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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

L’école aux prises avec l’extrême droite (Jean-Michel Barreau)

6 Janvier 2015 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Extrême-droite

laHorde1

 

En ce jour de rentrée des vacances de Noël, nous vous proposons de lire l’interview de Jean-Michel Barreau, professeur à l’université de Lorraine, auteur entre autres de L’extrême droitel’école et la République aux éditions Syllepses, et qui prépare un nouvel ouvrage sur le Front National dans ses rapports avec l’école de la République. Cette interview, dont voici un extrait, a été initialement publiée sur le blog profencampagne (vous pouvez la retrouver en intégralité ici) :

Comment analysez-vous le programme du FN pour l’école ? Le retour vers un âge d’or mythique semble être l’essence de ce programme. Quels en sont les ressorts idéologiques ?

Le FN est un imprécateur implacable de l’école de la République. Il l’a toujours été, avec une extrême virulence : Jean-Marie le Pen dans les années 70,  Marine le Pen aujourd’hui. Aucun anathème n’a été épargné sur plus d’une trentaine d’années : décadence générale totale, pensée gauchiste dominante, illettrisme abyssal des écoliers, laxisme écœurant des professeurs, baisse tragique du niveau scolaire, sauvagerie insupportable des élèves, méthodes pédagogiques aberrantes, climat de pornographie et de pédophilie latent ou patent etc. Le tout, avec de sévères accusations sur le « voyou maghrébin » et les « immigrés qui font baisser le niveau scolaire ». Jean-Claude Martinez ou Bruno Mégret se chargeaient de ces anathèmes dans La lettre de Jean-Marie Le Pen et dans Français d’abord ! Valérie Laupiès ou Bertrand Dutheil de La Rochère ont pris aujourd’hui le relais sur le site internet officiel de Marine Le Pen. C’est une France scolaire de type « Orange mécanique » dont ont inlassablement parlé les idéologues du FN. Avec un ton guerrier qui en a toujours dit long sur leur volonté d’en découdre avec une école qu’ils ont constamment détestée.
Le programme de ce parti politique va très logiquement dans le sens de ce combat. Sélection à l’école, abolition du collège unique, suppression de la carte scolaire, révision des programmes dans un sens plus « national », mise en place d’une pédagogie « traditionnelle » et autoritaire, « protection » des établissements scolaires de l’immigration seront au rendez-vous de ce projet. C’est-à-dire un démantèlement radical de l’école de la Cinquième république
Afin de mieux légitimer ses prises de position, le FN fait vibrer intensément la corde du « c’était mieux avant ! ». Pour cela, il fait référence à une école de type Troisième République où maître sévères, élèves disciplinés et justice scolaire auraient été la règle fondamentale. C’est une version de l’histoire républicaine totalement erronée car si Jules Ferry incarnait bien la République, son école n’incarnait absolument pas l’égalité républicaine. L’école primaire gratuite était « l’école du peuple » et l’école secondaire payante était celle des « notables ». L’enseignement secondaire féminin de Camille Sée n’était pas allé jusqu’à créer un baccalauréat pour les filles. Cela n’est pas du tout faire injure à cette école de la 3ème République que de constater ses inégalités car elle les a corrigées par la gratuité du secondaire dans les années 30 et la création du baccalauréat féminin en 1924, par exemple. La Cinquième République a continué de démocratiser cette école républicaine. Tout cela sous les huées de l’extrême-droite de l’époque qui criaient au « communisme » et à « l’égalitarisme ».

Dans les années 1990, le FN avait tenté, sans succès, l’infiltration des corps intermédiaires en créant des syndicats. Comment analysez-vous l’émergence des collectifs tels que Marianne, Audace, Racine, avec en leur sein, pour certains, des cadres de l’Éducation nationale ?

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