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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Les luttes contre le Front national. Eléments d’un bilan critique et propositions de renouvellement (Alain Bihr)

10 Mars 2013 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Extrême-droite, #Front national

Voici près d’une trentaine d’années que le Front national (FN) s’est installé sur la scène politique française. En dépit de la grave crise qu’il a traversée à la fin des années 1990, conduisant à son éclatement et lui faisant perdre pendant quelques années une partie de son électorat, il n’a cessé de polariser le débat politique autour d’un certain nombre de thèmes, au premier rang desquels l’assimilation entre immigration et insécurité, que toutes les autres forces politiques, à l’exception de l’extrême gauche, ont fini par reprendre à leur compte, fût-ce de manière édulcorée.

Ce n’est pas dire que, pour autant, il n’y ait pas eu de lutte pour tenter de s’opposer à cette montée de l’extrême droite. Mais, à soi seul, ce constat est l’indice des limites rencontrées par ces luttes. Les développements qui suivent en tentent un bilan critique et formulent quelques propositions en vue de leur renouvellement.

1. Un bilan critique

L’émergence et l’installation du FN sur la scène politique française n’ont pas été sans susciter des réactions adverses et hostiles de la part d’opposants plus ou moins résolus. Réactions de différentes natures qui se sont cependant toutes révélées insuffisantes.

A) Les luttes entreprises contre le FN. Elles ont été de deux natures différentes.

1. Les luttes antiracistes. Très rapidement, dès sa percée électorale, le FN va se trouver dénoncé comme un parti xénophobe et raciste (du fait notamment de sa propagande anti-immigrés visant les immigrés maghrébins et africains, de son antisémitisme à peine voilé, etc.), dont l’idéologie est contraire aux valeurs humanistes et républicaines (liberté, égalité, fraternité). Cette lutte a été portée :

  • D’une part, par les organisations traditionnelles de défense des Droits de l’homme et des valeurs républicaines : la Ligue des droits de l’homme (FDH), la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA), le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié des peuples (MRAP). Leur action s’est développée surtout sur le plan judiciaire : dépôts de plainte et condamnations de Le Pen, de leaders ou de candidats frontistes du fait de leurs déclarations xénophobes ou racistes.
  • D’autre part, par une organisation qui s’est constituée en 1984, à l’initiative et avec le soutien du Parti « socialiste », spécialement pour lutter contre le FN : SOS Racisme. Son logo est une petite main jaune ouverte et dressée comme pour prévenir un coup sur laquelle est inscrit le slogan « Touche pas à mon pote » (sous-entendu : les jeunes immigrés sont les potes = les amis des jeunes Français). Son action vise surtout à mobiliser la jeunesse populaire (notamment celle des banlieues des grandes villes) et à sensibiliser l’opinion publique toute entière sous forme de manifestations antiracistes et multiculturalistes (manifestations de rue, concerts, etc.), de campagnes médiatiques mais aussi d’actions plus spécifiques (défense du droit du sol, testings pour dénoncer les comportements discriminatoires à l’embauche, à l’accueil dans les administrations ou les lieux publics, etc.)

2. Les luttes antifascistes. En 1990, après la profanation du cimetière juif de Carpentras (dans le département du Vaucluse), immédiatement attribué (à tort) à des militants FN, se constitue, à l’initiative de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), une organisation de lutte contre le FN dénommée Ras l’Front. Contrairement aux précédentes, elle se revendique non seulement de l’antiracisme mais encore de l’antifascisme : pour elle, le FN est une organisation fasciste ou, du moins, située dans la descendance du fascisme historique. Ses actions consisteront notamment :

  • à raviver la mémoire de ce qu’ont été le fascisme mais aussi les luttes antifascistes des années 1930-1940, notamment la mémoire de la Résistance et de la déportation ; à dénoncer le négationnisme au sein ou en marge du FN ; à mobiliser contre le FN les organisations et institutions dépositaires de la mémoire de la lutte antifasciste, à commencer par les partis politiques de gauche mais aussi les associations d’anciens combattants ou d’anciens déportés ;
  • à dénoncer le programme antisocial du FN : les mesures frontistes tournées contre les couches populaires mais aussi contre les femmes et contre les jeunes, sous forme de distribution de tracts et de brochures dans les quartiers populaires, sur les marchés, à la porte des entreprises, etc.
  • à sensibiliser les organisations syndicales aux dangers de noyautage de leurs sections par des militants frontistes et à la nécessité de relayer en leur sein les actions d’information et de dénonciation du FN ;
  • à perturber voire empêcher la tenue de meetings ou de manifestations frontistes, en allant jusqu’à l’affrontement physique si nécessaire.

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