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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Dossier Algérie : Alban Liechti, soldat du refus

20 Mars 2012 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Colonisation, #Algérie (1830-1962)

Dossier : Cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie

« GUERRE D’ALGERIE »… « EVENEMENTS D’ALGERIE »… « REVOLUTION ALGERIENNE »

par Alban Liechti, soldat du refus (1)

 

Cette guerre menée par le FLN (Front de Libération Nationale) pour l’indépendance du peuple algérien était, pour celui-ci, dès le 1ernovembre 1954 une guerre de libération après 124 années de colonisation par la France.

Comment les Algériens ont-ils été amenés à déclencher cette guerre ?

En 1954, les 4/5ème de la population algérienne étaient d’origine maghrébine. Leurs représentants réclamaient depuis des années – Abd-el- Khader – les mêmes droits que la population d’origine européenne. Or, ils restaient constamment discriminés, méprisés, rabaissés et traités de sous-hommes. Beaucoup d’entre eux avaient pourtant loyalement et, souvent en première ligne, défendu la France pendant les deux grandes guerres de 1914-1918 et 1939-1945. En 1945 ils espéraient avoir gagné leur droit à une certaine indépendance. Le jour de célébration de la victoire sur les nazis le 8 mai 1945, dans la plupart des grandes villes, ils ont brandi le drapeau algérien. Il y a eu en particulier dans le Constantinois, à Sétif et Guelma, de violentes réactions de colons européens, de la police et de l’armée. Des porteurs de drapeaux ont été tués, d’autres blessés ce qui a entrainé une riposte des Algériens et des violences de part et d’autre, entrainant de nombreuses victimes particulièrement parmi la population algérienne. Si le chiffre de ces victimes algériennes est toujours contesté, ( entre 15 000 et 40 000 morts), il s’y ajoutait de nombreuses arrestations et de nombreux blessés. Ces événements tragiques marquent pour beaucoup d’Algériens l’origine de la guerre d’indépendance, et déjà pour quelques-uns l’entrée dans la clandestinité et la lutte révolutionnaire.

Les « Evénements d’Algérie … Les « opérations de maintien de l’ordre. »

La France avait possédé au début du XXème siècle un immense empire colonial, et tenait à le garder. Elle venait de perdre, à Diên Biên Phu en mai 1954, la guerre d’Indochine ! L’insurrection algérienne décrétée par le FLN le 1erNovembre 1954 lui donne la perspective d’une revanche à cette défaite. Le gouvernement décide alors de garder coûte que coûte l’Algérie quitte à donner plus tard (1956) l’indépendance aux autres colonies d’Afrique du Nord, Maroc et Tunisie. L’Algérie était par la France considérée comme territoire français (3 départements ) qu’il fallait défendre contre des « terroristes ». Le gouvernement a rappelé dès 1955 des soldats qui venaient de terminer leur service militaire. Il en a maintenu d’autres pour une période plus longue, et envoyé massivement en Algérie à partir de 1956, au nom du «  Maintien de l’ordre » les soldats appelés normalement pour faire leur service militaire portant la durée de celui-ci de 12 à 18 mois puis de 18 à 24, à 27,et à 33 mois. Toutes ces mesures ont contribué à porter à 400 000 hommes les militaires présents en Algérie, quand j’y fus moi-même envoyé en juillet 1956, et à les surarmer en multipliant les dites opérations. Ce fut bien l’intensification de la guerre sans vouloir en reconnaitre le nom remplacé par celui  d’ « Evénements d’Algérie » trompant ainsi la plupart des Français de la métropole et permettant au gouvernement de ne pas respecter les Conventions de Genève. Exemple : en temps de guerre on fusille les soldats ennemis mais pendant les dits événements, les autorités françaises ont guillotiné des combattants algériens pour les humilier en les traitant comme les prisonniers de droit commun de l’époque.

Par ailleurs cette situation de «  non guerre » pour la France a permis de donner les pleins pouvoirs de police à l’armée, laquelle a utilisé massivement les méthodes d’« interrogatoires musclés » formule employée pour cacher l’emploi de la torture. Les exécutions sommaires appelées « corvées de bois » procédaient de cette même situation.

