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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Ecrire à France 2 pour défendre la liberté d'expression

10 Octobre 2011 , Rédigé par Repères antiracistes Publié dans #Palestine Solidarité en France

Vous trouverez ci-dessous l'article de Dominique Vidal paru sur Mediapart et les commentaires de Charles Enderlin à ce sujet. Défendons la liberté d'information ! Si Antenne 2 reçoit beaucoup de lettres de défense de l' émission "Un oeil sur la planète" du lundi 3/10, cela fera contre poids à la tentative de censure des sionistes. Voici l'adresse du médiateur: mediateurinfo@france2.fr

Dominique Vidal :

Monsieur le censeur, bonsoir ! Lundi soir, sur France 2, « Un œil sur la planète » entendait répondre à la question « Un Etat palestinien est-il possible ? ». Comme la plupart des émissions consacrées à ce conflit, celle-ci a suscité des réactions contradictoires et souvent passionnées de téléspectateurs disant soit leur satisfaction, soit leur insatisfaction. Rien là que de normal et d’habituel. Ce qui l’est moins, c’est que Richard Prasquier, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), lui consacre mardi matin son éditorial sur le site de ce dernier. Avec le sens aigu de la nuance qui le caractérise, il parle d’« écœurement » devant le « parti-pris violemment anti-israélien » de l’émission, de « procédés caricaturaux », de « pseudo-explications historiques » et d’« informations de seconde main » - ce qui, s’agissant de reportages sur le terrain relève pour le moins du paradoxe… Ces épithètes surprennent d’autant plus que le signataire reconnaît n’avoir « pu voir que la dernière partie de l’émission ». Pour éviter une « réaction immédiate » dont il craint qu’elle ne soit « gravement contre-productive », il annonce donc que le CRIF va se « laisser le temps de visionner » le tout. Mais il ajoute aussitôt : « Nous serons intransigeants sur l'exigence de neutralité particulièrement nécessaire d'une chaîne de service public qui est payée par les contribuables que nous sommes. Notre travail s'inscrit dans une recherche de la vérité aujourd'hui trop souvent remplacée par le primat donné à la “bonne” idéologie, celle qui voit les Israéliens en noir et les Palestiniens en blanc. Nous l'avions déjà exprimé auprès de France 2 lors de l’“affaire Al Dura”. Nous allons continuer. » Cette réaction pose deux questions : - à quel titre une institution communautaire censée défendre les intérêts de la partie de la population française qu’elle représente prétend-elle juger d’une émission de télévision consacrée à un conflit international ? Si « Un œil sur la planète » avait traité des Juifs de France, le CRIF aurait eu toute légitimité pour la commenter. Mais c’est d’Israël et de la Palestine qu’il s’agit : Richard Prasquier se considérerait-il comme un ambassadeur bis d’Israël ? - de quelle compétence le président du CRIF dispose-t-il pour dire la « vérité » sur ce conflit ? A ma connaissance, il est cardiologue, et non historien, géopolitologue ou journaliste spécialisé. Ne serait-il pas plus raisonnable de laisser des tels professionnels, bien sûr de sensibilités diverses, apprécier le sérieux et l’honnêteté d’une émission de télévision ? En l’occurrence, il suffit, selon moi, de regarder cet « Œil sur la planète » pour s’en convaincre – et j’invite chacun à le faire en consultant le site http://oeil-sur-la-planete.france2.fr/?page=emissions&id_rubrique=89 Mais cet éditorial, dans son outrance même, attire à nouveau l’attention sur une dérive grave de Richard Prasquier et, avec lui, de l’institution qu’il préside. Déjà, il avait prétendu, depuis des années, faire sanctionner mon excellent confrère Charles Enderlin, harcelé par des diffamateurs que la justice a d’ailleurs condamnés il y a peu. Puis il s’est vanté d’avoir fait interdire, en janvier dernier, une conférence à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm avec Stéphane Hessel, objet d’attaques aussi répétées qu’indignes sur le site du CRIF. Exigera-t-il, demain, la tête de l’équipe d’« Un œil sur la planète » ? Que Richard Prasquier ait entraîné le CRIF dans une dérive à droite, en termes de positionnement en France comme de soutien inconditionnel à la politique de Benyamin Netanyahou choque déjà la majorité de nos compatriotes juifs qu’il ne représente plus. Mais s’il s’en prenait au droit d’expression et d’opinion, il romprait avec la tradition même du judaïsme français, qui a toujours consisté à s’engager du côté des libertés. C’est pourquoi, paraphrasant la fameuse sortie de feu Maurice Clavel, je suis tenté de lui dire : « Monsieur le censeur, bonsoir ! »

