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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

2003 : 6 raisons de ne pas faire de loi contre le foulard (Mrap, le 10 décembre 2003))

1 Janvier 2010 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Islamophobie, #MRAP, #Repères

6 raisons de ne pas faire de loi contre le foulard

Le Mrap, profondément attaché à la laïcité, aux combats contre l'oppression des femmes, et à la critique des religions, réaffirme en six raisons son opposition à une loi contre le foulard.

1. Une loi serait inutile. En effet, déjà en 1989, lors de la première médiatisation sensationnelle d'une « affaire de voile » à Creil (Oise), les chiffres sont surprenants : bien que 62 % des élèves du collège soient musulmans, à peine 1% portent le foulard (0,3%)[1] . Dans la dernière affaire médiatisée à La Martinière-Duchère à Lyon, il y avait une lycéenne voilée pour 2 500 élèves[1]. Au milieu des années 90, il y avait plus de 100 affaires de foulard par an devant les tribunaux, alors que l'on en est à une petite dizaine début 2000[2]. La Loi, présentée comme la panacée pour régler les conflits serait donc inutile parce que disproportionnée.

2. Une loi ne serait pas sereine. Les amalgames entretenus par les médias, sur fond de perspectives électorales, entretiennent la confusion, par exemple entre l'Ecole et les services publics voire les entreprises, entre l'Etat laïque, les enseignants qui ont un devoir de neutralité et les usagers (les élèves) qui disposent de la liberté d'expression mais avec des limites réglementaires, entre le port du foulard et l'absence à certains cours, etc.

3. Une loi serait stigmatisante. Pourquoi imposer une telle mesure générale coercitive, lourde de conséquences symboliques, alors que des solutions acceptables peuvent être trouvées dans le cadre des établissements, par un dialogue et une médiation renforcés, a fortiori dans les cas où le port du signe est imposé ? Une loi ne pourrait que durcir, au lieu de détendre, les relations dans le contexte scolaire et compromettre ainsi le dialogue. De plus, le MRAP craint qu'une loi de circonstance, élaborée avant tout pour régler la question du « voile », stigmatise de fait les musulmans, c'est-à-dire pour l'essentiel une partie des immigrés et leurs enfants; ceci ne peut qu'alimenter les frustrations, les difficultés d'intégration a fortiori pour les filles ainsi privées d'accès à l'Ecole publique et renvoyer à un développement éventuel du communautarisme et des Ecoles confessionnelles.

4. Une loi serait inefficace. Les chefs d'établissement très demandeurs et les enseignants se verront toujours confrontés à des difficultés pour cerner en l'espèce un signe religieux, ce qui relève de la religion, de la culture ou de l'esthétique. Le port de signes politiques, lui, reste des plus flous ; s'agit-il d'insignes de partis politiques ou des manifestations en faveur des droits de l'homme, des grandes causes humanitaires, souvent à la base de l'engagement civique des jeunes qui, par ailleurs, est fortement encouragé.

5. Une loi serait un projet rétrograde. Au XXIe siècle, vouloir faire de l'Ecole un lieu aseptisé, un « sanctuaire » fermé à la société, envisager de restreindre la liberté d'expression des élèves, ne permettra ni le développement de la formation des futurs citoyens, ni la promotion de l'esprit critique, base de l'émancipation, même si bien entendu un encadrement reste nécessaire. Une loi serait d'autant plus rétrograde qu'elle pénaliserait avant tout des jeunes filles doublement victimes : en tant que femmes et en tant que soumises à la religion.

6. Une loi serait un leurre Pour le MRAP toute loi contre le foulard est un leurre qui masque l'essentiel. Sous couvert de défense de la laïcité, une loi ferait l'impasse sur la crise de l'Ecole, l'échec scolaire, les discriminations, les ghettos qui, là encore, alimentent le désespoir et font le lit du communautarisme et de tous les intégrismes, qu'ils soient religieux ou politiques. Le MRAP pense que seuls le dialogue, l'éducation, dans une Ecole émancipatrice pour toutes et tous et dont la mission est d'accueillir tous les jeunes, peuvent mener à plus de laïcité partagée, au mieux vivre ensemble et à la démocratie. L'éducation à la responsabilité, à la citoyenneté, contre le racisme et les discriminations, qui permet de comprendre l'autre dans une société plurielle en devenir, y tient toute sa place ; elle permet de recréer du lien social. A cet effet le Mrap préconise pour le 100ème anniversaire de la loi de 1905, alors que deux jeunes sur trois ne connaissent pas le concept de laïcité et son histoire, une grande campagne nationale d'information et de sensibilisation sur les vertus de la laïcité ouverte.

1. Audition de Mme Hanifa Chérifi, chargée de mission auprès de M. le ministre de l'éducation nationale et de la recherche, médiatrice auprès des établissements d'enseignement pour les problèmes liés au port du voile, extrait du procès verbal de la séance du 11 juin 2003, in Rapport n°1275, La laïcité à l'école : un principe républicain à réaffirmer, Assemblée nationale, décembre 2003, Tome 2, p. 23. 2. Cf. ibid., p. 26.

 

Paris, le 10 décembre 20034.

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