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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Le site de l’ancien camp pour Tsiganes de Montreuil-Bellay classé Monument Historique

2 Août 2010 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Tsiganes et voyageurs, #Mémoire Seconde guerre mondiale

Le site de l’ancien camp pour Tsiganes de Montreuil-Bellay classé Monument Historique

 

La grande nouvelle est arrivée ce samedi matin sous forme de lettre recommandée avec accusé réception chez Sandrine Renaire, présidente de l’association de L’AMCT (Les Amis de la Mémoire du Camp Tsigane de Montreuil-Bellay), et chez Jacques Sigot, l’instituteur qui, depuis trente ans, se bat pour que cette page d’histoire longtemps occultée ne disparaisse pas. Par Arrêté de la DRAC de Nantes n° 2010/264, Le Préfet de la région Pays-de-la-Loire, Préfet de Loire-Atlantique, considérant que la conservation du lieu de mémoire qu’est le camp d’internement de Tsiganes à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) présente au point de vue de l’histoire un intérêt suffisant pour en rendre désirable la préservation en raison de la présence de vestiges de ce qui fut le plus grand camp d’internement de Tsiganes en France… [inscrit] au titre des monuments historiques les vestiges […].

Une long combat au dénouement heureux.

Historique

Montreuil-Bellay-Vestiges-de-batiments-du-camp.-Photo-Jacq.jpgEn 1980, Jacques Sigot, instituteur dans le canton de Montreuil-Bellay et historien local, découvre qu’a sévi près de chez lui un camp, avec barbelés électrifiés et miradors, dans lequel avaient été internés, entre autres populations, de nombreux Tsiganes – on disait alors nomades – pendant la Seconde Guerre mondiale. Il retrouve alors de nombreux anciens internés ainsi que la plupart des personnes ayant administré ce camp : gardiens, gendarmes, instituteurs, prêtres, sage-femme, infirmières, etc. Il publie un premier ouvrage en 1983, pour s’apercevoir qu’aucun historien n’avait encore parlé de cette page douloureuse de notre histoire. L’auteur rencontre de grandes difficultés pour faire parler de son travail. Sans doute parce que les Tsiganes n’ont jamais eu bonne presse chez nous – et l’actualité le confirme – et parce que ce camp fut surtout un camp français puisque l’initiative en fut prise par la 3ème République de Lebrun, que Vichy l’administra sans problème de conscience, et que la libération du territoire nationale n’en signifia pas la fermeture puisque les derniers internés ne retrouvèrent la route qu’en mai 1946, soit plus d’un an après la fin des hostilités.

Montreuil-Bellay-Allee-centrale-du-camp-1944-Archives-Jacq.jpg

Suite à la découverte de documents inédits et surtout de photos, une seconde édition du livre sur le camp parut en 1994. Puis une troisième en février 2010*.


Une association pour sauver le site

En 2005, se créa une association, L’AMCT, pour essayer de protéger les vestiges de l’ancien camp, certains ayant déjà disparu, rasés pour l’aménagement d’un rond-point ou l’élargissement de quelques centimètres de la route… qu’ils ne gênaient pas. La présidente, d’origine Manouche, a eu des membres de sa famille internés dans le camp. L’association entreprit des démarches auprès du propriétaire du terrain qui acceptait de vendre, mais elle privilégiait la sauvegarde du site par l’Administration. Des dossiers furent envoyés pour une demande de classement.

coupure-de-presse72.jpgLe 18 juin 2009, la Commission Régionale du Patrimoine et des Sites (GRPS), réunie au siège de la DRAC à Nantes demanda à Jacques Sigot d’exposer le dossier de L’AMCT qui demandait l’inscription du terrain sur l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. La Mairie de Montreuil était représentée par un adjoint du maire qui précisa de son côté que le passé ne devait pas hypothéquer l’avenir… Rappeler ici que cette même mairie envisageait alors l’installation d’un entrepôt de type Seveso seuil haut dans le périmètre de protection du site.

Satisfaction fut donnée à l’association, mais l’assemblée plénière de la DRAC, à l’unanimité, ajouta qu’elle demandait davantage, soit le classement au titre des monuments historiques. Ce qui est donc effectif depuis ce 8 juillet 2010.

C’est la première fois qu’un tel site – dont la dénomination exacte à l’époque était « Camp de concentration de nomades de Montreuil-Bellay » – est ainsi classé. Le 18 juillet dernier, a été donné à une rue de Poitiers par la municipalité le nom d’un fils de Gitan et de Manouche interné pendant cinq années dans quatre camps, dont ceux de Poitiers et de Montreuil-Bellay. Voir le site : http://jacques-sigot.blogspot.com/2010/07/poitiers-donne-une-rue-un-gamin-fils.html

Soixante-dix ans plus tard, la France semble vouloir reconnaître et honorer les souffrances d’un peuple trop souvent oublié, écarté, stigmatisé. S’il ne reste quasiment plus de victimes de ces internements arbitraires, les familles sont toujours là, et c’est pour elles qu’il fallait se battre.

 

 

* Ces barbelés que découvrent l’histoire. Un camp pour les Tsiganes… et les autres. Montreuil-Bellay 1940-1946. Jacques Sigot. Editions Wallâda. 2010.

 

- Dossiers :

http://jacques-sigot.blogspot.com/2008/08/montreuil-bellay-un-camp-de.html

http://jacques-sigot.blogspot.com/2008/09/site-du-camp-de-concentration-de.html

http://jacques-sigot.blogspot.com/2009/11/de-la-cecite-des-medias.html

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