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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Les « Blancs », le racisme « anti-blanc », les « Indigènes de la République » .. et le MRAP.(5).

10 Décembre 2012 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #"Racisme anti-blanc"

 

Une première version partielle de cette étude avait été publiée en juillet 2011. Une nouvelle, remaniée après le congrès du MRAP, en avril 2012. Cette dernière n'est plus en ligne à son emplacement d'origine. La remise en ligne actuelle sur "Repères" ne tient pas compte des récents développements du débat (tribunes publiées sur Rue 89, le Monde, etc..).

Les analyses développées dans cette série d'articles sont celles personnelles et évolutives de l'auteur à un moment déterminé et ne doivent être considérées que comme une introduction au débat. FM


 Faut-il débattre avec « Les Indigènes », et comment ?

indigènesLe mouvement des « Indigènes de la République » est né le 16 janvier 2005, en lançant un appel, signé par de nombreuses personnalités1, et aussi par des gens moins connus.

« Nous, descendants d’esclaves et de déportés africains, filles et fils de colonisés et d’immigrés, nous, Français et non-Français vivants en France, militantes et militants engagé-es dans les luttes contre l’oppression et les discriminations produites par la République post-coloniale, lançons un appel à celles et ceux qui sont parties prenantes de ces combats à se réunir en Assises de l’anti-colonialisme en vue de contribuer à l’émergence d’une dynamique autonome qui interpelle le système politique et ses acteurs, et, au-delà, l’ensemble de la société française, dans la perspective d’un combat commun de tous les opprimés et exploités pour une démocratie sociale véritablement égalitaire et universelle. »

 

A la suite de divergences entre les signataires initiaux, seule une partie d'entre eux est aujourd'hui regroupé dans le « Parti des Indigènes de la République2 ».

« L'appel des indigènes » a suscité des débats houleux au sein du MRAP, et les répliques du séisme se font encore sentir3.

 

Il faut signaler la version belge du mouvement, plus orientée sur les débats philosophiques, et sa « profession de foi4 » :

« Nous croyons en la complexité du monde - Nous croyons à la lutte des classes - Nous croyons au caractère construit et multiple des identités - Nous croyons qu’il existe une domination spécifique liée à l’identité qui double la domination de classe, mais ne coincide pas exactement avec elle - Nous croyons en un universalisme concret, en acte, une co-construction en devenir, où s’inscrirait la multiplicité de nos particularismes - Nous refusons de nous laisser piéger par des alternatives infernales - Nous ne croyons ni au fétichisme de l’Etat-nation ni aux bienfaits de la globalisation néo-libérale - Nous nous refusons tant à l’injonction mimétique qu' à l’assignation identitaire - Nous nous refusons tant au chauvinisme qu'à la haine de soi - Nous ne sommes ni un parti, ni une institution syndicale, nous sommes un mouvement social ... »

Trois textes pour comprendre et débattre :

La question blanche (Pierre Tevanian, janvier 20085)

Extraits :

 

« Être blanc ne signifie pas simplement avoir la peau claire, mais plutôt : ne pas être identifié comme un noir, un arabe, un asiatique un turc, un musulman, bref : ne pas être un indigène. Être blanc ne veut rien dire d’autre que : ne pas porter certains stigmates – d’où une seconde réponse :

2. Être blanc, c’est avant tout ne pas subir la discrimination comme les non-blancs la subissent. Ce n’est pas avoir une certaine couleur mais occuper une certaine place – un certain rang social. »

(..)

« J’entends par là que les Blancs sont malades d’une maladie qui s’appelle le racisme et qui les affecte tous6, sur des modes différents, même – j’y reviendrai – lorsqu’ils ne sont pas à proprement parler des racistes, que ce racisme consiste en une oppression systémique aux dépens par exemple des arabes, et que c’est cette oppression raciste qui engendre chez celles et ceux qui la subissent ce fameux mal-être arabe dont parle Dominique Vidal. »

Blanc n’est en effet pas une catégorie raciale, mais une catégorie sociale. La race est, comme la classe et le sexe, une construction sociale, et le racisme, comme la domination économique et l’oppression sexiste, s’incarne dans une souffrance sociale : ne pas trouver d’emploi ou de logement parce qu’on est noir ou arabe, être exclu de l’école parce qu’on porte un voile, etc. La « question raciale » n’est donc pas dans un rapport d’altérité avec la « question sociale » : elle en est une composante.

