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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Le privilège blanc (Rokhaya Diallo)

26 Mars 2013 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #"Racisme anti-blanc"

Colloque du 9 février 2013

Sous les masques du « racisme anti-Blancs »

masque-neutre-2.jpg

Réflexions sur les enjeux du racisme et de l’antiracisme aujourd’hui


Ce texte traite l'invisibilité des minoritaires dans le contexte des pays dits occidentaux.

 Le privilège blanc

 

Rokhaya Diallo, Chroniqueuse Radio, Télé


Le fait d’être blanc est peu questionné, on évoque plus volontiers une « question noire », les « minorités visibles » que la « majorité invisible » ou la « question blanche » Pourtant, les uns comme les autres sont partie prenante des phénomènes liés au racisme. La « blanchité » reste un impensé français. De cette position « invisible » résulte le fait que les Blancs ignorent leur blancheur.

Une identité posée comme neutre

Rokhaya-Diallo.jpgEn général, les Blancs sont posés comme la normalité détentrice de tous les attributs généraux face aux particularités des minorités. Considérés comme la base à partir de laquelle se définit l’altérité, ils sont la norme implicite. Pour évoquer une personne blanche, nul besoin d’indiquer sa couleur de peau. Dire : « J’ai croisé un homme dans le métro », c’est présupposer que ledit homme est blanc. En revanche, pour les minorités on précise : « Un Asiatique, un Arabe a fait ça ».

Notre monde se pense blanc. Nombre d’expressions de notre vocabulaire sont construites à partir de la neutralité supposée de la « blanchité ». Lorsque l’on parle de « couleur chair », à quelle « chair » fait-on référence ? Le maquillage et les vêtements « nude » vantés par les magazines féminins sont en réalité beige clair. De même, les charmantes « têtes blondes » ne sont probablement pas les enfants qu’ont élevés mes parents ! Les non-Blancs sont qualifiés de « typés » ou de « personnes de couleur », ce qui suppose que les Blancs n’ont ni « type » ni de « couleur ». Les yeux des personnes d’origine asiatique sont dits « bridés », mais qui aurait l’idée de donner un nom à la forme des yeux des Blancs ?

La couleur des pansements censés être invisibles sur les peaux blanches est loin de passer inaperçue sur les peaux plus foncées….

L’identité invisible et universelle

La plupart des Blancs ne se perçoivent pas comme blancs. Parfois, on croirait même qu’ils ignorent leur couleur. Si les Blancs sont largement minoritaires à l’échelle de l’humanité, leur domination politique et économique est telle qu’elle majore leur position. Et les majoritaires tendent à se considérer comme l’incarnation de l’humanité. Ainsi, le groupe des Blancs est censé porter en lui toutes les qualités universelles et chaque Blanc est réputé porter des particularités individuelles qui font de lui un être irremplaçable. Ce qui n’est pas le cas des minorités, porteuses des qualités et défauts spécifiques généralisés à leur groupe, sans être détentrices de caractéristiques individuelles, ce qui fait d’eux des êtres interchangeables. On dit d’ailleurs « la femme », « le Noir », mais jamais « le Blanc ». Et lorsqu’on dit « l’Homme », on entend parfaitement qu’il s’agit de l’humanité tout entière.

La majorité a toujours décrété l'universel en fonction d'elle-même. Dans l’histoire du monde telle qu’elle nous est contée dans les livres et à l’école, c’est la centralité des majoritaires qui oriente le récit. Les minorités n'y apparaissent que comme des victimes ou des ennemis. Le curseur de l’universalité est placé sur la norme du majoritaire qui est aujourd’hui en France masculin, Blanc et hétérosexuel.

