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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Après les attentats: le triomphe du parti de l’ordre (Olivier Lecour Grandmaison)

25 Janvier 2015 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Société française

« Notre plume est une arme bien faible – et on ne manque pas de nous le faire cruellement sentir. Mais il est de notre devoir d’en faire usage. Nous sommes peut-être impuissants car notre époque déroule son terrible ordre du jour sans tenir compte de notre colère et de nos plaintes. (…) On pourra donc plus tard nous reprocher d’avoir été impuissants, mais pas de nous être déshonorés » par notre silence ou notre abstention mêmes (1). Ecrire donc, envers et contre tout, sans illusion aucune sur le pouvoir de ces mots. Ecrire pour témoigner et résister, autant que faire se peut, au triomphe du parti de l’ordre.

Au lendemain du massacre des journalistes de Charlie Hebdo par les frères Kouachi et avant même l’attaque du supermarché kasher de la porte de Vincennes par Amedy Coulibaly, le quotidien Le Monde titrait : « Le 11-Septembre français. » Pour faire bonne mesure, le spécialiste de l’islam Gilles Kepel évoquait « un 11-Septembre culturel » et n’hésitait pas à saluer le « réarmement moral, au sens noble du terme » et le « nouveau consensus sur les valeurs » établis aux Etats-Unis peu après les terribles attentats de New York et de Washington. Un modèle pour la France. Sans doute cet universitaire concède-t-il quelques « dérives » mais l’essentiel est ailleurs. Admirable, ce terme de « dérive » employé par quelqu’un qui devrait savoir ce que les mots veulent dire. Depuis longtemps, nous savons que les dispositions d’exception adoptées par l’administration Bush et la décision de recourir à la torture ont été arrêtées au plus haut niveau, défendues et soutenues par des spécialistes du renseignement auxquels des médecins, des psychologues et des juristes ont apporté de précieux conseils.

Si penser, c’est distinguer, ce n’est pas beaucoup penser que de rabattre les actes terroristes commis à Paris sur ce qu’il s’est passé outre-Atlantique. D’un côté, trois citoyens français, fanatisés et antisémites qui conjuguent, dans un mélange qui ne laisse pas de surprendre, une sorte d’amateurisme à une détermination criminelle sans faille puisqu’ils étaient résolus à mourir après avoir perpétré leurs forfaits, et 17 victimes. De l’autre, une longue et minutieuse préparation par Al Qaida, qui disposait de moyens financiers et humains importants, 19 terroristes en action, 4 avions détournés, près de 3 000 morts et plus 6 000 blessés. L’assimilation inepte de ces deux événements témoigne de la puissance des réflexes qui sont, par définition, en-deçà de toute réflexion. Autrement plus grave sur le plan politique, la première légitime par avance le recours toujours plus important à des dispositions extraordinaires, le renforcement des pouvoirs de la police, de la gendarmerie, des douanes et des services de renseignements relativement aux écoutes téléphoniques et à la surveillance d’Internet. En ces matières, le gouvernement semble vouloir s’inspirer de la National Security Agency américaine qui dispose de prérogatives immenses. Immenses, elles le sont en effet mais elles n’ont pas empêché les frères Tsarnaïev de commettre le sanglant attentat de Boston le 15 avril 2013. Un tel constat devrait inciter les responsables de ce pays à penser, mais l’heure est à la surenchère sécuritaire.

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