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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Aux sources de l’islamogauchisme (Laurent Lévy)

11 Juin 2016 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Islamophobie

Invité du « Forum Radio J » le 22 mai 2016, en marge de son déplacement en Israël et dans les Territoires palestiniens, le premier ministre de droite Manuel White a repris à son compte « les mots justes » de son secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen, en évoquant le danger de « l’islamo-gauchisme ». Voici donc consacrée définitivement une notion aussi grotesque que pernicieuse idéologiquement, apparue à l’aube des années 2000 dans les cénacles les plus obtus et les plus arriérés du national-républicanisme franchouillard. Le texte qui suit revient sur l’histoire de ce gros concept, dont la fonction première est la même que celle du concept de communautarisme : stigmatiser, diaboliser, exclure tout ce qui n’est pas français comme il faut – et en premier lieu tout ce qui est musulman...

À partir de 2003-2004, au fur et à mesure que s’est amplifiée la campagne contre les élèves voilées, un vague consensus national s’est construit autour du principe de la prohibition, mais cela n’est pas allé sans résistance. Et ce sont précisément ces résistances qui ont été qualifiées du délicat sobriquet d’ « islamo-gauchiste » Premières concernées par cette campagne, les personnes issues de l’immigration coloniale et postcoloniale, ces « immigrés » de première, deuxième et troisième « génération » ont ainsi globalement et massivement été antiprohibitionnistes – mises à part certaines exceptions anecdotiques systématiquement mises en avant par les médias. Déjà montrés du doigt et frappés par les politiques sécuritaires, victimes de discriminations et d’exclusions de toutes sortes, premières cibles des violences policières, ces « indigènes » des deux sexes, qu’ils soient ou non « croyants », comprenaient spontanément que cette campagne était dirigée contre eux ; qu’il s’agissait, à travers leur religion de référence, même s’ils ne s’en réclamaient pas eux-mêmes [1] d’une stigmatisation de plus.

Mais ils n’étaient pas seuls. Nombre de militants « blancs » partageaient leur refus de la prohibition et analysaient le projet de loi comme étant à la fois sexiste et raciste, en ce qu’il visait spécifiquement des jeunes femmes et en leur seule qualité de musulmanes. Ces antiprohibitionnistes, d’abord isolés et submergés par l’hégémonie du discours ambiant, devaient rapidement trouver des points de ralliement pour produire un autre discours. Dès avant la rentrée scolaire 2003, diverses tribunes ou pétitions circulaient sur Internet et dans certains milieux militants – notamment la pétition intitulée « Oui à la laïcité, non aux lois d’exception » [2], diffusée sur son site Internet par le collectif « Les Mots Sont Importants ». Deux autres appels, qui développaient de manière voisine leur argumentation antiprohibitionniste, devaient assez vite se fédérer, et c’est ainsi qu’après plusieurs réunions informelles se constituait à l’échelle nationale le « Collectif une école pour toutes et tous », dont l’objet était de s’opposer au projet de loi par différents modes d’action, allant de la publication de textes à la manifestation de rue, en passant par l’organisation de débats publics. Le film documentaire réalisé par un militant du collectif, Jérôme Host, et intitulé Un racisme à peine voilé, servit d’appui à cette campagne. Quelque temps plus tard était créé le « Collectif des féministes pour l’égalité ».

 

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