Parler « d’ethnique » c’est rendre l’appartenance minoritaire particulière. L’ethnicité est « l’humanité des autres », les individus blancs étant positionnés en dehors de toute considération ethno-raciale. Jamais ceux-ci ne sont pas perçus à travers un prisme racial. Plusieurs secteurs de la grande distribution se sont approprié le mot « ethnique » : dans l’industrie alimentaire, le terme s’est substitué à « exotique » et dans le domaine des cosmétiques, les produits de beauté « ethniques » sont ceux réservés aux femmes non-blanches. Les leaders d’opinion qui condamnent les « ghettos ethniques » que constituent les quartiers populaires s’en prennent jamais très rarement aux regroupements de Blancs dans les quartiers les plus favorisés dans lesquels ils sont souvent domiciliés.

Le privilège majoritaire

diallo.jpgLes sciences sociales américaines parlent de white privilege (le privilège blanc), le terme désignant les privilèges invisibles associés au fait d’être Blanc dans une société à majorité blanche. Lorsque l’on appartient à cette majorité, on n’a pas conscience de son statut ni des privilèges qu’il induit. On est mieux reçu que les non-Blancs dans bien des endroits, mieux traité par la Police nationale et on dispose d’un meilleur accès à l’emploi. Par conséquent, la volonté et l’idée d’entreprendre ne sont pas entravées par les mêmes obstacles et les efforts nécessaires à la réussite sont moindres. Pourtant, rien ne permet de s’en rendre compte au quotidien. Du moins, rien n’y oblige.

Le fait d’être Blanc implique d’être né dans un système conçu par l’Histoire au bénéfice des Blancs. La blanchité permet de tirer profit (souvent involontairement) du fait que les minorités sont discriminées. On peut le nier, l’ignorer ou être le plus fervent des antiracistes, rien n’y fait : être Blanc signifie hériter d’un système de domination qui procure des bénéfices. Même si l’on en n’est pas individuellement responsable, même si la complicité n’est pas délibérée, on a une place privilégiée « naturelle » dans la société. Ce qui ne signifie pas que tous les Blancs soient « dans le camp des méchants », seuls certains d’entre eux persistent sciemment à perpétuer la domination. On peut d’ailleurs condamner la domination raciste sans en avoir conscience soi-même, c’est-à-dire ignorer la part qu’on prend au système en étant récipiendaire d’avantages.

Lorsqu’on n’est pas potentiellement victime de racisme, il est difficile de mesurer les conséquences du racisme. Dans son ouvrage White Like Me, Tim Wise cite une étude pour laquelle des étudiants américains blancs devaient indiquer à quel tarif ils accepteraient de devenir Noirs et de le rester pour le restant de leurs jours. La moyenne de la somme demandée en compensation était de 10 000 dollars par an. Puis on présente la même hypothèse aux étudiants, avec des informations différentes : quelle compensation réclameraient-ils s’ils vivaient dans un monde où ils appartiendraient à un groupe subordonné, dont les revenus moyens seraient inférieurs de moitié à ceux du groupe dominant, dont le niveau de pauvreté serait trois fois plus important, dont l’espérance de vie serait moins élevée ? Dans ce cas, ils réclameraient 1 million de dollars par an ! Pourtant, ce sont les conditions de vies des Noirs Américains qui ont été ainsi décrites. Les étudiants interrogés n’avaient vraisemblablement pas conscience de ce qu’impliquait le fait d’être Noir dans la société américaine.

Pour cesser de circonscrire la réflexion antiraciste à la question des minorités, il faut s’interroger sur la norme blanche. Car si l’identité blanche paraît invisible, les Blancs comme les non-Blancs ont un rapport au monde intrinsèquement lié au racisme.


Nous reprenons ici les termes « Blanc » « Arabe » « Asiatique » ou « Noir » comme les catégories sociologiques construites par l’Histoire, et non comme de véritables appartenances ethniques. Ces termes sont issus des contacts entre les différents groupes humains, qui contribuent, depuis des siècles, à créer des catégories d’individus et à ethniciser les rapports sociaux. Espérons que ces termes soient voués à évoluer et peut-être à disparaitre un jour du langage…" (extrait de la Charte des Indivisibles - 2007)

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Texticules 24/06/2013 19:11

"(...) Dire : « J’ai croisé un homme dans le métro », c’est présupposer que ledit homme est blanc. En revanche, pour les minorités on précise : « Un Asiatique, un Arabe a fait ça ».
Notre monde se pense blanc (...)"

