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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Les « Blancs », le racisme « anti-blanc », les « Indigènes de la République » .. et le MRAP.(2).

7 Décembre 2012 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #"Racisme anti-blanc"

 

Une première version partielle de cette étude avait été publiée en juillet 2011. Une nouvelle, remaniée après le congrès du MRAP, en avril 2012. Cette dernière n'est plus en ligne à son emplacement d'origine. La remise en ligne actuelle sur "Repères" ne tient pas compte des récents développements du débat (tribunes publiées sur Rue 89, le Monde, etc..).

Les analyses développées dans cette série d'articles sont celles personnelles et évolutives de l'auteur à un moment déterminé et ne doivent être considérées que comme une introduction au débat. FM

 


Les « blancs de blancs »

Il est donc vite apparu que la notion de « races humaines » ne correspondait donc à aucune réalité biologique. Pire encore pour les apôtres de la suprématie blanche : alors que l'on peut admettre à première vue (européo-centrée) que les populations (au sens génétique du terme1 ) africaines sub-sahariennes ou est-asiatiques présentent des traits physiques communs, c'était beaucoup moins net pour les « blancs ». Je ne sais pas si, vus de Pékin ou Tombouctou, tous les « blancs » se ressemblent, mais vu de Paris ou de Berlin, il devenait de plus en plus difficile de mettre dans le même groupe Islandais et Pendjabis.

Progressivement, la notion de « blancs » se restreignit donc à un groupe plus restreint que celui de la classification d'Augustine Fouillée, classification que l'on retrouve peu ou prou dans tous les manuels scolaires du début du XXème siècle. Sont donc « déblanchis » les Arabes et autres habitants du Sud de la Méditerranée, et tous ceux qui habitent de Beyrouth à l'Himalaya. Le terme « blanc » désigne alors les Européens et Nord-américains2. Ce sont donc les habitants des pays qui sont à l'origine du capitalisme industriel, de l'expansion coloniale, Russes y compris. Pour les hispano-américains, faut pas rêver3 !! Pour les Juifs, c'est selon les auteurs et les époques. Gilles-William Goldnadel évoque d'ailleurs cette question dans l'entretien cité ci-dessous.

Qu'importe si Polonais et Bulgares étaient trop occupés à se libérer de leurs oppresseurs respectifs pour participer à cette expansion, l'essentiel est substituer à des concepts économiques (le capitalisme, la société industrielle), politiques (l'impérialisme, le colonialisme) un concept « les Blancs » qui ne correspond plus à une réalité biologique, mais à un concept socio-politique.

 

Je retiendrai trois titres et deux époques pour illustrer cette conception :

 

En 1899, Rudyard Kipling publie son poème : « Le fardeau de l'homme blanc ». C'est au colonisateur (anglo-saxon) de faire progresser l'humanité.

"O Blanc, reprends ton lourd fardeau :

Envoie au loin ta plus forte race,

Jette tes fils dans l'exil

Pour servir les besoins de tes captifs;

 

 

Pour - lourdement équipé – veiller

Sur les races sauvages et agitées,

Sur vos peuples récemment conquis,

Mi-diables, mi-enfants.

 

O Blanc, reprends ton lourd fardeau

Non pas quelque œuvre royale,

Mais un travail de serf, de tâcheron,

Un labeur commun et banal.

 

Les ports où nul ne t'invite,

La route où nul ne t'assiste,

Va, construis-les avec ta vie,

Marque-les de tes morts !

 

O Blanc, reprends ton lourd fardeau;

Tes récompenses sont dérisoires :

Le blâme de celui qui veut ton cadeau,

La haine de ceux-là que tu surveilles.

 

La foule des grondements funèbres

Que tu guides vers la lumière :

"Pourquoi dissiper nos ténèbres,

Nous offrir la liberté ?"."


 

The_white_mans_burden.gif

 

Mais tout le monde n'était pas dupe :  Caricature parue dans Life la même année.

 

Après la bonne conscience coloniale, vint le temps de la décolonisation et de la prise de conscience (pas par tout le monde) de ce que fut la colonisation4.


Puis vint le retour du balancier :

goldnadel.jpgEn 1983, l'essayiste français Pascal Bruckner publie « Le sanglot de l'homme blanc » où il dénonce « une tendance à la contrition de l'intellectuel européen qui, accablé par des fautes qu'il n'avait pas commises, l'esclavage ou les violences du colonialisme, portait sur ses frêles épaules le faix de la honte de soi5. »

En 2011, l'essayiste et avocat Gilles-William Goldnadel publie «Réflexions sur la question blanche.  Du racisme blanc au racisme anti-blanc». Pour connaître les thèses développées, on peut lire cet entretien accordé à un journaliste du Figaro le 21 février 20116.

 

Il s'agit pour eux de mettre fin aux « repentances » et autres manifestations de masochisme occidental, de haine de soi, au « tiers-mondisme bêlant », etc..

Certes, il y eut des gens pour prendre chaque leader anti-impérialiste pour un nouveau Messie, mais les « nouveaux philosophes », passés de la maolatrie au néo-conservatisme, sont-ils les plus qualifiés pour le dénoncer ? Certes, Samory Touré et Chaka Zoulou étaient des tyrans, certes, il y eut à côté de la traite atlantique une traite arabe, et les souverains africains approvisionnaient les deux, mais cela permet-il de nier les crimes de la colonisation ?

