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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Histoire : Avril 1943, dans la nuit de l’Occupation, naît l’UJRE

29 Avril 2013 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Mémoire Seconde guerre mondiale, #UJRE, #CRIF

http://img.over-blog-kiwi.com/300x300/0/55/61/36/201304/ob_e9a1d3df57e0c1c5cd763508a6a2ad6c_vel-d-hiv.jpgLa volonté d’unir et d’élargir les rangs des résistants aboutit, le 21 avril 1943, à la création de l’Union des juifs pour la Résistance et l’entraide. Un large rassemblement qui préfigure la future unité des mouvements engagés dans la lutte contre l’occupant dans le Conseil national de la Résistance.

Le 21 avril 1943, des responsables des zones Sud et Nord de la section juive de la MOI, Main-d’œuvre immigrée, se réunissent clandestinement à Paris. Ils décident de créer l’Union des juifs pour la Résistance et l’entraide (UJRE), ouverte à tous, sans distinction idéologique.

Elle rassemble des organisations clandestines des deux zones : Secours populaire, Solidarité, l’Union des femmes juives, l’Union de la jeunesse juive (UJJ), des groupes de combat juifs et des groupes de la Commission intersyndicale juive. C’est une première pierre sur le chemin de l’unité des résistances juives. L’arrestation et l’exécution des combattants, ceux de l’Affiche rouge notamment, n’entameront pas la détermination des résistants de l’UJRE.

L’histoire de l’UJRE commence au début du XXe siècle, avec celle de ses fondateurs. La France est alors un pays d’immigration. Pour beaucoup de juifs d’Europe centrale, c’est le pays des Lumières, de la liberté et des droits de l’homme. Le mouvement ouvrier y est puissant et internationaliste. Dans les années 1920 est créée une section Main-d’œuvre étrangère de la CGTU, MOE, remplacée par la section MOI du PCF en 1936, dans laquelle les immigrés sont organisés en sections linguistiques, en l’occurrence le yiddish pour les juifs.

Tout en créant un tissu associatif dense et diversifié, les communistes de la section juive lancent, le 1er janvier 1934, la publication d’un quotidien en langue yiddish : Naïè Presse (Presse nouvelle). Quand arrive la guerre d’Espagne, beaucoup de juifs, très actifs dans les luttes en France (antifascisme, grèves, Front populaire), partent combattre aux côtés des républicains espagnols : le 12 décembre 1937 est formée la compagnie Botwin.

À la déclaration de la guerre, des juifs étrangers s’engagent, nombreux, dans l’armée française. Dans la Naïè Presse du 4 septembre 1939, Adam Rayski appelle à résister. L’armistice est signé par Pétain, la France est envahie, les persécutions antijuives commencent, la MOI se reconstitue, les juifs entrent en résistance.

La Naïè Presse clandestine reparaît sous deux noms, Unzer Vort en yiddish, Notre parole en français. Le groupe Solidarité est créé en 1940, dont l’objectif est de sauver les enfants, de venir en aide aux familles et de les préserver des persécutions. La résistance armée juive passe aux actes de sabotage et les attentats commencent en octobre 1941.

Après la promulgation du statut des juifs, les rafles et déportations de juifs commencent en 1941, avec la collaboration active du régime de Vichy : rafle du « billet vert » par convocation dans les commissariats de quartier des hommes juifs étrangers, puis rafle des hommes juifs du 11e arrondissement de Paris. Les nazis mettent concrètement en œuvre « la solution finale ». La police de Pétain et la milice redoublent de zèle dans la répression.

La série des grandes rafles de juifs, enfants et vieillards compris, commence avec celle du Vél’d’Hiv, du 16 juillet 1942, pour se terminer fin juillet 1944. Fin 1942, ces rafles suscitent une très grande émotion dans la population. Monseigneur Saliège, contacté par Charles Lederman, et quelques autres dignitaires catholiques protestent et participent au sauvetage des enfants.

Les communistes juifs créent alors le Mouvement national contre le racisme, MNCR, qui deviendra le Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et pour la paix (Mrap), largement ouvert à tous, juifs ou non, de toutes opinions ou croyances, destiné entre autres à préserver la population juive.

En 1943, la guerre prend une autre tournure, l’espoir change de camp, en particulier pour les juifs : le 2 février, reddition des Allemands aux Soviétiques à Stalingrad, la Wehrmacht n’est plus invincible ; le 19 avril, insurrection du ghetto de Varsovie, l’héroïsme exemplaire de ses combattants est relaté dans toute la presse juive communiste, soulignant que le combat est possible, même dans les conditions les plus désespérées. Les activités d’information, de ­solidarité, de sauvetage et de combat de l’UJRE s’intensifient. Début 1944, l’UJRE, qui agit pour l’union de toutes les organisations de résistance juives, est cofondatrice du Conseil représentatif des institutions juives (Crif).

Dès la fin de la guerre, l’UJRE ouvre les ­premiers « foyers » pour enfants de déportés puis crée des structures d’aide aux rescapés des camps, aux familles et aux victimes des persécutions antijuives. Elle crée la Commission centrale de l’enfance (CCE), qui va gérer les « foyers » et organiser colonies de vacances et patronages. Elle reprend les activités de la section juive de la MOI, interrompues par la guerre : culturelles (théâtre, chorale...), sportives (Yask), associatives de solidarité et d’entraide. La vie reprend avec ses peines, ses joies et ses luttes.

L’UJRE aujourd’hui Aujourd’hui, l’UJRE porte la mémoire du génocide et de la résistance des juifs ; elle a créé la Mémoire des résistants juifs de la MOI (MRJ-MOI), pour faire connaître le rôle de la section juive de la MOI dans la lutte contre l’occupant et ses complices. Elle édite la Presse nouvelle magazine, PNM, mensuel d’information qui aborde de manière critique les problèmes politiques, sociaux et culturels, nationaux et internationaux.

Depuis la guerre, ses activités se déroulent au 14, rue de Paradis, Paris 10e, au centre historique de l’UJRE, qui abrita notamment l’imprimerie de la Naïè Presse et un dispensaire.

Au nom des valeurs qui l’animent, elle agit pour le progrès humain, elle combat toutes formes de racisme, d’antisémitisme et de xénophobie, ouvertes ou sournoises, s’oppose au repli identitaire, et milite pour que s’instaure au Moyen-Orient une paix durable, garantissant l’existence de l’État d’Israël et de l’État de Palestine.

Jacques Lewkowicz, président de l’UJRE, et Raymonde Grynberg, secrétaire générale.

 

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