Vis-à-vis des populations civiles l’armée a eu également tous les pouvoirs. Elle a procédé à des regroupements et à des déplacements forcés. Elle a créé des « zones interdites » où tout être humain, homme, femme ou enfant qui avait la malchance de s’y trouver était immédiatement tué sans sommation. Elle a procédé dans les villages à des pillages et parfois à des exécutions massives de population. Enfin, elle a bombardé au napalm, ce qui n’a jamais été reconnu officiellement. Ces bombes au napalm étaient appelées par les militaires « armes spéciales ». Leur utilisation était largement cachée aux Français.

La Révolution algérienne….

Les combattants algériens de la guerre de libération de mieux en mieux armés, de plus en plus nombreux ont, de leur côté, renforcé les attaques surprises, les embuscades, les poses de mines sur les routes et les ponts. La nuit, ils étaient maîtres du terrain et le jour, c’était l’armée française qui dominait. Les femmes algériennes ont pris une large part à cette révolution. Les enfants eux-mêmes se sont sentis concernés comme nous enfants pouvions nous sentir concernés par la Résistance. Les communistes algériens avec le PCA se sont inscrits dans cette guerre d’indépendance à laquelle, ils ont payé un lourd tribut, de même que le journal Alger Républicain, son directeur Henri Alleg auteur de «  La Question » et la plupart de ses journalistes. C’était bien la révolution de tout un peuple que les grandes manifestations des dernières années de guerre ont confirmé, même s’il y a pu avoir des conflits internes…

Les appelés du contingent.

liechti.jpegLes jeunes Français appelés du contingent étaient au départ de France dans leur majorité ignorants de la réalité algérienne. Si les rappelés en 1955 avaient manifesté largement comme à Rouen, à Grenoble, à l’Eglise Saint-Severin à Paris, leur opposition au départ en Algérie, ce fut moins évident en 1956 pour les soldats du contingent. Il faut cependant citer la manifestation de la Villedieu en Creuse soutenue par la population dont le Maire et d’autres citoyens furent condamnés à ce titre. De premiers témoignages d’appelés et rappelés furent édités et diffusés en France sous forme de tracts ou brochures. Des appelés opposés à cette guerre « ont choisi l’exil » et ses lourdes conséquences. Au fur et à mesure des mois et années qui passaient les soldats ont compris qu’on ne pourrait jamais gagner cette guerre militairement. Leur vie était constamment en danger et ils devenaient de plus en plus nombreux à réfléchir et à discuter ce qu’on les obligeait de faire et que leur conscience réprouvait. En France les premiers cercueils arrivaient, les familles s’inquiétaient, le budget de la défense s’alourdissait, la répression vis-à-vis des Algériens s’aiguisait et 1958 voyait l’avènement de la 5èmeRépublique avec le retour du Général de Gaulle à sa tête. L’opinion s’est progressivement généralisée et mobilisée pour aller vers une fin rapide de cette guerre. Les soldats envoyés en Algérie devant sa prolongation ont mis pour la plupart une mauvaise volonté évidente à suivre les ordres qui leur étaient imposés. Le 21 avril 1961, ils se sont élevés massivement contre le complot des quatre généraux qui voulaient instaurer un régime fasciste en Algérie. Ils ont pris le pouvoir de décision dans la plupart des casernes et cantonnements allant jusqu’à « l’arrestation » de leurs supérieurs quand ils affirmaient soutenir ce complot.

Après la fin de la guerre et leur retour en France à la vie civile, les militaires appelés à faire la guerre en Algérie n’ont eu aucune reconnaissance, et aucun soutien psychologique après les dures épreuves qu’ils avaient subies et les tortures et crimes dont ils avaient souvent été témoins, et parfois acteurs… Ils ont eu beaucoup de mal à continuer leur vie normalement et sont restés longtemps silencieux sur toute cette douloureuse période de leur jeunesse !

Aujourd’hui …

La reconnaissance par le gouvernement français du terme « GUERRE D’ALGERIE » en 1999 a enfin permis humainement aux soldats français concernés de se sentir vraiment considérés comme victimes de guerre. Si toutes les guerres entrainent des milliers de morts, et des blessés à vie, elles causent aussi de très nombreux traumatismes psychologiques prolongeant dans leur quotidien comme dans celui des Algériens les conséquences d’une guerre qui a profondément éprouvé nos deux peuples.

