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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

La France doit rester une terre d'asile (Collectif de militants du MRAP)

27 Novembre 2011 , Rédigé par Collectif de militants du MRAP Publié dans #Étrangers et immigrés, #Réfugiés et droit d'asile, #MRAP expressions plurielles

censuré
Les militants du MRAP ont eu le droit de lire ce texte, mais pas celui de savoir qui l'avait écrit, ni où il avait été publié. Et pour cela, il a fallu une délibération du CA, qui n'a bien entendu pas eu le temps de se prononcer sur le fond : la politique xénophobe du gouvernement.

 

Déclaration de Claude Guéant : Que reste-t-il du droit d’asile ?

 

Répondant aux sollicitations des députés de la Droite Populaire -composante de l’UMP-, les dernières déclarations sur le droit d’asile du ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, font suite aux attaques contre l’immigration de travail ou l’emploi des diplômés étrangers et s’insèrent à l’évidence, à l’approche de l’élection présidentielle, dans une stratégie d’ensemble approuvée si ce n’est définie par Nicolas Sarkozy et son gouvernement.

 

§ En tirant prétexte de l’argument de la fraude, Claude Guéant institue un nouveau durcissement d’une politique inaugurée dès 1993, avec un changement constitutionnel visant déjà à restreindre le droit d’asile, et amplifié depuis 2003 avec l’objectif de ratisser les voix des électeurs potentiels du Front National en le concurrençant en matière de xénophobie et de racisme.

« Notre système est en danger parce que le dispositif est détourné par des abus, des demandes formulées à des fins d’immigration économique », déclare Claude Guéant.

Ces déclarations jettent le discrédit sur l’ensemble des demandeurs d’asile qui sont tous dès lors désignés comme de potentiels fraudeurs. Pour le bureau parisien du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés « La hausse de la demande d’asile, même si une part est infondée, ne justifie pas un renforcement des pratiques dissuasives ».

Dans le cas présent donc, prétexter d’abus cache mal l’instrumentalisation d’une question aussi grave et lourde de conséquences pour des milliers de personnes qui ont dû quitter leur pays pour échapper à des persécutions d’ordre politique, ethnique ou religieux et qui craignent pour leur sécurité.

 

§ En élargissant à l’Arménie, à la Moldavie, au Monténégro ou au Bangladesh, la liste des pays sûrs, c’est-à-dire respectant l’état de droit ainsi que les libertés fondamentales et les droits de l’homme, le ministre de l’Intérieur montre avant tout sa volonté délibérée de restreindre le nombre de pays dont les citoyens peuvent bénéficier d’une admission au séjour au titre de l’asile.

Si l’on considère d’une part qu’en juillet 2010, l’Arménie avait été retirée par le Conseil d’Etat de la liste des pays sûrs parce que la situation des droits de l’homme n’avait pas évolué aussi positivement que le prétendaient les autorités de ce pays et que le Kosovo, déclaré début 2011 « pays sûr », était le pays qui fournissait les plus forts contingents de demandeurs d’asile, l’inscription sur la liste des pays sûrs répond, en dernier ressort, davantage à des impératifs de maîtrise des flux, dans le sens d’un tarissement, qu’à une véritable amélioration de la démocratie dans les pays d’origine des demandeurs d’asile.

En somme, derrière cette hypocrisie, l’asile n’est plus qu’un élément de la politique migratoire que l’on fait agir comme variable d’ajustement.

 

§ En prenant argument des coûts induits par la politique d’asile et sous couvert de gestion attentive et rigoureuse des fonds publics, en affirmant que «la modération des dépenses publiques s’impose également à notre politique d’asile », Claude Guéant oublie que si l’on veut réduire les coûts d’hébergement des demandeurs d’asile, il serait plus judicieux d’accélérer le traitement des dossiers en augmentant le nombre de fonctionnaires qui s’en occupent. Permettre aux demandeurs d’asile d’occuper un emploi serait également une façon de réduire les dépenses occasionnées.

A l’inverse, la crise aidant, Claude Guéant ne fait que dresser l’opinion publique contre les demandeurs d’asile (qui, rappelons-le, n’ont pas droit à l’emploi) sans se soucier que la réduction du budget aura pour effet de les précariser davantage et de les maintenir dans des conditions de vie inacceptables. … Sa façon à lui de répondre à la saturation des centres d’hébergement (38% des demandeurs d’asile seulement y ont accès) …

C’est une méthode indigne pour décourager les demandeurs d’asile de venir en France. Et ici même, en sacrifiant les populations les plus précaires et les plus facilement stigmatisables, une façon de préparer l’opinion publique à des sacrifices pour éviter de toucher aux véritables privilèges et autres niches fiscales.

 

§ Enfin, alors que les obstacles à franchir sont nombreux pour déposer une demande d’asile, en réduisant à 90 jours le délai pour le dépôt de la demande, Claude Guéant, en dehors de toute considération humanitaire impose des contraintes administratives toujours plus strictes qui ne visent qu’à limiter davantage le nombre de demandeurs et à écarter des garanties auxquelles ils ont droit un nombre toujours plus grand d’entre eux…. Une façon également d’empêcher les migrants placés en rétention de déposer une demande d’asile

 

Alors que les événements internationaux, comme tout récemment l’intervention de l’OTAN en Libye, sont la source même des fluctuations du nombre des demandeurs d’asile -et les pays du Sud, faut-il le rappeler, en accueillent le plus grand nombre-, projeter, aujourd’hui, en France, cette question sur le devant de la scène en parlant de fraude et de dépenses publiques –argument utilisé par ailleurs pour stigmatiser les allocataires sociaux-, est inacceptable et dangereux.

Inhumaine et honteuse, liée à des impératifs de basse politique, cette nouvelle atteinte au droit d’asile doit être condamnée et mise en échec. C’est du devoir de tous, simples citoyens, associations mais également partis politiques d’exiger de la France le respect scrupuleux des conventions internationales sur le droit d’asile. La France doit rester une terre d’asile.

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