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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Penser une véritable stratégie pour combattre l’OEI en Libye

29 Février 2016 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Maghreb, #Libye

Le monde se réveille avec la menace que fait planer l’expansion de l’organisation de l’État islamique (OEI) en Libye. L’urgence d’agir contre l’OEI ne doit cependant pas être une raison pour se lancer dans une nouvelle aventure militaire. Les résultats en seraient imprévisibles, la situation sur le terrain aggravée et la résolution du conflit vraisemblablement rendue encore plus difficile. Une autre stratégie est pourtant possible.

La première étape pour une approche plus nuancée est l’évaluation précise du défi que pose l’Organisation de l’Etat islamique (OEI) en Libye. Seule une compréhension préalable des mécanismes de sa propagation, de son volume et de sa tactique, peut permettre d’élaborer une stratégie appropriée pour le faire reculer.

Depuis la ville de Syrte, dont il s’est saisi en 2015, le groupe contrôle une bande côtière de 190 km vers l’est. Ce territoire lui fournit une base relativement sûre d’où il attire de nouvelles recrues et planifie ses attaques. L’OEI est également présent à Benghazi, deuxième ville du pays, mais sans y contrôler de portion significative de territoire. Il a mené des actions de guérilla dans les voisinages de cette ville et aurait absorbé d’autres groupes armés, notamment des éléments d’Ansar Al-Charia, groupe islamiste radical qui faisait partie de la rébellion contre le régime de Mouammar Kadhafi en 2011. Il a également prouvé sa capacité à conduire des opérations coup de poing dans l’ouest libyen, probablement grâce à un réseau de cellules, y compris au sein de la capitale Tripoli. Il a ainsi été capable de conduire des opérations spectaculaires en dehors de son propre territoire, en particulier l’attaque-suicide la plus importante de l’histoire de la Libye dans un centre de formation de la police dans la ville côtière de Zliten, proche de Misrata, dans l’ouest libyen, qui fit au moins soixante morts le 7 janvier.

Les estimations des effectifs de l’OEI en Libye divergent largement d’une source à l’autre. Pour l’ONU, le groupe dispose de 2 000 à 3 000 combattants. Ils seraient entre 5 000 et 6 000 pour les services de renseignement américains, tandis que des sources françaises affirment qu’ils sont plus de 10 000. La fourchette basse semble la plus réaliste, ne serait-ce que par la tendance à l’inflation des chiffres, surtout de la part de l’OEI elle-même. Son expansion en Libye est devenue une part importante de sa propagande depuis octobre 2015, évoquant en particulier la perspective d’utiliser la Libye comme tremplin vers l’Europe, l’Afrique subsaharienne et le reste du Maghreb. Cette ambition de l’OEI a quelquefois été mentionnée dans les pronostics alarmants de quelques analystes occidentaux — en particulier dans les milieux militaires — qui mettent en garde contre l’émergence d’un «  axe du djihad  » allant du Nigeria à l’Afghanistan en passant par la Libye, la Syrie et l’Irak. Dans le contexte libyen, bien qu’existent des milices armées conventionnelles plus volumineuses et mieux équipées, le taux de croissance de l’OEI est ce qu’il y a de plus alarmant, sachant qu’elle comptait probablement moins de 1 000 combattants il y a 18 mois.

Un nouveau front à ouvrir

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