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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Dossier cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie. Présentation par Mouloud Aounit (MRAP)

17 Mars 2012 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Colonisation, #Algérie (1830-1962), #Mouloud Aounit, #MRAP expressions plurielles

 

Dossier cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie

Présentation

Mouloud 2010A l’occasion du cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie, le dossier que Différences-La Revue consacre à cet événement a le mérite de revenir tout à la fois sur ces huit années d’une guerre qui a fait selon les estimations les plus sérieuses (et même si le nombre de victimes fait toujours débat) côté algérien plus de 300 000 morts auxquels on doit ajouter 2,1 millions de musulmans déportés dans des camps de regroupement et près de 30 000 victimes côté français, mais il a également le mérite indispensable de mettre l’accent sur un processus toujours en cours, qui, à partir de la matrice originelle qu’est colonialisme, explique bien des développements aujourd’hui. Et l’actualité à ce niveau fournit bien des exemples.

Par ses multiples entrées, le nombre des intervenants (une quinzaine), universitaires, historiens, sociologues, mais aussi militants engagés dans cette guerre, témoins, cinéastes, par la qualité des interventions, c’est un dossier qui va au-delà de l’image figée, au-delà des faits les plus connus ou les plus rabâchés, ainsi en est-il, dans cette période des années cinquante marquée par les revendications des peuples pour l’indépendance, de l’engagement des ultras-marins dans la lutte aux côtés des Algériens – épisode peu connu que même le cinquantième anniversaire de la mort de Frantz Fanon n’avait pas tiré de l’oubli.

alger1962.jpgLa conquête de l’Algérie témoigne de la brutalité et de la barbarie des troupes françaises. Si le massacre de Sétif, le jour même de la fin de la Seconde Guerre mondiale, le 8 mai 1945, a montré le peu de cas fait aux revendications du peuple algérien qui pourtant avait contribué à la victoire sur le nazisme. La guerre d’Algérie représente un élément déterminant dans le développement du racisme anti-arabe qui peu à peu en France a pris le pas sur l’antisémitisme de la période antérieure. Le MRAP à cette époque a très tôt d’ailleurs pris en compte cette évolution même si quelques-uns ont pu au départ redouter à tort que la lutte contre le racisme anti-arabe ne se fasse au détriment de la lutte contre l’antisémitisme. Membre fondateur du MRAP, en 1949, Marcel Manville avocat, né à la Martinique, allait d’ailleurs assurer la défense de nombre de nationalistes algériens dont il partage le combat.

Avec le début de la guerre d’Algérie, la figure de l’Algérien, peut-être plus que tout autre, a dès lors cristallisé le développement d’un racisme anti-arabe qui aujourd’hui a de plus en plus tendance à se transformer en islamophobie, et ce n’est pas le moindre des intérêts de ce dossier que d’engager ou de poursuivre la réflexion sur les questions auxquelles la société française est toujours confrontée.

Oleron.jpgSans pour autant négliger les répercussions que la guerre d’Algérie a pu avoir à l’époque tant en Algérie qu’en France où l’usage de la torture, la restriction des libertés, la censure, le développement de l’OAS, l’abandon des harkis, et l’arrivée des Pieds-noirs ont marqué durablement et fortement les IVème et Vème Républiques, ce dossier met en perspective nombre de questions d’aujourd’hui. En France, les sempiternels débats sur l’immigration ou les banlieues, sur les jeunes que l’on arrive toujours pas à considérer comme de véritables français. Il nous oblige à porter un regard qui dépasse les représentations communément admises ou une histoire plus ou moins officielle professée de chaque côté : en Algérie où, malgré le rôle international important et positif joué par ce pays dans les deux ou trois décennies suivant l’indépendance, ce sont les problèmes liés à la captation du pouvoir par l’armée, dont le roman de Rachid Mimouni Le Fleuve détourné paru en 1982 brosse un tableau sans concession ; en France, ce sont les lois sur le rôle positif de la colonisation, l’amnésie collective sur les crimes commis durant la conquête et la guerre d’Algérie même si la commémoration du massacre du 17 octobre 1961 peut représenter une contribution positive à l’expression d’une mémoire commune.

france-algerie.jpgUn dossier qui interroge, qui invite à une histoire qui se donne en partage, qui ne recherche pas le consensus souvent hypocrite ou plein d’arrière-pensées qui ne permet pas une histoire apaisée, condition nécessaire à l’établissement de liens de confiance mais qui invite à la reconnaissance par chacun des côtés sombres comme des côtés lumineux des mémoires antagonistes. Les gages donnés aux Pieds-noirs par le candidat-président Sarkozy comme lors de sa dernière visite à Nice pour le cinquantenaire non de la fin de la guerre d’Algérie, mais du « rapatriement » montrent à l’évidence que la nécessaire réconciliation entre la France et l’Algérie se heurte toujours du côté des Etats à une instrumentalisation dans laquelle les intérêts politiques et électoraux ne sont pas absents.

Ce dossier est un hommage à tous ceux qui ont lutté contre le colonialisme, certains n’hésitant pas à rejoindre malgré les risques encourus, le camp de ceux qui étaient désignés comme les ennemis, et qui, par leur exemple, nous incitent à participer activement aux luttes d’aujourd’hui contre une forme de recolonisation du monde et la diffusion d’une idéologie qui cherche toujours à hiérarchiser les peuples, leurs cultures, leurs civilisations pour mieux tenter de les asservir.

C’est ce dossier permettant d’appréhender cette époque sans pour autant prétendre à être exhaustif, ni épuiser le sujet, avec ses articles inédits, ses entretiens, ses documents et ses annexes que je vous encourage à découvrir.

Mouloud Aounit

Président d’honneur du MRAP

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