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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

15 mars 2004-2014 : dix ans d'une loi islamophobe. Plusieurs textes.

15 Mars 2014 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Islamophobie

15 mars 2004, quand une loi ouvre les vannes de l’islamophobie (Alain Gresh)

gresh

 

Le 10 mars, à Bourges, en plein centre vile et en plein jour, une femme enceinte portant le foulard a été agressée. Elle a accouché prématurément.

Cet incident s’est déroulé alors que l’on s’apprête à « célébrer » le dixième anniversaire de l’adoption de la loi sur les signes religieux (en fait le foulard) à l’école, loi qui a donné lieu, comme chaque fois qu’il s’agit de s’attaquer aux musulmans, à une large unanimité de la gauche et de la droite. Il ne s’agit pas d’une simple coïncidence, mais d’une conséquence d’une loi qui a fait des femmes portant le foulard l’ennemi de la République et de la laïcité.

Depuis, n’importe quel patron se sent dans son bon droit en refusant d’employer une femme qui porte le foulard ; le Sénat peut proposer l’interdiction du foulard aux assistantes maternelles — ce fut la première proposition de la nouvelle majorité de gauche à la chambre haute en janvier 2012 (lire « Islam, une pensée de la police socialiste » sur ce blog, 18 janvier 2012). On voit se multiplier les « suggestions » (là encore de gauche et de droite) comme celle qui vise à interdire le port du foulard dans les universités, et notre ministre de l’intérieur, champion toute catégorie de l’islamophobie, s’est encore une fois distingué — il est étrange qu’aucun journaliste ne l’ait jamais interrogé sur la raison pour laquelle il peut affirmer que les juifs doivent pouvoir « porter avec fierté la kipa » alors que les musulmanes ne peuvent porter le foulard qu’en se faisant insulter et agresser. Enfin, l’école, dans certains quartiers, interdisait aux mères portant le foulard d’accompagner les enfants pour les sorties scolaires — dans le même temps où l’on se plaint du fait que les parents se désintéressent de ce qui se passe à l’école : comment s’étonner de la méfiance que suscite alors cette institution auprès de parents qui se sentent exclus et sont sensibles au discours démagogique, acoquiné avec l’extrême droite et Alain Soral, de Farida Belghoul.

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La loi dite de « laïcité », dix ans après (Jean Baubérot)

« La loi du 15 mars 2004 n’a-t-elle pas pacifié la vie scolaire française ? » Telle est, avec quelques variantes, la question lancinante que nombre de journalistes me posent depuis le début de la semaine. Non seulement la réponse à une telle question est différente selon que l’on examine la face émergée et la face immergée de l’iceberg (pour parler de façon métaphorique de la réalité sociale), mais il est nécessaire de déconstruire une telle question, biaisée par de pseudo évidences implicites.

La première de ces évidences est la suivante : l’institution scolaire, avec son million d’agents et ses milliards de budget, était-elle réellement déstabilisée par quelques centaines de personne portant des signes religieux, personnes qu’il était déjà possible d’exclure si leur comportement se révélait « ostentatoire » ? Les protagonistes de la loi de 2004 ont répondu « oui », tout en se gardant bien de chercher à analyser pourquoi un tel colosse serait d’une aussi grande fragilité. Tout ce que je sais des études historiques me fait penser que ce paradoxe sera décrypté par les historiens lors d’un colloque, en 2104, à l’occasion du centième anniversaire de la loi ! Eh bien, en exclusivité pour Mediapart, je vous livre les conclusions de ce futur colloque. Merci qui ?

La Commission Stasi s’était déjà intéressé à un tel paradoxe et beaucoup de ses membres jugeaient très sévèrement la façon dont l’Education nationale avait géré les dits « problèmes de foulard » (puisque en fait c’était cela qui était en cause). Mais rien, absolument rien n’est dit à ce sujet dans le rapport (1). Plusieurs personnes ont justifié leur vote par cet argument : étant donné l’incapacité de l’éducation nationale à régler cette affaire, une loi est devenue nécessaire. Autrement dit, on a fait porter aux jeunes filles le poids de cette incapacité !

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Une révolution conservatrice dans la laïcité (Pierre Tevanian)

lmsi-logo2Un rassemblement commémorera, samedi 15 mars 2014 à 15H00, Fontaine des Innocents à Paris (Châtelet), le sinistre anniversaire des dix ans de la loi sur sur les « signes religieux ostensibles », interdisant le port du foulard dit islamique à l’école, sous peine d’exclusion définitive. Au bilan en termes d’exclusion scolaire, de nombreuses considérations doivent être ajoutées pour que le bilan soit complet, notamment à propos des suites innombrables qu’a eue cette loi sur le terrain idéologique, politique et social pendant la décennie qui a suivi, que ce soit avec la loi anti-niqab de 2010, les interdictions de sortie scolaire aux mamans voilées, l’affaire Ilham Moussaïd ou plus largement la production et la diffusion massive d’une voilophobie et d’une islamophobie « respectables » – sans parler des effets de division et de diversion et d’un dramatique dévoiement du féminisme. Le texte qui suit se concentre sur un aspect précis de cette sinistre loi : la manière dont elle a opéré, bien plus qu’une simple reformulation, un véritable dévoiement, ou plus précisément : une véritable révolution conservatrice dans la laïcité.

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Dix réflexions sur dix ans d’islamophobie, ou le rendez-vous manqué de la gauche (Visceral)

Le 15 mars, cela fait dix ans que la loi interdisant le port du voile à l’école fut votée. « Non, l’interdiction des signes religieux »… Admettons, il n’empêche que les premières visées furent les femmes voilées. Issu d’une famille communiste, de classe moyenne, ayant grandi dans un milieu social éloigné de toute influence « islamique », étudiant, salarié dans un collège classé ZEP de Seine-Saint-Denis, je me suis très tôt engagé à gauche de l’échiquier politique, et il m’est toujours apparu comme naturel, en liaison avec mes engagements, mes aspirations, de me mobiliser contre cette loi, ainsi que contre toutes les lois islamophobes qui ont suivi.

Mes positions m’ont assez souvent amené à me retrouver seul dans les débats entamés avec mes « camarades ». Certains étaient contre le voile et pour la loi, d’autres contre le voile et contre la loi. Dans mon parcours de « petit militant gauchiste », la question du « vivre ensemble » m’a toujours interpellé. Tout autant d’ailleurs que ma volonté de chercher, perpétuellement, des bases de convergences de luttes sur lesquelles pourraient s’articuler différentes organisations, qu’elles soient associatives, politiques, culturelles ou cultuelles. Ce cheminement m’a conduit, au vu des causes pour lesquelles je m’engage, assez rapidement, à rencontrer des musulmanes, voilées ou non, et donc à engager des débats avec elles.

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