 

Et pourquoi associer à chaque fois la notion de « blanc » à ces faits historiques, alors qu'Arabes (qu'ils soient esclavagistes ou colonisés) et habitants du nord de l'Inde (des « Aryens ») sont aussi des « blancs » et que beaucoup de « blancs » n'ont pas participé à l'expansion coloniale, même du simple point de vue économique.

 

Mais tout cela n'empêche pas Gilles-William Goldnadel, comme d'autres, de défendre la notion de « Blanc culturel », sans toutefois nier celle de « Blanc génétique» :

« Or en France, avec notre habituelle schizophrénie, on nous explique qu'il existerait une sorte de racisme sans races. La science laisse à penser que, si le concept a perdu une grande partie de sa validité sur les plans biologique ou anthropométrique, il n'en est pas de même sur le plan génétique7. »

C'est là le nœud de la question : les racialistes sont persuadés qu'il existe des races, qu'elles soient définies selon des critères biologiques ou culturels, pertinents ou non. De là découlent des logiques de séparation (la phobie du métissage par exemple), d'exclusion, voire même d'extermination. Dénoncer le racisme n'est pas reconnaître la justesse de ces présupposés idéologiques, au contraire. Sans aller jusqu'à prétendre comme le fit Jean-Paul Sartre, que « c'est l'antisémitisme qui fait le juif, » il faut reconnaître qu'il n'y a pas de « race juive », mais que l'antisémitisme existe bel et bien.

 

La vision du monde défendue par les partisans de la « blanchitude » est finalement très binaire :

Bons/méchants

« Blancs de blanc » / plus ou moins foncés

Judéo-christiano-laïques / musulmans soupçonnés d'être des islamistes déguisés ou non

Occident (Israël inclus) / axe du mal (Hamas, Hezbollah, Iran, etc8..)

Capitalisme libéral et libérateur / écolo-gauchos-fonctionnaires protégés-rétrogrades.

Colonisateurs et héritiers / colonisés de l'extérieur et de l'intérieur, aigris et ingrats.

 

Très binaire et fausse : il existe des individus, des groupes, des États, qui se trouvent à une ligne dans la colonne de gauche et à la suivante dans la colonne de droite.

 

Le fait nouveau, c'est que la contestation de cette dualité, jusqu'ici développée au nom de théories universalistes, se ferait aussi maintenant par inversion simple des perspectives, mais qui restent tout aussi binaires. Au racisme « blanc » s'opposerait un « racisme anti-blanc ».

Mais avant d'aller plus loin dans l'analyse, il faut distinguer entre pratiques racistes et théorisations racistes.

Il faut toutefois tenir compte d'un fait sociologique : l'existence de visions d'un monde partagé entre « Blancs » et « non-blancs ». On peut penser que ces deux catégories ne correspondent à aucune réalité, que les vrais clivages sont ailleurs, il n'en demeure pas moins que suffisamment de gens y croient pour que ces idéologies deviennent un fait social en tant que tel, structurant des comportements politiques.

On peut faire un parallèle avec la théorie marxiste des classes sociales. On y distingue la classe « en soi » (les personnes qui occupent la même place dans l'appareil de production : les ouvriers, les paysans, les patrons, etc9..) et la classe « pour soi » (un groupe précédent ayant conscience de sa situation commune et de son destin commun : la conscience de classe). De la même manière qu'il peut y avoir « conscience de classe » entre des gens ayant des situations économiques différentes (la FNSEA affirme représenter aussi bien le capitaliste agro-industriel du Bassin Parisien et l'éleveur misérable de montagne, et ça marche, il peut y avoir conscience « d'appartenance raciale » chez des gens qui n'ont en commun que la peur et la haine des autres.


 

1 tout ensemble d'individus de même espèce cohabitant dans la même aire géographique et reliés génétiquement les uns aux autres.

2 Ou « caucasiens » dans la terminologie anglo-saxonne. Assez cocasse quand on sait que les originaires des régions caucasiennes sont appelés « noirs » par les racistes russes.

3 Samuel Huntington inventa la notion de « péril brun » pour dénoncer ces derniers.

http://www.courrierinternational.com/article/2004/04/08/le-retour-du-vieux-racisme-antimexicain , article du 8 avril 2004, consulté le 7 avril 2012 (réservé aux abonnés)

4 Ferro, Marc, édit. Le livre noir du colonialisme, XVIe-XXIe siècle: de l'extermination à la repentance. Paris, Robert Laffont, 2003. 843p. http://wwwens.uqac.ca/~a2cote/compte_rendu8.html consulté le 7 avril 2012

7 La génétique sortie du champ de la biologie, il fallait oser !!

8 Bizarrement, la Corée du Nord, vraiment dirigé par des dingues, et qui possède la bombe atomique, est oubliée.

9 Sous réserve que ces groupes soient eux-mêmes homogènes.

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S
Le racisme anti-blancs vise aussi les noirs ou les arabes en couple avec des blancs, de même que le racisme anti-noirs vise aussi les blancs en couple avec des noirs. Ce sont donc les deux faces d'une même médaille et vouloir les opposer n'a aucun sens.
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