Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Entretien : L’identité palestinienne au début du XXe siècle (Sandrine Mansour)

17 Février 2017 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Palestine

Jérusalem. Porte de Damas

Jérusalem. Porte de Damas

Loin d’être un désert, comme l’affirmera le sionisme plus tard, la Palestine d’avant la déclaration Balfour de 1917 est un carrefour culturel très riche. Au début du XXe siècle, cette terre commence à affirmer son identité, arabe puis palestinienne, face à la férule ottomane. Sandrine Mansour, historienne spécialiste de la région, a répondu à nos questions sur la population palestinienne et ses revendications à cette époque.

Pouvez-vous nous décrire la population vivant en Palestine dans la période qui précède la déclaration Balfour, c’est-à-dire au début du XXe siècle ?

Sandrine Mansour : Selon différents recensements d’époque, on considère qu’en 1914 il y a 750.000 habitants en Palestine. Au sein de cette population majoritairement musulmane, on trouve 11% de chrétiens et environ 5% de juifs. Il s’agit d’une population arabe, toutes religions confondues, assez typique du Moyen-Orient, qui compte 60% d’agriculteurs. Les villes principales, concentrant les élites et l’activité économique et journalistique, sont Haïfa, Jérusalem et le port de celle-ci : Jaffa.

Aux côtés de la majorité arabe, vivent également des étrangers : des Grecs et des Iraniens notamment. La société est assez cosmopolite car à l’époque il n’y a pas de frontières : l’Empire ottoman est très vaste et découpé en régions administratives mais sans séparations strictes. Le Moyen-Orient, et en particulier le Levant, constitue donc un véritable carrefour pour le commerce et les échanges avec beaucoup de passages. Gaza, par exemple, est un port qui permet de rejoindre d’autres régions et le chemin de fer arrive à Haïfa au début du XXe siècle, en 1901. Les échanges sont également culturels, intellectuels et politiques.

Parmi les autres étrangers présents en Palestine, beaucoup sont des marchands installés ici pour le commerce. Certains sont arrivés d’Afrique du nord en faisant les pèlerinages à Jérusalem, y créant le quartier des Maghrébins. On trouve également les fidèles du bahaïsme, une religion persécutée en Perse, qui trouvent refuge sur place. Les raisons religieuses sont donc parfois présentes en parallèle avec les raisons économiques. Des Européens résident aussi en Palestine. Des familles françaises sont venues s’y installer pour développer le commerce de matériaux de construction. En effet, la France, grande puissance catholique, possède des propriétés religieuses en Palestine : hôpitaux, écoles, orphelinats etc. Mais des Anglais et des Italiens y vivent également. Cette dimension cosmopolite est très importante pour bien comprendre la situation à cette période, notamment face à l’image qu’en a donné le sionisme plus tard.

A partir de la réforme des tanzimat, la « réorganisation » du milieu du XIXe, les Ottomans délèguent le pouvoir aux élites locales. L’administration est donc faite par les Palestiniens sous surveillance de la Sublime Porte. Il reste bien-sûr des militaires turcs sur place, notamment en cette période de fortes tensions avec l’Europe. D’ailleurs, les alliés, surtout Français et Anglais, souhaitent alors en découdre avec l’Empire en partie pour récupérer la Palestine.

Aux côtés de la majorité de la population paysanne, les fellahs, il existe une élite bourgeoise de grands propriétaires terriens et une élite citadine. Cette dernière bénéficie du développement des écoles par les Ottomans mais aussi de celles fondées par les étrangers qui leur permettent d’acquérir la maîtrise de plusieurs langues et parfois d’aller étudier à La Sorbonne ou en Angleterre. Devenus journalistes, médecins ou avocats, ceux-là composent une élite intellectuelle et politique pas encore tout à fait organisée mais qui commence à se mettre en place avec des revendications contre le pouvoir ottoman. Ces idées se confondent avec celle, plus large, d’une indépendance arabe que l’on retrouve dans la littérature du mouvement de la nahda, la « renaissance » en arabe. Cette idée d’indépendance intègre aussi des revendications de langue, le retour à l’arabe pour tous les documents administratifs, et une relecture de l’islam en fonction du monde arabe et non turc.

Les élites sont musulmanes mais aussi chrétiennes. Quant aux juifs, ils sont souvent assez pauvres et peu éduqués à l’époque. D’ailleurs les élites de la diaspora juive, comme les Rothschild, auront d’abord comme idée, avant le sionisme, de construire des écoles en Palestine afin de rendre les juifs égaux dans l’éducation. Cela ne marchera pas au début car les juifs préféreront garder leurs méthodes traditionnelles.

A cette époque, existe-t-il déjà des tensions entre les différentes communautés religieuses de Palestine ?

lire la suite

Partager cet article

Commenter cet article