Chère madame, on est un peu en FRANCE ici, un peu en EUROPE, c'est un peu un continent BLANC. De ce fait, il est NORMAL et SAIN que la norme ici soit le blanc. Il est parfaitement NORMAL et SAIN
que notre inconscient collectif se pense BLANC.

Allez en Afrique noire, les Hommes blancs sont appelés "l'Homme Blanc", on devrait être choqué ?
Les africains se ne pensent pas NOIRS ? les africains sont idiots ?

Expliquez-moi ça, j'ai hâte de lire votre logorrhée.
L'intelligence à deux vitesses, non merci.
L'universalisme chrétien a fait des autochtones, des français, un des pays voire le pays le moins raciste du monde. Votre auto-centrisme racialiste est uniquement à revendication communautaire,
c'en devient effrayant. Votre seule fierté est d'être noire.

sylvainj 24/06/2013 15:15

Le commentaire au-dessus prouve qu'on peut être historien de formation et complètement partial et à côté de la plaque.

Formidable tribune ! Bravo, bravo, bravo !

Julie 24/06/2013 14:24

Chab85 je crois que tu n'as bien saisi le sens de cet article car il ne s'agit pas d'un combat de l'homme noir contre l'homme blanc. Selon moi il met en évidence des choses qui n'avaient et qui
n'ont jamais été évoquées publiquement.
Je pense que personne ne me contredira si je dis que lorsqu'on parle de discrimination au travail par exemple cela touche plus les minorités dites visibles? Peut-être est-ce le terme privilège qui
te choque mais comme le dit l'article les blancs ont moins de difficultés en France à trouver un appartement, un emploi etc.
Cet article de diabolise pas les blancs il met juste en évidence des éléments dont personne ne parle. Et ce type de raisonnement peuvent, peut-être, aider à faire avance notre société vers une
société plus juste. Car il faut important de savoir parler de tout sans complexe.

