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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Droit d’asile et République: mythologie et propagande (Olivier Le Cour Grandmaison)

13 Décembre 2014 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Étrangers et immigrés, #Réfugiés et droit d'asile

Lundi 1er décembre 2014. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui a beaucoup à se faire pardonner depuis la mort de Rémi Fraisse, publie dans le journal Libération une tribune pour défendre une « réforme ambitieuse de l’asile » conforme, selon lui, à la tradition et aux valeurs républicaines. Pour illustrer cette proposition générale par des exemples précis et flatter tout à la fois sa faible majorité à l’Assemblée nationale et un électorat socialiste qui, élections après élections, se dérobe toujours plus, le ministre brosse le tableau avantageux d’une France depuis longtemps terre d’accueil ; celle-là même qu’il prétend défendre grâce au projet de loi présenté par le gouvernement. « Patriotes italiens et polonais », « Arméniens, juifs persécutés, résistants antifascistes et républicains espagnols » en témoignent pendant l’entre-deux-guerres. Relativement à ces derniers, c’est ignorer l’histoire et le sort indigne qui leur fut réservé par les autorités de la Troisième République.

Le 12 novembre 1938, en effet, le gouvernement Daladier adopte un décret-loi applicable aux étrangers résidant sur le territoire français. Elaboré par le ministre de l’Intérieur, le très radical-socialiste Albert Sarraut, ce texte invoque classiquement les impératifs de la « sécurité nationale » et ceux de la « protection de l’ordre public » pour justifier le placement « dans des centres spécialisés » des allochtones jugés « indésirables » alors qu’ils n’ont commis aucune infraction. D’origine coloniale, l’internement administratif, appliqué aux « indigènes » des possessions françaises, est ainsi importé dans la législation métropolitaine. Depuis longtemps déjà, des spécialistes de l’immigration mettaient en garde les pouvoirs publics contre la présence de nombreux ressortissants étrangers perçus comme la cause de maux multiples susceptibles de porter atteinte « à la raison, à l’esprit de finesse, à la prudence et au sens de la mesure qui caractérisent le Français. » Qui est l’auteur de ces lignes écrites en 1932 ? Un plumitif marginal qui s’exprimerait dans une obscure publication de l’époque à laquelle nous accorderions une importance démesurée ? Non. Il s’agit de Georges Mauco dans la thèse qu’il a soutenue en la prestigieuse Sorbonne avant d’être nommé secrétaire général du Comité français de la population puis d’exercer les fonctions de sous-secrétaire d’Etat chargé des services de l’immigration et des étrangers au début de l’année 1938. Belle consécration assurément pour celui qui, en quelques années, est devenu un expert connu et reconnu. Commune xénophobie aussi partagée alors par de nombreux contemporains et responsables politiques. En février 1939, les premières victimes de ces dispositions sont les 350 000 républicains espagnols qui, fuyant les troupes du général Franco, ont gagné la France où ils sont internés dans les camps de Saint-Cyprien, d’Argelès et de Gurs, notamment.

 

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