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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Israël est, par définition, une colonie européenne (Aaron Tordjman)

8 Mars 2017 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Israël et le sionisme

Israël est, par définition, une colonie européenne (Aaron Tordjman)

par Aaron Tordjman (article publié dans Haaretz le 27 février 2017).

Traduit de l’hébreu par Michel Bilis.

Comment se fait-il que la Palestine, partie intégrante du Moyen-Orient, et morceau de terre habité depuis l’Antiquité par une population orientale ayant adopté, depuis plus d’un millénaire, la culture et la langue arabe, à l’instar de la Syrie, de l’Égypte ou de l’Algérie, soit, en une centaine d’années, devenue un État peuplé de migrants venus du monde entier ? On s’interrogera également pour comprendre comment la population originelle de la Palestine est dispersée dans des camps de réfugiés, une partie étant soumise à un pouvoir militaire d’occupation, et une minorité d’entre –elle, seulement, disposant de la citoyenneté dans le nouvel État d’immigrés, qui se considère comme faisant partie de l’Occident. Les réponses à ces interrogations se situent dans un contexte en dehors duquel le conflit entre le sionisme et le monde arabe demeure incompréhensible ; à savoir : le colonialisme.

Le tableau est bien connu : des migrants européens colonisent par la force, malgré la résistance des indigènes. Ils créent une société séparée, en tirant avantage de leur supériorité militaire et d’organisation, pour évincer les populations autochtones et dominer le territoire. Souvent, ils remplacent la population originelle, expulsée ou victime d’un génocide. C’est, peu ou prou, une même histoire qui s’est jouée en Australie, en Amérique du Nord, en Afrique du Sud, et en d’autres lieux où sont venus s’implanter des migrants européens.

L’histoire n’est pas fondamentalement différente en Palestine, même si plusieurs générations d’endoctrinement sioniste, ponctuées de mythes inventés et de récits appropriés pour servir la population d’immigrés, ont tenté d’inverser cette réalité, afin de procurer un soutien rationnel à ce qui demeure essentiellement une entreprise coloniale de dépossession, qui se poursuit à ce jour.

Les soutiens du sionisme soulignent sa différence par rapport aux autres mouvements de colonisation : absence d’un État métropole, invocation par les sionistes d’une promesse divine, où encore des « droits historiques » du « peuple juif ». Cependant, la croyance religieuse de l’homme et une théorie sur ses origines ancestrales ne lui confèrent aucun droit. Tels sont les pieds d’argile sur lesquels se tient le géant théorique du sionisme, et avec lui, le système d’endoctrinement visant, en Israël, à formater chaque enfant, dès le plus jeune âge.

Ces présupposés erronés donnent aussi lieu à la vision symétrique des sionistes qui voient dans le conflit un affrontement entre « deux mouvements nationaux », deux occupants revendiquant un droit de propriété également légitime sur la dite-terre. Mais c’est, évidemment, une fausse symétrie : les familles Gryn, Shertok, Bégin, Yezernitski et Milikowski, venues de Pologne et de Russie, tout comme la famille Osterman, devenue Avneri, issue d’Allemagne n’ont pas de droit sur le lointain morceau de terre, du seul fait de leur croyance religieuse, ou de la théorie invoquée de leurs origines ancestrales. L’existence d’une « métropole » n’est pas indispensable pour définir un colonialisme, qui est l’installation sur une terre, par la force.

Au regard de cette réalité, non seulement le sionisme n’est pas spécifique, mais il présente des traits de ressemblance évidents avec d’autres colonisations européennes dans le monde, où les immigrants européens se sont heurtés au « problème démographique » des indigènes qui se sont trouvés sur leur route, alors que les colons aspiraient à se construire une société et un État, avec une culture et un régime européens, tout en effaçant l’existence de la population autochtone. Ainsi est né le mythe d’un « territoire vide ». De façon tout à fait caractéristique, ils attribuent à la barbarie des indigènes et à leur haine irrationnelle, l’opposition à l’invasion coloniale et au processus de dépossession.

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