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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

2005 : La loi sur le voile, un an après : un bilan désastreux

1 Janvier 2010 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Islamophobie, #MRAP expressions plurielles, #Repères

  • 48 exclusions, 60 démissions, des dizaines de disparitions

À toutes celles et ceux qui, comme le MRAP, la Ligue des droits de l'homme, la Ligue de l'enseignement, la FCPE, Une école pour tous, l'ATMF, la FTCR, le MIB, ou encore les Motivé-e-s…..ont dénoncé la logique prohibitionniste et les inévitables exclusions qu'elle impliquait, les partisans de la loi interdisant le voile à l'école opposent, un an après le vote de cette loi, un bilan très positif.

Il n'y aurait eu qu'une très faible minorité de "cas difficiles" : la plupart des élèves ont retiré leur foulard dès les premiers jours de la rentrée de septembre 2004. Cette manière de présenter les choses a pour elle les apparences de l'objectivité et des "chiffres qui parlent d'eux-même" : sur environs un millier d'élèves "voilées" scolarisées à l'école publique (le ministère de l'Intérieur en dénombrait 1250 en 2003), "seules" 45 (ainsi que 3 garçons sikhs) ont finalement été exclues à l'issue d'un conseil de discipline, et "une soixantaine" a "choisi" (suivant les termes euphémiques en vigueur au ministère de l'éducation nationale) de démissionner. Bref : un taux de déscolarisation de "seulement 10%". Mais comment peut-on en rester ainsi aux statistiques ? Comment peut-on minimiser ainsi la gravité de ces "10%" d'exclues ? Comment peut-on oublier que derrière ces chiffres ou derrière ce que le ministère appelle pudiquement des "cas difficiles", il y a des êtres humains, des enfants ou des adolescentes, qui ont vécu plusieurs semaines de mise à l'écart et de pression psychologique, qui ont dû affronter l'humiliation d'un conseil de discipline, et qui se retrouvent désormais livrées à elles-mêmes, abandonnées avec des cours par correspondance ou, pour les plus chanceuses d'entre elles, le recours à des cours payants ?

Non, résolument, nous ne pouvons pas laisser dire que 100 déscolarisations forcées, c'est peu. Une seule exclusion serait déjà trop ; nous en sommes aujourd'hui à plus de 100 en une seule année scolaire ! Et encore faut-il ne pas oublier toutes les exclusions invisibles, celles qui ne rentrent pas dans les statistiques du ministère : toutes ces élèves qui, parce qu'elles n'étaient pas prêtes à enlever leur foulard, et parce qu'elles voulaient s'épargner les semaines de pression psychologique et l'épreuve d'un conseil de discipline joué d'avance, ne se sont tout simplement pas présentées à la rentrée de septembre 2004. Ces jeunes filles sont sans doute nombreuses, nous en avons rencontré plusieurs, mais leur nombre exact est par définition inconnu. À titre indicatif, sur la Seine Saint-Denis, l'association GFaim2Savoir, qui apporte un soutien scolaire aux élèves voilées refusées à l'école publique, a été sollicitée par 15 jeunes filles, dont 10 ne s'étaient pas présentées à la rentrée de septembre. On peut donc estimer qu'à l'échelle nationale, il y a plusieurs dizaines, sans doute même plusieurs centaines, d'exclues invisibles.

Il ne faut enfin pas négliger ce qu'ont enduré toutes celles qui ont préféré enlever leur foulard pour rester à l'école : si l'on peut se réjouir que ces dernières soient restées scolarisées, il faut aussi se demander ce qui se passe dans leur tête désormais découverte, ce qu'elles ressentent, et comment elles comprennent les mots " laïcité ", " liberté ", " égalité " et "fraternité ", ces " valeurs de la république " dont s'est prévalu le législateur mais qui pour elles n'ont été synonyme que de mépris, de menaces et d'humiliations. Toutes celles que nous avons rencontré nous ont fait part de leur mal-être, de l'humiliation que constitue leur dévoilement forcé, et plusieurs d'entre elles témoignent de l'acharnement dont elles font l'objet malgré ce dévoilement : remarques désobligeantes de la part d'enseignants, moqueries, exigences exorbitantes sur la longueur ou la couleur de leurs vêtements.

Il faudrait enfin évoquer les discriminations à l'égard des mères d'élèves qui portent le foulard, et plus largement à l'égard des femmes voilées à l'université, dans le monde du travail et même à la préfecture, auxquelles un an de stigmatisation du voile ont apporté un semblant de légitimité. Un an après, il faut se rendre à l'évidence : le bilan de la "loi sur le voile" est accablant. Il convient donc plus que jamais de réaffirmer la position que porte le MRAP depuis près de deux décennies, et qui vient d'être réaffirmée par un vote nettement majoritaire au Congrès de décembre 2004 : la laïcité ne saurait en aucun cas rimer avec l'exclusion.

Les associations et institutions laïques, antiracistes et de défense des droits de l'homme du monde entier (notamment par Human Rights Watch, la Fédération Internationale des Droits de l'homme, et les Commissions des droits de l'homme et des droits de l'enfant de l'ONU, ainsi que par l'avocate iranienne Chirine Ebadi, prix Nobel de la paix), tirent de ce bilan les conclusions suivantes : l’abrogation s’impose et la réintégration au plus vite dans l'école publique, des élèves exclues.

Pierre Tévanian, enseignant, Président du MRAP Paris 20ème

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