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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Paniques identitaires et renouveau du nationalisme français (Karim Piriou)

31 Mai 2017 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Extrême-droite, #Identitaires, #Société française, #Repères

Une réflexion engagée autour des questions d'identités culturelles et des polémiques qui les entourent.

Le livre est constitué de textes assez courts rédigés par des chercheurs en sciences humaines et sociales. Il est dirigé par Laurence de Cock, historienne et enseignante, et Régis Meyran, anthropologue, auteurs d'une préface qui synthétise très bien les enjeux déployés dans le reste de l'ouvrage. De Cock et Meyran définissent la panique identitaire à partir de la notion de panique morale développée par le sociologue Stanley Cohen. La panique morale se construit à l'encontre d'un groupe social qui est jugé dangereux pour l'ensemble de la société. Ce jugement est exagéré par des entrepreneurs de morale qui profitent de la situation pour acquérir ou préserver des biens matériels ou idéologiques. La panique identitaire est une variation de la panique morale qui met en place une confrontation entre un groupe social qui se dote d'une identité figée et un autre groupe qu'on perçoit comme possédant des caractéristiques culturelles essentialisées. On juge ainsi les actions et discours d'un membre de ce groupe au regard de sa culture supposée. Depuis plusieurs années, comme le notent les auteurs, les groupes qui suscitent l'inquiétude selon les entrepreneurs de paniques identitaires sont les musulmans et les Roms, entre autres. Le groupe à protéger serait alors celui d'une France républicaine, ou selon d'autres discours, chrétienne, de souche, etc.

Pour les auteurs, « une panique identitaire est causée par un groupe donné qui diffuse dans l'espace public un mélange de faits discutables et d'idéologies, avec l'objectif plus ou moins explicite de canaliser les peurs des individus, dans le but de convaincre le plus grand nombre de personnes de rejoindre leur groupe ». Les entrepreneurs de paniques identitaires ont donc un intérêt matériel à ce que les individus succombent aux peurs qu'ils souhaitent diffuser. Ainsi, les maires qui ont pris des arrêtés anti-burkini lors de l'été 2016 peuvent, comme l'indiquent De Cock et Meyran, être convaincus qu'il existe un vrai « danger islamiste » mais aussi avoir des considérations électoralistes.

On remarque depuis plusieurs années que les sujets de l'identité et de la culture sont devenus centraux dans les débats intellectuels et publics. Il est souvent noté ailleurs, comme dans ce livre, que les questions sociales et économiques ont cédé le pas aux questions culturelles et identitaires. Plusieurs facteurs permettent d'expliquer ce passage d'un paradigme du social à celui de l'identité. Les clivages idéologiques qui structuraient le paysage politique sont aujourd'hui plus flous qu'auparavant, notamment depuis la Chute du mur de Berlin. On constate aussi que la véracité des faits s'efface devant les émotions et le spectacle. A une ère identifiée, peut être un peu trop rapidement, comme celle de la post-idéologie et de la post-vérité, les entrepreneurs de paniques identitaires ont le champ libre pour exploiter les craintes des populations précarisées que l'on fige autour d'une identité imaginaire qui lutterait contre d'autres identités menaçantes. Pour les auteurs, les paniques identitaires ne sont guère nouvelles même si leurs modalités ont évolué. Le nationalisme sur lequel se fonde ces paniques trouve toujours une figure d'altérité radicale : hier « le Juif », « l'Arabe », aujourd'hui « le musulman barbu » et « la femme voilée ».

Deux manières de penser l’identité

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