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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Edouard Glissant : Une conscience pour l’avenir dans notre siècle

6 Décembre 2013 , Rédigé par Revue de web Publié dans #Outre-mers

L'article ci-dessous a été publié tout d'abord (le 4 février 2011) sur un autre site, dont tout le contenu a été détruit par son propriétaire légal. Les auteurs (texte et photo) ont choisi de le republier sur ce blog, devenu Repères antiracistes.

Nous le reproposons à la lecture le 6 décembre 2013.

En effet, le prix Édouard Glissant sera attribué ce jour à l'écrivain ivoirien Koffi Kwahulé.

La cérémonie est prévue à la Maison de l'Amérique latine, à Paris, à partir de 17 h 30.

 


EdGlissant 031bEdouard Glissant : Une conscience pour l’avenir dans notre siècle



« Ce qui manque au politique, c’est le poétique et le poétique, c’est l’intuition, la divination de la réalité du monde »



Poète, écrivain, auteur d’une trentaine d’ouvrages majeurs, beaucoup se souviendront d’Edouard Glissant, prix Renaudot pour la Lézardeen 1958 et qui fut à plusieurs reprises cité parmi les nobélisables.

D’autres se souviendront de la lettre ouverte qu’Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau ont adressée en 2005 au ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, qui devait se rendre en visite en Martinique.

Président honoraire du Parlement international des écrivains depuis 1993, il a enseigné dans des nombreuses universités aux Etats-Unis, l’occasion de diffuser sa pensée d’intellectuel autour des phénomènes de métissage culturel, de créolisation qui vont traverser son œuvre comme ses actions au poste de rédacteur en chef du Courrier de l’Unesco de 1982 à 1988.

Après avoir été élève dans les années 40 au lycée Victor Schoelcher dans lequel Aimé Césaire, jeune professeur de philosophie entamait sa carrière, son séjour à Paris pour entreprendre des études à la Sorbonne a permis à Edouard Glissant de nouer de nombreuses relations et de solides amitiés avec nombre d’acteurs de la vie intellectuelle parisienne. Ce fut également pour Edouard Glissant l’occasion de se lier à de nombreux intellectuels africains regroupés notamment autour de la revue « Présence africaine ».

En 1959, alors que les Antilles subissaient une véritable situation coloniale, Edouard Glissant, - avec entre autres Marcel Manville , avocat, cofondateur du MRAP,- allait créer le Front des Antillais-Guyanais pour l’Autonomie qui devait être dissous pour atteinte à la sécurité de l’Etat et valoir à Edouard Glissant d’être expulsé des Antilles et assigné à résidence en métropole jusqu’en 1965.

Sa rencontre avec Franz Fanon, né également en Martinique, de trois ans son aîné, psychiatre qui avait dénoncé les méfaits de l’assimilation forcée dans les Antilles, allait être également déterminante.

Dans cette période de lutte anti-coloniale, nombre d’Antillais, à l’instar de l’auteur de Peaux noires, masques blancsqui avait rejoint le FLN dès 1956, allaient prendre position pour l’indépendance de l’Algérie. En 1960, Edouard Glissant est signataire de la « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie », plus connue sous le nom de Manifeste des 121. Son engagement auprès des Algériens allait le conduire à participer de façon plus directe à des actions de soutien au FLN. Militant de la décolonisation, Edouard Glissant a néanmoins toujours été inquiet devant le danger que les indépendances ne reproduisent les travers que connaissaient les métropoles.

Penseur, homme de rupture pour qui « le but de l’activité n’est pas la production de richesses, mais la production de bien-être », il sera coauteur du « Manifeste des produits de haute nécessité » au moment du profond mouvement social qui s’est développé début 2009 en Guadeloupe, à la Martinique puis à la Réunion « Petits pays, soudain au cœur nouveau du monde, soudain immenses d’être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en œuvre un épanouissement humain qui s’inscrit dans l’horizontale plénitude du vivant … »

Edouard Glissant, pour qui faire lien est une nécessité, a toujours défendu un rapport au monde mettant en avant une identité–relation opposée à une identité de racines. Il allait être tout naturellement signataire de la pétition contre le débat sur l’identité nationale initié par le président Sarkozy.

Hostile à la mondialisation qui est imposée à la planète à laquelle il opposait la notion de « mondialité », il a été l’initiateur du concept de « pensée archipélique », pensée se déployant dans toutes les directions qu’il opposait à la « pensée continentale » qui se rapproche de ce qu’il définissait comme pensée de système qui s’impose et n’admet pas d’alternatives.

Ardent militant d’une « créolisation qui est un métissage qui donne des résultats absolument imprévus, inattendus, imprévisibles », il a toujours défendu un autre rapport au monde, l’ouverture à l’Autre, à d’autres mondes. Après l’élection de Barack Obama, il allait avec Patrick Chamoiseau adresser au nouveau président des Etats-Unis une lettre intitulée « L’intraitable beauté du monde » dans laquelle ils soulignent le "résultat miraculeux d'un processus, dont les diverses opinions publiques et les consciences du monde ont refusé jusqu'ici de tenir compte : la créolisation des sociétés modernes".

Créateur de l’Institut du Tout-Monde qui « se propose de faire avancer la connaissance des phénomènes et processus de créolisation, et de contribuer à diffuser l’extraordinaire diversité des imaginaires des peuples, que ces imaginaires expriment à travers la multiplicité des langues, la pluralité des expressions artistiques et l’inattendu des modes de vie », Edouard Glissant aura été le visionnaire dont le siècle est à venir.

Photos YM droits réservés

 

 

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