Chab85 13/06/2013 20:17

Alors, je suis historien de formation et il y a plusieurs choses qui me choque par rapport aux propos de Mme Diallo...
Tout d'abord, il s'agit de la définition du racisme, (je regarde dans le Larousse, bon, c'est vrai, c'est un dictionnaire de "blanc", mais bon) : "idéologie fondé sur la croyance qu'il existe une
hiérarchie entre les groupes humains donc, les races"... Je ne vois pas dans cette définition le fait que le méchant homme BLANC opprime le gentil homme NOIR...
L'Homme est apparu en Afrique, il a après colonisé la Terre entière. Il y a aujourd'hui des personnes d'origine caucasienne, africaine, indienne, et j'en passe... Ce n'est aucunement un sujet de
honte, pourquoi en faire un pamphlet ? J'ai vécu 3 ans au Congo (Brazzaville) et j'ai été confronté au quotidien à un racisme (au sens du Larousse) agressif... Je vous parle ici de pillage et de
viol et de meurtre. Mais vous n'en parlerai pas car ça concerne des BLANCS... Car pour vous le racisme anti-blanc n'existe pas... Quelle honte d'entendre ça ! Avez-vous déjà vécu en Afrique pour
voir ce que nos concitoyens vivent chaque jour ? (Ils y sont pour des missions de coopération, mandatées par leur gouvernement, en toute indépendance...). J'ai une amie qui a grandie à
Aulnay-sous-Bois (93). Quand elle est arrivée en province, elle ne comprenait pas qu'il y avait autre chose qu'un racisme anti-BLANC !!!! Alors s'il vous plaît, arrêtez votre désinformation
dégradante que ne vous autorisent que les grandes idées progressistes de notre pays de BLANCS...
Car, ne vous déplaise, depuis 2000 ans, l'Histoire le dit, la population française est blanche et chrétienne. Excusez-la pour son Histoire... Aujourd'hui, vous nous rabachez qu'il n'existe pas de
racisme anti-BLANC, alors que, dans la capitale de mon propre pays, la FRANCE, pas à BRAZZAVILLE, je m'en entends traiter de "céfranc", "cul blanc", "sale Français"... J'ai du mal à vous
comprendre. Est-ce qu'on vit dans le même monde ? Ou est-ce parce que ce sont des "Noirs" qui me disent ça, ça vous paraisse normal ???
La couleur noire est une très belle couleur, pourquoi en avoir honte ?
Les anciens en Afrique regrettent les BLANCS car ils ne manquaient de rien... Si vous ne me croyez pas demandez-leur... Ils avaient des hôpitaux, des médicaments, des routes, des écoles... Et
maintenant qu'est-ce qu'ils ont en 50 ou 60 ans d'indépendance ? Malgré toutes leurs richesses qu'ils détenaient avant l'arrivée des BLANCS ?
Rien... Nous, génération post-colonialisation, sommes-nous responsable de leurs problèmes ? NON !!!!!
Pas plus que nos Pères, ils ont leur indépendance depuis 50 ans, qu'ils se débrouillent ! Ils l'ont assez voulu comme ça ! Et pourtant la FRANCE RACISTE donne des milliards d'euros par an à ces
pays...
Cessez tout de suite de faire votre propagande anti-BLANC, ça devient pénible. Nous sommes chez nous ici, nous les "Gaulois", comme on nous appelle... Nous n'avons pas 2 passeports nous. Nous n'en
avons qu'un. Et quand on arrive dans un pays on en adopte les coutumes, les traditions, les lois et la langue, ça paraît normal à tout le monde sauf à ceux qui viennent en France... (C'est comme ça
en Allemagne, dans les pays scandinaves, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis...)
Je suis navré que votre vision de la France, qui est le plus beau pays du monde, soit salie de la sorte... Mais croyez-moi, vous ne savez pas ce que c'est que le racisme (à coup de machette)...
Cordialement

Afrika Welcome 24/04/2013 21:08

Et bien oui, je suis d’accord, DANS LES PAYS OÙ LES BLANCS SONT MAJORITAIRES, « En général, les Blancs sont posés comme la normalité détentrice de tous les attributs généraux face aux
particularités des minorités. Considérés comme la base à partir de laquelle se définit l’altérité, ils sont la norme implicite. Pour évoquer une personne blanche, nul besoin d’indiquer sa couleur
de peau. Dire : « J’ai croisé un homme dans le métro », c’est présupposer que ledit homme est blanc. En revanche, pour les minorités on précise : « Un Asiatique, un Arabe a fait ça ». Bâtir à
partir de ce constat une théorie universelle sur la domination « partout et toujours » des blancs sur tous les autres groupes humains est une connerie. DANS LES PAYS OÙ LES NOIRS SONT MAJORITAIRES,
les noirs sont la norme implicite et dire « « J’ai croisé un homme dans le métro », c’est présupposer que ledit homme est noir. En revanche, pour les minorités on précise : « Un Asiatique, un Arabe
a fait ça ». Plus vicieux encore, en Guinée Conakry, on n’entendra même pas « J’ai croisé un homme dans le bus », mais on entendra « J’ai croisé un peul » ou « j’ai croisé un malinke ». Et alors ?
Je ne vais pas bâtir une théorie universelle sur la domination des malinke sur les peuls…quoique…les ratonnades des flics malinke dans les quartiers peuls soient actuellement une trise réalité dont
personne ne parle mais de là à pondre une théorie universelle... Cela ne m'empêche pas d'adhérer à la théorie du "privilège blanc" dans les sociétés où ils sont majoritaires où dans les sociétés où
ils détiennent une suprématie économique ou politique tout en étant minoritaires.