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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Après l’abolition de l’esclavage… l’esclavage toujours (Olivier Le Cour Grandmaison)

4 Novembre 2016 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Esclavage

Après l’abolition de l’esclavage… l’esclavage toujours (Olivier Le Cour Grandmaison)

Lundi 1er mars 1880. Discours du ministre de la Marine et des Colonies, l’amiral Jauréguiberry, au Sénat. « Des possessions, en nombre assez considérable, sont venues augmenter celles que nous avions déjà. (…) Dans toutes ces annexions, on s’est formellement engagé à respecter (…) les traditions de toutes ces tribus et, dans ces traditions, figure au premier rang, ce qu’on appelle l’esclavage, mais qui n’est, pour parler plus exactement, qu’une espèce de servage héréditaire.

Lundi 1er mars 1880. Discours du ministre de la Marine et des Colonies, l’amiral Jauréguiberry, au Sénat. « Des possessions, en nombre assez considérable, sont venues augmenter celles que nous avions déjà. (…) Dans toutes ces annexions, on s’est formellement engagé à respecter (…) les traditions de toutes ces tribus et, dans ces traditions, figure au premier rang, ce qu’on appelle l’esclavage, mais qui n’est, pour parler plus exactement, qu’une espèce de servage héréditaire. Les individus qui font partie de cette classe de la population constituent toute la domesticité, tous les ouvriers, laboureurs compris. » De « vifs applaudissements », venus de « tous les bancs » de la haute assemblée, saluent ces propos. Précieuse indication. Elle révèle une adhésion enthousiaste des sénateurs à la politique coloniale qui vient d’être défendue et à ses conséquences particulières : le maintien l’esclavage domestique.

Quant à Victor Schœlcher, qui est à l’origine de ce débat après avoir accusé le gouverneur du Sénégal de « pactiser » avec la servitude et de violer « la loi de 1848 », il reprend la parole et déclare : « je suis très décidé à ne pas me payer de cette monnaie ; s’il faut encore lutter pour l’abolition de l’esclavage (…), je lutterai aussi énergiquement que jamais.  » Courageux propos mais celui qui a tant fait pour l’émancipation des Noirs sous la Seconde République n’est pas entendu. La majorité des hommes politiques sont convaincus de la nécessité de ne rien faire pour mettre un terme à cette situation. Le respect de traditions jugées essentielles à la stabilité des colonies, la nécessité de maintenir de bonnes relations avec les « chefs indigènes » qui commercent avec « nos centres coloniaux » et possèdent de nombreux esclaves, la situation particulière des « populations blanches » qui ne peuvent se livrer aux travaux les plus durs à cause d’un « climat brûlant », ce pour quoi il faut employer des « ouvriers » noirs qui « sont tous, sans exception, des captifs », tels sont les mobiles principaux qui justifient que l’on « ferme les yeux » sur les pratiques que l’on sait.

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