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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Entretien avec Stéphane François sur le Front National et l’extrême-droite française – partie 1

5 Mai 2017 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Extrême-droite, #Front national

Ces dernières semaines Stéphane François a répondu à de nombreuses interviews dans les médias concernant le Front National et l’extrême-droite française. Il a réalisé une fusion de ces différentes sollicitations dans le texte qui suit. Comme par le passé où nous avions évoqué son travail sur le site de La Horde, nous publions avec son accord la fusion des entretiens qu’il a donné depuis le début de la campagne présidentielle.

Comment décrirez-vous les militants de groupes d’extrême droite à l’heure actuelle ? Pensez-vous qu’ils se reconnaissent dans le programme et la structure du Front National ?

Le portrait du militant varie en fonction du groupuscule… Certains recrutent dans des milieux populaires (skinheads en particulier), d’autres dans des classes plus aisées (Les Identitaires). Il n’y a pas de portrait type. Cependant, on peut dire que le militant d’extrême droite insiste sur les thèmes suivants : l’immigration, l’insécurité, l’« immigration-colonisation », la « substitution ethnique », la perte des valeurs morales et la perte de la souveraineté, etc. Pour un parti comme le FN, il y a plusieurs profils de militants, ce parti attirant divers électorats. Tous les militants d’extrême droite ne se reconnaissent pas dans le programme et la structure du FN : certains le trouvent trop « mou », trop « à gauche », n’insistant pas assez sur la « remigration », pas assez sur l’« affirmation ethnique ».

Etant donné la place du FN dans cette élection, jusqu’à où peut arriver la percée des idées de l’extrême droite ? Assistons-nous à une droitisation de la société française ? Le cas échéant, dans quelle mesure le cas français est différent à d’autres pays où on constate aussi une montée de l’extrême droite ?

Les idées de l’extrême droite se sont banalisées dans la société, malheureusement. Il y a un repli identitaire très net. Ainsi, les chiffres contenus dans les rapports annuels de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) montrent depuis 1995 une augmentation du nombre des actes racistes, xénophobes et antisémites. Le rapport de 2014, le dernier paru à ce jour, fait état de trois recrudescences : une première à contenu antisémite ; une deuxième montrant un rejet croissant des pratiques (publiques et privées) liées à l’islam, une dernière visant les populations Rroms. Depuis le début des années 2000, il y a un net rejet de la mondialisation de la part des populations nationales, notamment en ce qui concerne la mondialisation des flux de personnes, avec l’idée que les populations extra-européennes (africaines, arabo-musulmanes en particulier) seraient incapables de s’intégrer et provoqueraient, par leur présence, la mise en péril du modèle européen de civilisation. Sont particulièrement visées les populations musulmanes qui chercheraient à imposer un mode de vie hostile aux valeurs européennes et surtout aux femmes.

Concernant la dernière question : on ne peut pas y répondre sérieusement, chaque pays ayant une histoire particulière et une extrême droite issue des vicissitudes de son histoire. Pour prendre l’exemple des populismes d’extrême droite, on a des cas différents : des partis de droite qui évoluent à l’extrême droite (l’UDC suisse ou l’UKIP britannique), des partis fondés par des survivants du nazisme ou fascisme (NDP allemand), des partis d’extrême droite qui cherchent à se « dédiaboliser » (le FN français). Certains sont très libéraux et souhaitent moins d’État, d’autres tendent vers un national-républicanisme… Chaque cas est donc particulier, mais on retrouve cependant à chaque fois un rejet de l’immigration et une volonté d’une société fermée.

Dans votre dernier ouvrage, vous parlez d’un concept pour décrire la peur de l’autre : l’altérophobie. Néanmoins, cette crainte n’est pas nouvelle car on trouve des exemples tout au long de l’histoire. De plus, cette opposition entre « nous » et les « autres » et parfois nécessaire pour la construction d’une identité, une nation, etc. Quels sont les caractéristiques de ce concept dans le contexte actuel ?  islamisation / attentats / radicalisation des idées / terrorisme.

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