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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Dossier Algérie : Les victimes de l'OAS

23 Mars 2012 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Colonisation, #Algérie (1830-1962)

Cinquantième anniversaire des accords d’Evian et de la fin de la guerre d’Algérie

Document

Inauguration au Père-Lachaise d’une stèle aux victimes de l’OAS, le 6 octobre 2011

 

stele.jpegA l’issue de chaque guerre, monuments, plaques ou stèles participent à la perpétuation de la mémoire. Par leur côté officiel, ces inscriptions participent à l’écriture de l’histoire, d’une histoire dans laquelle les arrière-plans idéologiques ou partisans ne sont pas absents.

La guerre d’Algérie n’échappe pas à la règle mais constitue cependant un cas à part. Principalement dans le sud de la France, et sous la pression d’une forte communauté pied-noire et autres nostalgiques de l’Algérie française, plaques et stèles ont été dévoilées non pour rendre hommage à toutes les victimes de la guerre d’Algérie mais pour célébrer l’Algérie française et /ou perpétuer la mémoire des criminels de l’OAS et autres putschistes qui n’ont pas hésité à combattre la République et à tenter de renverser les institutions. En somme, des tentatives de réhabilitation qui n’ont pu se développer sans la bienveillante neutralité des plus hautes autorités de l’Etat.

Il a fallu attendre une décision du Conseil d’Etat en 2011 qui indiquait que la stèle de Marignane ne constituait pas un simple monument commémoratif à la mémoire de personnes défuntes mais manifestait une prise de position politique et procédait à l’apologie de faits criminels, cette décision confirmant l’annulation d’un arrêté pris par le maire de Marignane.

Près de cinquante ans après la fine de la guerre d’Algérie, le 6 octobre 2011, le dévoilement au cimetière du Père-Lachaise de la stèle de la Ville de Paris aux victimes de l’OAS, revêt une valeur d’autant plus forte que c’est la première fois qu’une telle stèle est inaugurée en France.



Allocution prononcée par Jean-François Gavoury,

président de l’ANPROMEVO

(Association nationale pour le protection de la mémoire des victimes de l’OAS),

fils du commissaire central d’Alger, Roger Gavoury,

assassiné à son domicile par l’OAS la nuit du 31 mai au 1erjuin 1961



Merci, Mesdames et Messieurs, d’avoir bien voulu répondre, en nombre, à l’invitation de M. Bertrand Delanoë et de Mme Catherine Vieu-Charier. Merci d’avoir fait, parfois depuis loin et malgré la maladie, le déplacement jusqu’en ce haut-lieu du souvenir, pour y témoigner de votre attachement aux principes et valeurs qu’incarnaient celles et ceux que nous honorons aujourd’hui.

Le drapeau de la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie, à côté de la stèle, exprime, symboliquement, la chaleureuse présence parmi nous de son président national, M. Wladyslas Marek : il nous a quittés le 24 septembre ; hommage soit ici rendu à sa mémoire.

L’Organisation armée secrète est apparue en début d’année 1961 et a semé la terreur jusqu’en 1962 afin d’empêcher que soit trouvée la seule issue possible au conflit, celle de l’indépendance de l’Algérie.

Fonctionnant à la manière d’un syndicat du crime, l’OAS a été un creuset pour l’extrême droite : s’y sont retrouvés monarchistes, pétainistes, catholiques intégristes, nostalgiques de l’Empire colonial français et autres ennemis de la République. La plupart de ses anciens membres ou sympathisants revendiquent aujourd’hui cette filiation et assument la haine tenace qu’ils vouent au général de Gaulle : le général de Gaulle qui, il y a cinquante ans, le 2 octobre 1961, exhortait l’armée française en Algérie à rester dans le devoir et adjurait les Français d’Algérie "d’apporter leur franc concours à la naissance de l’Algérie nouvelle, celle que souhaite la France, c’est-à-dire telle qu’ils y aient leur digne place".

Dès le milieu des années soixante-dix, exploitant les lois d’amnistie sur les infractions en relation avec la guerre d’Algérie, d’anciens détenus de l’OAS se sont employés à célébrer la gloire de ceux d’entre eux qui avaient été condamnés à mort et exécutés à raison du nombre ou de la gravité de leurs forfaits. Afin de les faire passer à la postérité, des monuments ont été érigés à leur gloire dans le Midi de la France : ils y sont décrits comme des martyrs, des héros, des résistants, forme impudente de réhabilitation et de falsification de l’Histoire.

L’accoutumance à la douleur, la peur, mais aussi l’absence de soutien, n’ont que trop longtemps porté les familles de victimes de l’OAS à la résignation, à la subordination au diktat du révisionnisme, mais sûrement pas à l’oubli.