Dominique Vidal * * Historien et journaliste, auteur avec Alain Gresh et Emmanuelle Pauly des 100 Clés du Proche-Orient (Fayard, Paris, 2011

Charles Enderlin :

Je n’ai participé ni à la préparation, ni à la réalisation d’Un œil sur la planète. Ma seule contribution a été l’interview deNabil Shaath, responsable des affaires internationales du Fatah. A l’exception de Martine Laroche Joubert, je ne connais pas les journalistes, auteurs des reportages. Je me sens donc libre de publier mon point de vue. D’abord, je n’ai relevé dans les divers sujets aucune fausse information. La Cisjordanie se développe dans la non-violence comme l’a montré Martine Laroche Joubert avec »Un Etat en marche » . J’ajouterai que l’armée et les services de sécurité israéliens se félicitent de leur coordination avec la nouvelle police palestinienne. A Gaza, le Hamas – le pire ennemi d’Israël – a mis en place un régime totalitaire, et la majeure partie de la population n’en peut plus. Oui, dans ce territoire se développe Al Qaida. C’est un scoop du sujet « Les mille visages de Gaza ». Le problème des colonies montré dans le reportage « Les frontières de la discorde » est exact. Les agriculteurs palestiniens ont le plus grand mal à aller cultiver leurs terres de l’autre côté de la barrière de séparation. Effectivement, dans la vallée du Jourdain les Palestiniens et les bédouins n’ont pas le même accès à l’eau qui va en priorité aux colonies. Pour plus de détails, consultez : http://www.btselem.org/jordan_valley/water. On comprend la raison pour laquelle les organisations pro-israéliennes ne veulent pas qu’une chaine publique montre cette situation scandaleuse. A regretter l’absence dans ce tournage des attaques commises par des colons extrémistes contre des Palestiniens. Incendie de mosquées, destruction de champs d’oliviers, attaques d’unités de l’armée israélienne.. J’ai bien écrit : attaques d’unités de l’armée israélienne. Bien sur, il y a aussi des actions violentes de la part de palestiniens. Lorsque leurs auteurs sont capturés ils passent devant des tribunaux israéliens. De quand date un seul procès de colon ayant incendié une mosquée ? Cherchez … En l’occurrence, les auteurs d’Un œil sur la planète n’ont pas voulu entrer dans une comptabilité macabre. « Un droit au retour », tourné au Liban, apporte plutôt de l’eau au moulin de la droite israélienne. Sa conclusion : au pays des Cèdres, les Palestiniens ne veulent pas d’état, seulement revenir en Israël.. Il n’empêche, Patrick Boitet et Etienne Leenhardt ont reçu des centaines de mails d’insulte et de menace. Richard Prasquier, le président du Crif a demandé un rendez vous à Rémy Pfimlin, le Président de France Télévisions, affirmant que l’équipe qui a réalisé l’émission : « a présenté, d’un conflit complexe, une image caricaturale et unilatérale », « en distordant les causalités, en ridiculisant l’adversaire, sans éviter les insinuations à la limite des théories conspirationnistes antisémites » Maniant, à son habitude, l’insulte, Philippe Karsenty, l’ami de Mr.Prasquier en profite par ailleurs, pour me traiter de « délinquant multi récidiviste » Etc. Etc. Sur ce personnage, voir mon livre « Un enfant est mort. Netzarim 30 septembre 2000 » La réponse à ces réactions violentes se trouve dans le sujet sur « Le lobby pro-israélien » aux Etats-Unis. M.J. Rozenberg, un ancien d’AIPAC raconte comment des organisations comme « Camera » traquent les journalistes déviants. « Le lobby, dit-il, rend la vie difficile aux journalistes qui ne sont pas perçus comme pro-israéliens. Ils auront du mal à trouver un job ou s’ils en ont un à garder un poste. Lorsque je travaillai à AIPAC, il y avait des listes, des dossiers sur chaque reporter. » L’attaque généralisée contre « Un œil sur la planète » entre visiblement dans ce cadre. Il ne faut rien montrer qui soit défavorable à la politique israélienne d’occupation. Cela s’appelle de la censure et c’est une atteinte intolérable au droit d’informer.

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