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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

A lire : un extrait de « Les nouveaux visages du fascisme » d’Enzo Traverso

5 Mai 2017 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Extrême-droite, #Front national

Ce qui est troublant dans cet appel mystique à la République, c’est qu’il est doublé d’un déni ou d’une minorisation d’un certain nombre de crimes commis par cette même République (Charonne, Sétif, etc.)… Or le FN apparaît aujourd’hui comme l’un des partis de droite radicale le plus important d’Europe. À l’inverse, en RFA, les Allemands ont fait un retour critique sur leur passé et les extrêmes droites ne prennent pas autant d’ampleur qu’ici. Y voyez-vous un lien de cause à effet ?

Je crois qu’il y a une relation, même s’il n’y a aucun déterminisme et si chaque pays reste un cas particulier. En Espagne, le néofascisme est quasiment inexistant, et pourtant la nostalgie du franquisme est très présente dans les couches les plus conservatrices de la société, qui votent pour le Parti populaire, un parti de droite postfranquiste qui n’a aucun lien avec les organisations fascistes anciennes, comme la Phalange espagnole. En Italie, on a assisté à la mue du néofascisme, devenue une force libérale conservatrice et intégrée dans la droite classique, alors même que naissent par ailleurs de nouveaux mouvements fascistes ou post-fascistes comme la Ligue du Nord, qui à l’origine n’avait rien de fasciste.

Dans le cas de l’Allemagne, des pulsions conservatrices profondes se manifestent surtout dans l’Est, avec Pegida, et maintenant Alternative für Deutschland qui exploite la crise des réfugiés. Mais par ailleurs ce pays a réglé ses comptes avec le passé nazi. L’Allemagne a reconnu les crimes nazis et a même fait de l’Holocauste un des piliers de sa conscience historique. On pourrait presque dire de son « identité nationale », dans la mesure où la mémoire du nazisme est largement consensuelle et est devenue aujourd’hui une des matrices du « patriotisme constitutionnel », selon la formule de Jürgen Habermas, d’un pays qui a banni le nationalisme ethnique. La France, en revanche, n’a jamais vraiment assumé son passé colonial, qui revient comme un boomerang.

Si l’ancien FN était nourri d’un imaginaire colonial, le nouveau FN n’a-t-il pas évacué complètement, sauf erreur, toute référence au colonialisme ? On ne les entend pas critiquer les militants « décoloniaux », peut-être parce qu’ils s’engouffrent dans cette logique républicaine que vous critiquez ?

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