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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Reconnaissance de la Palestine : le chef du gouvernement doit respecter le vote de l’Assemblée nationale (collectif)

4 Juin 2016 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Palestine

Par un collectif de députés socialistes — 3 juin 2016 à 13:06

Alors que se tient aujourd'hui la conférence de Paris pour la paix au Proche-Orient, treize députés socialistes regrettent que Manuel Valls ait «cédé» au gouvernement conservateur israélien.

Le 2 décembre 2014, une large majorité de députés français a voté une résolution invitant le gouvernement français à reconnaitre la Palestine. Ce vote a été suivi, quelques jours plus tard, du vote d’une résolution similaire au Sénat. Laurent Fabius, alors ministre des Affaires étrangères, avait annoncé devant les députés que la France allait engager une ultime initiative pour la paix au Proche-Orient avec l’ensemble de la communauté internationale et qu’en cas d’échec des négociations, la France reconnaîtrait l’État palestinien.

Jean-Marc Ayrault a récemment nuancé les engagements pris par son prédécesseur, à quelques jours du début de l’initiative de paix lancée par la France pour la résolution du conflit israélo-palestinien. Lors de son voyage en Israël et en Palestine, le Premier ministre Manuel Valls a également remis en cause la feuille de route proposée par Laurent Fabius en décembre 2014. Or, nous pensons au contraire que la France ne doit pas céder aux pressions du gouvernement israélien. Un recul à ce stade, ne garantit en aucune façon la participation d’Israël à de nouvelles négociations puisque dans le même temps l’extrême-droite israélienne vient de faire son retour au gouvernement.

Ce recul décrédibiliserait la France, qui est engagée avec force depuis de nombreuses années dans le processus de résolution du conflit israélo-palestinien qui ensanglante et déstabilise le Proche-Orient. La France a toujours défendu l’idée de la constitution de deux États, un État palestinien et un État israélien, coexistant pacifiquement comme l’avait stipulé la résolution 181 de l’Assemblée Générale des Nations Unies en 1947 qui prévoyait la création d’un État juif et d’un État arabe « le 1er octobre 1948 au plus tard ». C’est dans ce sens que la France a voté pour l’adhésion de la Palestine comme État membre de l’UNESCO et État non-membre de l’ONU. Presque 70 ans après cette résolution, le conflit perdure et il est urgent d’y mettre un terme.

Le processus de paix israélo-palestinien est dans une impasse dangereuse alors que la région est traversée par des conflits majeurs et une instabilité croissante. Le gouvernement israélien continue une politique offensive d’implantation de colonies dans les territoires palestiniens en violation du droit international et refuse à ce jour toute idée de discussion internationale pour la paix. Pour des raisons de politique intérieure, une prime à la radicalité s’installe en Israël, qui est dirigé par le gouvernement le plus conservateur de son histoire. Dans ce contexte il est impératif de sortir des discussions bilatérales entre Israélien et Palestiniens qui n’ont aucune chance d’aboutir et d’imposer au gouvernement israélien et à l’Autorité Palestinienne une conférence internationale pour la paix.

C’est la démarche qu’avait initiée Laurent Fabius alors ministre des Affaires étrangères à l’issue du vote des parlementaires sur la reconnaissance de la Palestine. Il faut sortir du statu quo qui permet à Israël de poursuivre en toute impunité sa politique de colonisation, qui met en danger la sécurité des Israéliens et des Palestiniens et qui empêche le développement démocratique et économique de la Palestine.

Si Israël refuse de s’inscrire dans une démarche constructive et refuse de saisir l’opportunité historique offerte par la France, le gouvernement français doit prendre ses responsabilités en reconnaissant la Palestine comme il s’y est engagé. La France par son action diplomatique des prochains mois doit permettre à cet État palestinien de ne pas être seulement un État symbolique mais un État reconnu, souverain, démocratique et indépendant sur la base des frontières de 1967.

Reconnaître l’État de Palestine ce n’est pas acter dès aujourd’hui l’échec des négociations comme l’a dit Manuel Valls. C’est au contraire, mettre une pression supplémentaire sur le gouvernement israélien qui ne fait à ce jour aucun effort pour la paix et lui imposer des négociations internationales. C’est acter que la seule voie vers la paix et la sécurité des Israéliens et des Palestiniens passe par la constitution de deux États et donc par la reconnaissance par la communauté internationale de la Palestine, comme l’ont déjà fait plus de 130 pays. Dire que la France reconnaîtra la Palestine à l’issue de cette ultime tentative de négociation c’est montrer que la France refuse le statu quo.

Alors que s’ouvre aujourd’hui la conférence de Paris sur le Proche-Orient, nous souhaitons réaffirmer notre engagement pour la reconnaissance d’un État palestinien. Le gouvernement ne doit pas balayer les engagements pris par Laurent Fabius devant l’Assemblée Nationale ni ignorer la résolution votée par les députés invitant à la reconnaissance de l’Etat de Palestine. C’est une atteinte à la démocratie parlementaire qui remettrait gravement en cause la position historiquement équilibrée de la France sur ce conflit. La parole de la France sur la scène internationale ne peut être affaiblie et nous appelons le Président de la République, en cas d’échec de la conférence pour la paix, à reconnaître la Palestine avec ou sans l’aval du gouvernement israélien.

Signataires : Mathieu Hanotin (député de Seine-Saint-Denis), Alexis Bachelay (député des Hauts-de-Seine), Nicolas Bays (député du Pas de Calais), Kheira Bouziane-Laroussi (députée de Côte d’Or), Yves Daniel (député de Loire-Atlantique), Chantal Guittet (députée du Finistère), Benoît Hamon (député des Yvelines), Régis Juanico (député de la Loire), Michel Ménard (député de Loire-Atlantique), Michel Pouzol (député de l’Essonne), Christophe Prémat (député des Français établis hors de France), Monique Rabin (députée de Loire-Atlantique) et Paola Zanetti (députée de Moselle).

 

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