Le 18 mars 1962 à Evian, les Accords signés entre les délégations gouvernementales algérienne et française ont proclamé un cessez-le-feu pour le 19 mars 1962 à midi mettant fin officiellement aux combats d’une guerre de près de huit ans. Pour la France ces accords ont été ratifiés par référendum le 8 avril 1962 par 17,5 millions de « oui » représentant 90,70 % des suffrages exprimés par les Français.

Malgré ce référendum, cette date du 19 mars n’est toujours pas reconnue comme fin de la guerre par le gouvernement français. Pour le 19 mars 2012 cinquantième anniversaire de ce cessez-le-feu une reconnaissance officielle permettrait d’avancer vers la signature d’un véritable traité de Paix entre les deux gouvernements algérien et français. Un tel traité permettrait réellement de mettre fin à cette situation de guerre qui n’a que trop duré ! Cela permettrait aussi de développer des échanges, culturels, touristiques, économiques, historiques, fructueux pour l’avenir et la jeunesse de nos deux peuples.

Bien qu’ayant refusé de participer à cette guerre par lettre du 2 juillet 1956, au Président de la République chef des armées, je ne me suis jamais senti séparé des soldats du contingent. Si la prison, particulièrement en 1956/1958 m’en a physiquement éloigné, je les ai sentis très fraternels à mon égard à mon premier retour en France pendant les six mois de réincorporation au 11èmeBataillon de Chasseurs Alpins à Barcelonnette et indignés par mon second envoi en Algérie en mars 1959.

le-refus.jpgDurant cette nouvelle période de deux ans de prison qui a suivi en Algérie et en France la confirmation de mon refus de combattre, mes parents, mon épouse ont eu des témoignages de soutien d’autres soldats du contingent et de leur famille. Les officiers eux même ont témoigné du respect de ma position quand ils ont eu à recevoir un membre de ma famille. Si bien qu’en mars 1961 quand pour la 3èmefois et manu militari, dès la sortie de prison, j’ai refait « le voyage » en Algérie, ce sont les soldats eux - mêmes qui ont décidé à mon arrivée, quand ils ont eu connaissance des menaces de l’OAS à mon égard, d’assurer, si besoin, ma protection. Et, à mon retour en France le 20 février 1962, la fin de la guerre était imminente. Mais, ajoutés aux milliers de victimes algériennes 30 000 jeunes soldats français, et de nombreuses victimes civiles y avaient perdu leur vie, comme au métro Charonne. J’ai été démobilisé le 9 mars 1962 six ans après mon incorporation du 1ermars 1956. Aujourd’hui les séquelles restent nombreuses, des mémoires restent à vif, la colonisation sous d’autres formes caractérise notre monde. La 5èmeRépublique française est issue de cette guerre. Les élections présidentielles de ce printemps 2012 peuvent ouvrir la voie à une 6èmeRépublique porteuse d’un avenir de paix et de fraternité. « L’Humain d’abord …».

TRAPPES Le 7-3-2012 Alban Liechti –un soldat du refus- parmi d’autres.


 

Le livre d’Alban Liechti « Le REFUS.  Chronique de 6 années de guerre d’Algérie » vient d’être réédité au « Temps des Cerises 47 avenue Mathurin Moreau 75019 PARIS » prix 21 €.


 

(1) Documentaire LE REFUS de Raymond Mourlon

Le documentaire «  le Refus » retrace le combat anticolonial d’Alban Liechti qui refusa en juin 1956 de prendre les armes contre le peuple algérien. Alban Liechti fut incorporé dans l’armée le 5 mars 1956 comme jeune soldat du contingent. Lorsque son contingent est envoyé en Algérie à l’automne 1956, il écrit au président de la république qu’il refuse de faire la guerre au peuple algérien. Il sera condamné à la prison.

Après 4 années passées dans les prisons d’Algérie et de France, le 17 mars 1961, il est envoyé de force en Algérie dans un commando de Chasse d’un régiment de tirailleurs algériens. Dans le Djebel, de la région de Blida, il patrouille, tout en refusant de mettre les balles dans son arme. Son refus déterminé était celui d’un jeune qui reconnaissait au peuple algérien le droit à l’indépendance. Et ce n’est qu’avec la fin de la Guerre d’Algérie qu’il est libéré, le 8 mars 1962.

Voir également :

http://www.ina.fr/histoire-et-conflits/guerre-d-algerie/video/I00000670/le-bombardement-de-sakiet-sidi-youssef-itw-alban-liechti-objecteur-de-conscience.fr.html

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