974… Après bien des vicissitudes, décrites en détail par REFLEXes (http://reflexes.samizdat.net/militant/), avec entre autre la création d’un fantômatique Parti nationaliste français (dont la direction a été composée à 50% d’anciens SS), Militant a continué son petit bonhomme de chemin, et existe toujours aujourd’hui, actuellement dirigé par… André Gandillon, le président des Amis de Rivarol, qui a également été au Front national, et qui a même été élu en 1995 sous cette étiquette conseiller municipal à Bondy (93), un siège qu’il conserve jusqu’en 2008. Autant dire que pour Jean-Marie, cette invitation des Amis des Rivarol, c’est un retour aux sources.

Pourtant, André Gandillon n’a récemment pas été très tendre avec le Menhir, et dresse un bilan politique de sa carrière plutôt sévère… Sur le blog de Militant, le 23 août 2015, Gandillon revient sur le rôle joué par Jean-Marie dans l’orientation du FN à ses débuts : « sous l’impulsion de J.M. Le Pen, et surtout après l’assassinat de François Duprat, la voie réformiste a été privilégiée et les membres du Front national qui refusaient cette évolution l’ont quitté. J.M. Le Pen a-t-il d’ailleurs été nationaliste, autrement dit, a-t-il dénoncé et combattu clairement les principes sataniques de l’anti France issus de 1789 ? Il semble que non. » Le Pen supplétif de l’anti-France, il fallait oser… Mais ce n’est pas tout. Dans le même billet, Gandillon, décidément en verve, lui reproche de ne pas avoir suffisamment privilégié l’implantation locale, de n’avoir pas recruté « les meilleurs parmi les cadres », d’avoir fait du FN « une sorte de PME familiale », et il conclut en disant que, finalement, tout au long de sa carrière politique, Jean-Marie Le Pen « s’est contenté de s’insérer dans le jeu démocratique en combattant les dérives qu’il engendrait, sans se rendre compte – ou voulant se rendre compte – que c’est le régime lui-même qui est nuisible. » Bref, un mou du genou, un valet du système ! Mais on peut compter sur l’hypocrisie de ces deux-là pour, autour d’un petit verre de mousseux, faire le 9 février comme si de rien n’était, et du passé faire table rase.

La Horde

  1. L’essentiel des éléments historiques sur Rivarol est tiré de l’ouvrage de R. Monzat et J-Y Camus, Les droites nationales et radicales en France, 1992. []

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