 

Le « racisme anti-blanc » des Indigènes de la République7 (Houria Bouteldja, le 2 juin 2011).

Extraits :

(..)

« Pour le PIR, la race existe, les races sociales existent. La preuve, c’est qu’elles luttent. En France, les indigènes ont pris l’arme de la race pour combattre une rhétorique redoutable : l’universalisme. Un universalisme blanc qui masque et nie les hiérarchies structurelles qui constituent la république française. C’est pourquoi, nous avons élaboré un certain nombre de concepts politiques pour structurer notre pensée et notre action. Entre autres, les concepts d’ « Indigène », de « Blanc », de « races sociales », de « champ politique blanc » (cf Sadri Khiari, « Pour une politique de la racaille », éditions Textuelle, « La contre-révolution coloniale, de de Gaulle à Sarkozy, éditions La Fabrique) qui n’ont de pertinence que dans la cadre du clivage racial ou postcolonial. »

(..)

« En conclusion, il ne faut pas confondre la forme et le fond. Un Noir ou un Arabe qui dit « sale Blanc » exprime au pire un sentiment d’intolérance ou de haine en réaction aux humiliations qu’il subit, un Blanc qui dit « sale Noir » ou sale Arabe » exprime forcément un sentiment raciste. »

 

Mohammed Merah et moi (Houria Bouteldja, le 6 avril 2012)8

Extrait :

« Aucun Juif ne naît avec le sionisme dans le sang, aucun Blanc ne naît avec le racisme dans le sang, aucun Arabe, aucun musulman, aucun noir ne naît avec la haine et le revanchardisme dans le sang. Et c’est précisément ici que nos routes se séparent. Et c’est précisément à ce carrefour que nous nous affirmons ou pas nègres ou musulmans fondamentaux. Nous ne pouvons pas combattre le racisme et le devenir nous-mêmes ou en tout cas en revêtir la forme. Ce qui nous caractérise c’est notre détermination à rester sur le terrain politique et sur celui de la dignité humaine. »

Peut-on « mettre dans le même sac » l'AGRIF et le PIR ?

La question a été posée à l'occasion du procès intenté par l'AGRIF à Houria Bouteldja, porte parole du PIR.

Il lui était reproché d'avoir qualifié, dans une émission télévisée, les « Blancs » de sous-chiens à éduquer. Pour se défendre, elle a fait valoir qu'elle avait parlé de souchiens (néologisme désignant les Français dits « de souche » et déjà employé par Jean-Bouis Borloo).

Une pétition en sa faveur a été lancée par la revue Politis9. L'AGRIF, (d'inspiration catholique traditionaliste) a de son côté été soutenue par les Identitaires (qui comprennent des néos-païens) et "Riposte laïque" (qui bouffe, en principe, aussi du curé).

Le tribunal de Toulouse a relaxé Houria Bouteldja le 25 janvier 2012. (Elle a également été relaxée en appel)

Les « Indigènes » sont présents dans de nombreux combats qui sont aussi ceux du MRAP :

- pour la reconnaissance des crimes de la colonisation

- contre les violences policières

- contre l'islamophobie (mais la nouvelle direction du MRAP préfère parler de musulmanophobie)

- pour les droits des Palestiniens.

Ils sont très présents pour la défense des quartiers populaires, combat dont le MRAP se méfie, craignant le « communautarisme ».

Vouloir renoncer à ces combats, sous prétexte d'un voisinage avec eux, serait suicidaire pour les mouvements anti-racistes.

De plus, le PIR est lui-même hétérogène dans son expression publique, puisqu'on y trouve aussi des personnes comme Saïd Bouamama, sociologue d'inspiration marxiste.

Mais certaines prises de positions publiques, certaines façons de faire sont hautement contestables.

S'il y a débat, ce devra être dans la clarté, et sans falsifications.

 

FM


3 Voir notamment, cinq ans après http://www.mrap-landes.org/spip.php?article178 consulté le 7 avril 2012.

5 http://lmsi.net/La-question-blanche-Premiere consulté le 7 avril 2012. Pierre Tevanian a écrit ce texte pour les « Indigènes », mais n’apparaît pas comme membre de l'organisation.

6 C'est ce membre de phrase, sorti de son contexte, qui a servi de support aux accusations de racisme lancées contre les « Indigènes ». A mon sens, il y a plutôt erreur d'analyse et/ou tautologie, le « Blanc » étant défini par son positionnement dans l'échelle des discriminations. C'est un des points essentiels du débat avec les « Indigènes »

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