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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Congrès du MRAP : réflexions du comité local MRAP Paris 5-13

2 Avril 2012 , Rédigé par Webmestre Publié dans #MRAP, #MRAP expressions plurielles

 

Sur projet d’orientation par le CL 5/13


Le projet d’orientation présenté par les candidats au bureau exécutif ne répond pas aux exigences de l’heure et semble se situer hors du temps politique présent.


Nous vivons depuis plusieurs années, en France, en Europe et dans le monde, une crise du capitalisme extrêmement profonde qui bouleverse les cadres habituels de la lutte contre le racisme ; de plus, nous sommes en France dans une période électorale cruciale (présidentielle et législatives) dont le projet ne dit pas un mot.


Le racisme, tel qu’il s’exprime aujourd’hui au plus haut niveau de l’État et d’un certain nombre de partis politiques a des conséquences très graves chez nos concitoyens, sensibles à l’apparent bon sens de discours tels que : « il y a trop d’étrangers en France », « on régularisera au cas par cas », sans même parler de viande hallal ou casher.


Ces discours sont les échos de ceux qui s’exprimaient en France dans les années 30 à l’occasion d’une autre crise économique dévastatrice pour la démocratie. Et, contrairement à ce qu’affirme le projet d’orientation cette crise économique n’induit malheureusement pas des facteurs d’unité, bien au contraire, elle a pour conséquence d’en diviser les victimes en instillant du ressentiment, des jalousies, chômeurs contre travailleurs, Français contre étrangers, etc. et c’est bien là le défi d’un mouvement comme le nôtre et toute la difficulté à laquelle se heurtent les partis et organisations qui refusent un tel clivage. S’il est vrai que toutes les victimes du capitalisme ont objectivement un intérêt commun et un ennemi commun, il n’est pas vrai, loin de là, que toutes en aient la claire conscience. Ces adversaires communs ne sont pas seulement les politiques sociales et inégalitaires, mais un socle idéologique très puissant venu d’une tradition française séculaire de xénophobie et de racisme : les attaques contre Eva Joly en sont l’exemple.


Pour y répondre le projet d’orientation se contente trop souvent d’exprimer de bons sentiments, un humanisme mou, dénonçant « l’intolérance », les « citoyens  suspectés d’un manque de loyauté envers la France », les « bavures » policières », « le rejet de l’autre », les « territoires abandonnés par la République » où, d’après nos dirigeants règnent par la terreur les bandes des banlieues ? Que signifient ces termes ? Doit-on tolérer tout et n’importe quoi ? Que signifie loyauté envers la France ? Quelle France ? Celle du CAC 40, de Sarkozy et de l’UMP ? Et ces « bavures », terme répugnant et édulcorant des méthodes meurtrières enseignées et encouragées par les écoles de police ?


Le projet d’orientation subit inconsciemment la pression du langage dominant qui contraint à se situer dans un cadre idéologique déterminé par nos ennemis ; de plus, pour faire bonne mesure et équilibrer la dénonciation de l’islamophobie par celle de l’antisémitisme, on accuse ceux « d’en haut » de libérer et de multiplier la parole antisémite : où avons-nous entendu de tels propos chez nos dirigeants, c’est tout simplement faux et nous avons assez à faire avec l’islamophobie pour ne pas nous inventer des ennemis imaginaires.


La confusion idéologique du projet d’orientation le conduit à rechercher la bonne mesure, l’équilibre et l’amène également à dénoncer le racisme anti blanc, expression littéralement reprise de l’extrême droite à qui nous devons le laisser. Que nous ne soyons pas d’accord avec les analyses du PIR est une chose, que nous ayons le projet pour les trois ans à venir de lutter contre le racisme « anti blanc » est indigne d’un mouvement comme le nôtre.


Le projet d’orientation, pas plus que le rapport d’activité n’évoquent ni n’analysent la perte catastrophique de nos adhérents et a fortiori de nos militants dont l’âge moyen est quasiment canonique. Qui va donc pouvoir mettre en œuvre tous ces projets, et en particulier cette « action forte en direction de la jeunesse », alors que les CL sont de plus en plus absents des quartiers et que 15 CL n’ont pas fait remonter leurs adhésions ou sont en sommeil ? Alors que l’on sait que le vote FN est particulièrement important chez les jeunes non diplômés. C’est un crève-cœur que de voir que le MRAP est de moins en moins sollicité en tant que tel pour de grandes événements antiracistes : dernier en date le meeting antiraciste organisé par la CGT et SOS Racisme, auquel le MRAP participera par une table ronde. Le travail des CL actifs est admirable mais nous sommes trop peu nombreux.


Les commissions qui devraient être le noyau intellectuel de notre lutte antiraciste sont à peu près inexistantes –excepté TGV – ne produisent pas d’outils de réflexion, d’analyses, de recherches, de discussions. Ces commissions doivent compter avec toutes les bonnes volontés, même si les points de vue sont différents


Les campagnes proposées sont peu claires et ne permettent pas une lutte efficace contre le racisme, en particulier contre l’islamophobie et le racisme anti Rom, les plus durs noyaux du racisme aujourd’hui. La question n’est pas tant de dénoncer les « idéologies communautaristes » (encore un concept venu de la droite et de l’extrême droite), ni même « le communautarisme identitaire des puissants » (qu’est-ce à dire ?) que de poser des fondements clairs qui permettent à chacun et à tous de vivre et de se développer dans un monde en crise.


Et pour cela, le slogan repris de l’Abbé Pierre, « un raciste est quelqu’un qui se trompe de colère » n’est pas adéquat. Pour commencer ni Guéant ni tous les autres ne sont en colère, et des dirigeants du FN peuvent même exprimer de la compassion pour les sans papiers, leurs salaires de misère et les noyades en Méditerranée.


Ce slogan est moralisateur, et non pas politique, psychologisant et simplificateur. Le projet d’orientation proposant cette campagne part d’un présupposé erroné : le climat économique et social actuel n’est pas favorable à l’unité des luttes, et c’est bien là notre plus grand défi auquel nous ne pourrons répondre que par la rationalité : un seul exemple, le projet ne dit pas un mot des apports positifs de la présence historique et actuelle d’étrangers en France, apports économiques, politiques, culturels, humains qui font le véritable ciment de la France que nous voulons.

 

 

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