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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Archives : la première affaire des "Caricatures de Mahomet". Déclaration de Mouloud Aounit en 2006.

17 Janvier 2015 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Islamophobie, #MRAP, #Mouloud Aounit

Marseille novembre 2010 avec Saïd BouamamaSamedi 1er février 2006, le Conseil d'administration du MRAP, par 21 voix contre 6 et une abstention, a pris la décision d'engager le MRAP à porter plainte contre le journal France Soir pour une seule des douze caricatures reproduites du journal danois Jyllands Posten, celle représentant le prophète de l'islam enturbanné d'une bombe. Cette décision était clairement fondée sur le caractère raciste - et non religieux - de l'insupportable amalgame « Mahomet = islam = musulmans = terroristes en puissance », rendant ainsi l'ensemble des musulmans coupables et comptables des monstruosités commises par des fanatiques au nom de l'islam.

Depuis lors - sans l'honnêteté, le recul et la sérénité qui auraient dû s'imposer à tous absolument dans le traitement de cette question devenue de plus en plus politiquement explosive tant au niveau national qu international - un déchaînement de contre vérités, ressortissant le plus souvent à une méconnaissance coupable de la complexité du dossier, à la mauvaise foi, quand il ne s'agit pas tout simplement d'une calomnie de bas étage, s'abat contre le MRAP et son Président, Mouloud AOUNIT.

Ainsi le numéro de Marianne, daté du 17 février 2006, n'hésite pas à me comparer à Jean-Marie Le Pen (merci du peu !), tandis que son rédacteur en chef, Jean-François Kahn m'assimile à un idiot.

D'autre part, un journaliste de Libération s, s'exprimant sur France Culture, me présente comme le secrétaire « d'origine musulmane » du MRAP.

C'est à ces personnalités - dont on aurait attendu plus de recul, de sagesse, de pertinence, de discernement et de retenue - que revient l'initiative d'avoir travesti la position clairement exprimée du MRAP contre l'amalgame raciste, très précisément véhiculé par cette caricature à la bombe. Un tel amalgame, devenu de plus en plus courant après les tragiques attentats du 11 septembre 2001 et par la non moins tragique situation du Moyen Orient, entre dans le champ de ce que les Nations Unies qualifient de « formes contemporaines de racisme ».

Dans le cas d'espèce, il s'agit bien d'une forme particulièrement agressive de racisme anti-musulman, qualifié d' islamophobie tant par les Nations Unies (Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme) que par l'Observatoire des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC) de l'Union européenne, sans oublier les associations antiracistes européennes. Ainsi, la coordination nationale danoise du Réseau européen contre le racisme - ENAR - n'hésitait pas, dès avant le 11 septembre, à évoquer les progrès inquiétants de l'islamophobie dans ce pays. Ce phénomène était clairement identifié dans des rapports 2002[1] puis 2003[2] de l' EUMC sur trois tables rondes relatives à la « Lutte contre l'antisémitisme et l'islamophobie », organisées par l'ancienne Commissaire de l'Union européenne, Anna Diamantopoulos qui appelait à une "culture de cicatrisation". Au coeur de la tourmente actuelle, c'est précisément à cette « culture de cicatrisation » que reste inébranlablement attaché le MRAP

Son Congrès 2004 s'est prononcé pour la poursuite du combat contre l'islamophobie dans le cadre de la définition légale de la provocation et de l'injure raciste « commise envers une personne, un groupe de personnes à raison de leur origine, de leur appartenance ou de leur non appartenance à une ethnie, une nation ou une religion déterminée ». Son assemblée générale 2005 l'a réaffirmé.

Le MRAP, mouvement laïque qui s'inscrit dans le cadre du droit français, est attaché à la liberté d'expression en tant que faisant partie des droits et libertés fondamentales propres à l'Etat de droit démocratique. A ce titre, l'exercice de chacun de ces droits et libertés se trouve délimité par la loi et soumis aux seules limites de la justice et du droit. Or, la France dispose d'une législation qui consacre le fait que le racisme et son incitation par quelque moyen que ce soit, constituent non pas une « opinion » mais bien un « délit ».


Tout le reste relève du droit à la liberté de pensée et d'expression (y compris la libre critique des religions) et le MRAP ne saurait s'y immiscer.

 

Mais tout cela n'est pas nouveau ! Le MRAP a déjà poursuivi des caricatures de caractère raciste visant les immigrés et les sans papiers, telles que publiées dans le périodique Présent.

De même, dans un registre similaire, le MRAP avait-il décidé de poursuivre M. Chagnon, professeur d'histoire, qui dans un cours sur le monde musulman, avait affirmé devant des élèves de 5e que
« Mahomet avait fait exécuter 600 à 900 juifs par jour » et qu'il allait « se transformer en voleur et en assassin et imposer sa religion par la terreur »

Suite à un procès intenté par le MRAP à cet enseignant, la justice a reconnu qu'il était du rôle du MRAP d'être vigilant : « Il ne saurait être reproché à cet égard au MRAP ni d'avoir agi comme association militante, qualité qu'elle revendique, ni de l'avoir fait à la légère en invoquant la provocation à la haine que lui paraissaient constituer les propos tenus en cours par Chagnon . Cette association militant contre les discriminations et en faveur du rapprochement entre les peuples a pu estimer que de tels propos étaient passibles de poursuites pénales ou méritaient pour le moins que la question de la justice fût soumise à un tribunal ».

Pour mémoire, c'est la même logique qui a conduit le MRAP à condamner le sketch caricatural de l'humoriste Dieudonné, son action juridique pour exiger l'interdiction de la chaîne libanaise Al Manar qui diffusait des caricatures antisémites, action qui s'est soldée par l'interdiction de la chaîne par le C.S.A.

Quant aux caricatures publiées par Charlie Hebdo, le prochain Bureau exécutif du MRAP étudiera les suites éventuelles à y donner, compte tenu - comme en toutes circonstances - du contexte, de la nature et de la portée spécifiques de leur publication.


Le MRAP entend poursuivre, envers et contre toutes tempêtes, son combat pour une solidarité sans faille envers toutes les victimes de toutes les formes anciennes et nouvelles de racisme ainsi que pour le respect de la dignité de chaque personne humaine.

Mouloud AOUNIT
Président du MRAP


Paris, le 13 février 2006

Photo : Mouloud Aounit et Saïd Bouamama. Marseille 2010

 

Lire aussi cette analyse sur le blog de John Mullen :

 

Que fait la gauche ?
Des journalistes à la recherche d’un bon « coup » publient des dessins qui identifient Mahomet à un terroriste, et la gauche en France est marquée avant tout par ... son silence, à part quelques dénonciations symboliques. Lors d’une manifestation à Paris appelée par des organisations musulmanes, la gauche est entièrement absente. Pire, SOS-Racisme a tenté d’organiser des meetings pour... défendre ceux qui publient ces dessins. C’est un  journal habituellement de gauche, Charlie Hebdo, qui suit l’exemple de France Soir en sortant les caricatures mi-février.

Pour les antiracistes, c’est une catastrophe !
Quasiment seul, le MRAP a tenté de sauver l’honneur de la gauche, en annonçant son intention de poursuivre en justice France Soir pour « incitation à la haine raciale ». Mais une procédure judiciaire ne peut pas remplacer une réaction massive pour dire à tous les musulmans : « les antiracistes rejettent ces provocations islamophobes ».

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