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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Farida Belghoul, itinéraire d'une «marcheuse» perdue (Lucie Delaporte et Rachida El Azzouzi)

31 Janvier 2014 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Extrême-droite, #Soral

Farida Belghoul, à l'origine de la journée de boycott de l'école contre l'apprentissage de la « théorie du genre », a trouvé grâce aux mouvances d'extrême droite une audience inespérée. Cette figure de la Marche pour l'égalité, enseignante pleine de rancœur contre l'école au point de déscolariser ses enfants, n'en finit plus de régler ses comptes avec la gauche.

mediapart 0Enfin on l’écoute. Enfin elle existe. Depuis une semaine, avec le succès lundi 27 janvier de sa « Journée de retrait de l’école » – fondée sur une rumeur délirante autour d’un supposé apprentissage de « la théorie du genre » à l’école, cheval de bataille des catholiques intégristes depuis des années – Farida Belghoul, 55 ans, a trouvé une audience qu’elle n’espérait sans doute plus. Et jusqu'à Vincent Peillon. Pour couper court aux rumeurs, le ministre a envoyé jeudi une lettre aux directeurs d'école leur demandant de convoquer les parents qui ont boycotté l'école lundi, afin de leur expliquer la réalité du programme mis en œuvre et l'obligation de scolarisation.

Toute la presse tente de percer l’énigme de cette figure oubliée de la mal nommée Marche des beurs de 1983, militante des droits des immigrés, passée avec armes et bagages à l’extrême droite. Mais la dame qui a longtemps hurlé sa rage dans le désert ne répond plus aux médias, « tous vendus ».

Sur Internet, Farida Belghoul est en revanche des plus prolixes. Aux côtés de l’essayiste antisémite Alain Soral, compagnon de route de Dieudonné, elle a appris l’impact déflagratoire de ces vidéos vite montées, vite postées et diffusées sous le label « télé libre » – entendre indépendante des médias « dominants et menteurs ». Depuis plusieurs mois, elle y déverse sa bile sur ses sujets fétiches : la faillite de l’éducation nationale, le parti socialiste « allié aux homosexuels » ou les complots des étudiants juifs de France derrière SOS Racisme. L’extrême droite lui a offert une tribune inespérée. Elle y a pris goût. Comme une renaissance pour cette fille d’immigrés algériens, venue de l’extrême gauche, qui n’a jamais digéré la récupération socialiste de Convergence 1984, la deuxième marche pour l’égalité et contre le racisme, un an après celle de 1983.

« Ça, je le dis pour la caméra », lance ce 11 janvier cette professeur d’histoire-géographie en disponibilité, au cours d’une réunion publique à Asnières, à l’initiative du collectif « Touche pas à nos gosses », une de ces coquilles vides comme en a engendrées la Manif pour tous. Dans l’incohérence la plus totale, Farida Belghoul y promeut sa campagne de déscolarisation contre « la théorie du genre » devant une quarantaine de parents, campagne immédiatement postée sur Dailymotion.

Farida Belghoul, qui « crevait toute seule dans sa banlieue ces dernières années », avec la rancœur de ceux que l’on a trop humiliés, a enfin trouvé une famille politique qui lui donne sa juste place, comme le raconte un proche qui ne veut pas être cité.

À écouter ses élucubrations sur le rôle des étudiants juifs de France, responsables selon elle d’avoir importé le rap en banlieue « dans une opération de destruction de la jeunesse » ou sa folklorique promotion d’une « année de la robe » sur Radio Courtoisie, « puisque la théorie du genre veut de manière définitive nous faire porter le pantalon ! », aucun doute n’est permis. Celle qui fut la porte-drapeau de la Marche pour l’égalité en 1983, étudiante communiste, est aujourd’hui totalement en phase avec sa nouvelle famille. Dans la nébuleuse d’extrême droite, qui a toujours prisé les transfuges, on jubile. Il faut voir avec quelle gourmandise Alain Soral, dont le mouvement Égalité et réconciliation a été créé pour jeter des ponts entre l’extrême droite et les Français issus de l’immigration, présente sa prise de guerre, bien conscient de la prouesse d’avoir rallié cette militante de l’égalité des années 80 dans une alliance contre nature.

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