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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Alain Gresh : « On peut être croyant et révolutionnaire »

7 Novembre 2016 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Proche et Moyen-Orient, #Questions internationales

Il fut cadre permanent du Parti communiste français et rédacteur en chef du Monde diplomatique ; il dirige actuellement Orient XXI, magazine en ligne dont l’ambition est de pallier un traitement médiatique « souvent partiel, parfois superficiel » du monde arabe. Nous retrouvons Alain Gresh — par ailleurs fils du militant marxiste anti-colonialiste Henri Curiel (assassiné par balles en mai 1978) et interlocuteur régulier du professeur d’Études islamiques contemporaines Tariq Ramadan — dans le bureau de l’Institut de recherche et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient, à Paris. L’occasion de revenir à ses côtés sur son parcours personnel et politique.

 

Vous avez dit un jour que la situation au Proche-Orient est « vitale » pour vous. Pourquoi cet adjectif ?

Je suis né en Égypte et j’y ai grandi jusqu’à 14 ans. Ça a toujours été une région qui m’a intéressé, passionné. Même si j’avais un passeport égyptien, de par ma famille, j’étais de culture française et ma langue maternelle était le français. Il était évident que je viendrais faire mes études en France. Cet attachement au Proche-Orient est de nature plus intellectuelle et politique, à vrai dire. Quand je dis aux Égyptiens exilés ou réfugiés en Europe que je ne vibre pas en écoutant les chants d’Oum Kalthoum, ils ne comprennent pas… J’ai mis du temps à percevoir en quoi cette enfance a fait de moi un Français différent. J’ai eu une éducation communiste assez orthodoxe, centrée sur le rôle central de l’Union soviétique et les textes classiques du marxisme. Je constatais simplement, au contact de mes camarades français, que j’avais une expérience différente. J’étais un privilégié en Égypte, mais j’ai pu mesurer ce qu’était l’oppression coloniale. Je suis né en 1948, j’ai vécu la montée en puissance du nationalisme égyptien et la fierté du sentiment de liberté retrouvée. Ça m’a marqué très profondément. Je n’ai pas vraiment de nostalgie de cette époque, contrairement à bien des gens qui ont vécu en Égypte à la même période. Oui, c’était un temps cosmopolite. Le français était la langue commune de toutes les minorités : grecques, italiennes, juives… Il y avait environ 70 000 Juifs, de tous horizons. Tous ces gens sont partis, pour des raisons différentes : sociales, politiques — les Juifs, à cause du conflit israélo-palestinien, essentiellement. Cette nostalgie reste souvent aveugle aux réalités de la domination coloniale d’alors.

Vous êtes entré à 14 ans aux Jeunesses communistes. Comment se conscientise-t-on si jeune ?

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