Chaque jour, en effet, nous nous souvenons des morts causés par l’organisation, des morts dont le nombre serait supérieur à 2.700 selon les estimations d’experts appartenant à la Société française d’histoire de la police :

  • des victimes tant de crimes ciblés, individuels ou collectifs, que d’attentats aveugles ;

  • des victimes en Algérie comme en métropole ;

  • des victimes avant comme après le cessez-le-feu ;

  • des victimes au sein de l’armée (du général de corps d’armée ou de l’officier – tel le chef d’escadrons Marcel Bourgogne – à l’appelé du contingent), comme au sein des forces de police (du contrôleur général de la sûreté nationale au gardien de CRS) ;

mais outre ces militaires et policiers, dont c’était la mission et l’honneur de protéger les institutions et d’assurer la sécurité et l’ordre publics :

  • un attaché au consulat britannique à Alger, Alfred Fox,

  • des magistrats, tel Charles Causse, juge d’instruction à Alger,

  • des élus (notamment Camille Blanc, maire d’Évian, et Michel Schembri, maire de Fort-de-l’Eau),

  • des fonctionnaires : de l’administrateur civil ou directeur des PTT aux enseignants, cibles privilégiées, tels les six inspecteurs des centres sociaux éducatifs massacrés dans l’exercice de leurs fonctions et sur leur lieu de travail à Alger (l’écrivain Mouloud Feraoun, l’humaniste Max Marchand ainsi que Marcel Basset, Robert Eymard, Ali Hammoutène et Salah Ould Aoudia),

  • des membres de la société civile (avocats, tel Me Pierre Popie à Alger ; médecins ; chefs d’entreprise et employés, tels David Serfati et Hélène Canavesio à Oran ; …),

  • des responsables ou militants politiques ou syndicaux (tels William Levy, secrétaire général de la SFIO à Alger et Alfred Locussol, militant du Parti communiste algérien, assassiné quant à lui à Alençon).

 

Comment ne pas évoquer également ces innombrables victimes anonymes des meurtres en série commis par l’OAS en Algérie à travers ses journées des femmes de ménage, des facteurs, des cheminots, des préparateurs en pharmacie, des dockers, … ?

Comment oublier les victimes indirectes de tentatives d’assassinat dirigées contre des personnalités politiques, telle Delphine Renard grièvement blessée le 7 février 1962, à quelques centaines de mètres de la Porte de Saint-Cloud, dans un attentat visant le ministre de la culture André Malraux ? Après cinquante années de silence, Delphine Renard dit ne pas supporter que l’histoire renvoie dos à dos les tueurs de l’OAS et leurs victimes. Elle est parmi nous ce matin, discrète mais solidaire : en votre nom, je lui dis toute mon affectueuse sympathie, ainsi qu’à sa mère qui a bien voulu se joindre à nous.

Et comment ne pas penser, alors, aux neuf victimes causées au Métro Charonne, le 8 février 1962, à l’issue d’une manifestation organisée pour la paix en Algérie et contre les crimes de l’OAS ?



Le Maire et le Conseil de Paris tout entier ont permis la réalisation du projet initié par l’ANPROMEVO, résolument soutenu par des mouvements et associations. Merci à leurs représentants d’être ici :

  • Association républicaine des anciens combattants (ARAC)

  • Comité Vérité et Justice pour Charonne

  • Coup de soleil

  • Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie (FNACA)

  • Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes (FNDIRP)

  • France - Algérie

  • France - el Djazaïr

  • Harkis et Droits de l’Homme

  • Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons

  • Ligue des droits de l’Homme

  • Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP)

  • Solidarité France Pays Arabes

Le projet a été élaboré en concertation avec Mme Odette Christienne, puis avec Mme Catherine Vieu-Charier, et en liaison permanente avec le cabinet du Maire de Paris en la personne de M. Philippe Lamy. Présenté au conseil du 20è arrondissement le 27 janvier 2011, puis, le 8 février, en Conseil de Paris, il a dans les deux cas recueilli un assentiment unanime.

La présence de cette stèle dans le voisinage immédiat du monument érigé par la Ville de Paris en mémoire de ses Morts pour la France en AFN et la dédicace dont elle est porteuse sont une incitation à l’apprentissage, par les jeunes générations, de la guerre d’Algérie, à travers la page franco-française du conflit, sans doute la plus douloureuse et la plus sombre.

Nous y voyons également un message républicain à valeur d’exemple que Paris adresse aux communes de France dont l’histoire a été marquée par l’OAS. Son dévoilement, aujourd’hui va résonner non seulement là où l’OAS a directement perpétré ses crimes et attentats, mais là aussi où les victimes de cette organisation sont nées ou ont vécu et exercé leur activité au service de leurs concitoyens.

À nos yeux, son inauguration constitue un acte fondateur de la mémoire plurielle de la guerre d’Algérie.

Oui, le 6 octobre 2011 marquera une étape déterminante vers la reconnaissance par la Nation des souffrances endurées par les victimes de l’OAS.

Rien n’aurait été possible sans l’écoute de la ville capitale dont il convient de saluer, avec respect et gratitude, le Maire et son adjointe en charge de la mémoire ainsi que l’ensemble des élus et des services. Sans doute, aussi, cette stèle ne serait-elle pas née sur ce remarquable emplacement du cimetière du Père Lachaise si un éditeur n’avait pas - le premier et le seul - sorti de l’oubli et de l’ombre les victimes de l’OAS en faisant se rencontrer leurs descendants et, surtout, en leur donnant la parole et la plume : merci, par conséquent, aux Éditions Tirésias et à Michel Reynaud, pour qui le livre est mémoire. Merci enfin à l’artiste, au sculpteur, M. Constantin Spourdos, pour qui la matière est mémoire.

Monsieur le Maire de Paris, c’est un vrai moment de lumière que vous nous donnez à connaître en mettant à l’honneur des hommes et des femmes soumis à la barbarie de ce terrorisme dont l’image hideuse doit nous encourager à repousser toute forme de résurgence.

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