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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

«Aounit, une époque, une culture» (Jean-Michel Riera)

13 Novembre 2011 , Rédigé par Repères antiracistes Publié dans #MRAP

http://www.elwatan.com/images/2011/11/11/image-7_731470_465x348.jpg

 

Porté sur des questions sensibles de la société française, il tourne un film sur l’ancien leader du MRAP.

- Votre premier documentaire sur les mosquées de Paris vous a tout de suite distingué dans le monde de l’audiovisuel...


Ce film, qui a été soutenu par la Ville de Paris, met en lumière des aspects originaux. J’en suis le réalisateur ainsi que le coauteur avec Franck Hirsch et Pierre Guenoun. C’est un documentaire qui existe en deux versions (1h05 et 52 mn). Il s'agissait d'avoir un regard juste et bienveillant sur ces lieux de culte. Notre approche nous a permis d’instaurer une relation de confiance avec les représentants de ces mosquées qui entretenaient des relations détestables avec les médias. Nous sommes les premiers à avoir filmé ces lieux de culte sans nous cacher et sans voler les images de la prière dans les rues.


- Pourquoi avoir choisi Mouloud Aounit comme sujet de votre second documentaire ?


Il représente une époque, une culture et un savoir-faire. Il est le produit de l'immigration algérienne en France qui date des années 1950. Son parcours retrace l'histoire de cette immigration, de son intégration dans le pays d'accueil et de son imprégnation de la culture populaire ouvrière de la banlieue rouge. C’est aussi une illustration du succès et du déclin de cette culture ouvrière. Car, alors que nous assistons à sa mise à l'écart par la direction du MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples), nous constatons que la culture qui l'a façonné est en déclin. Aounit a fait sa carrière au sein du MRAP, l'un des principaux mouvements antiracistes français. Et en retraçant son histoire, nous avons pris conscience qu'il fallait élargir le cadre de notre intervention et évoquer l'historique du paysage antiraciste français depuis son origine. Nous  avons consacré une partie à l’histoire de cette organisation fondée durant la Résistance par des individus qui ont vécu dans les camps d’Auschwitz. Nous avons interviewé Charles Palant, l'une des figures emblématiques de ce mouvement, qui a connu Aounit lorsqu'il était enfant.   
A cette époque, les enfants comme Aounit étaient appelés «fils de bougnoules», comme le souligne le chercheur Vincent Geisser…
Aounit est arrivé en France à l'âge de trois ans. Comme toutes les personnes de sa génération, il était constamment renvoyé à ses origines alors qu'il considère la France comme sa terre natale. «Fils de bougnoules» renvoie au combat en faveur de la reconnaissance du pays d'accueil et à la lutte menée par ces enfants d'immigrés dans leurs familles, alors que les parents vivaient dans le mythe du retour. Il nous a semblé important de mettre en lumière cet aspect qui relève de la sphère du privé. Ces enfants avaient manifesté une forte volonté de s'intégrer dans la société française. Mais lorsqu'ils rentraient chez eux, le père ne leur parlait pas car ils avaient obtenu la nationalité française. Ils se retrouvaient dans une position très ambivalente, ils devaient constamment se justifier chez eux et à l'extérieur. Cette  mémoire personnelle et intime est partagée par beaucoup d'enfants d’immigrés. Elle fait partie de la mémoire collective.

 

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