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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Mort d'Abdelhak Goradia : deux articles.

26 Août 2014 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Étrangers et immigrés, #Police Justice

A lire sur Mediapart :

Mort d'un Algérien expulsé: la police est gravement mise en cause

|  Par Louise Fessard

Abdelhak Goradia, Algérien de 51 ans, est mort d'«asphyxie» lors de son transfert vers l’aéroport de Roissy dans un fourgon de police, le 21 août. Ses proches affirment avoir vu des hématomes sur son visage. «Même à un animal, on ne fait pas ça !» dit son neveu, alors que les policiers sont suspectés de mauvais traitements et que les associations s'indignent. Une information judiciaire a été ouverte.

 


Communiqué de RESF :

 

Expulser tue!

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Abdelhak Goriada, un Algérien de 51 ans, en France depuis 18 ans, père d’un enfant français de 6 ans, a été tué le 19 août alors qu’il était conduit à l’avion à Roissy par les expulseurs professionnels de l’UNESI.

La mort par asphyxie d’un sans-papier dans le fourgon qui le conduisait à l’avion est révélatrice de la violence des expulsions, même si toutes ne se terminent pas de façon aussi tragique. Les éventuels antécédents judiciaires de Monsieur Goradia, invoqués ici ou là,  sont hors sujet. Nous savions que la prétendue suppression de la « double peine » sous Sarkozy était une mauvaise plaisanterie et qu’elle reste en vigueur sous la présidence de Hollande. Mais que l’on sache, la peine de mort n’a pas été légalement rétablie dans les trajets conduisant du centre de rétention à l’aéroport. La violence ordinaire des expulsions se manifeste contre les déboutés du droit d’asile, parents d’élèves, lycéens et enfants compris. Nous en avons eu l’illustration avec le traitement infligé au lycéen Khatchick Kachatryan[1], aux familles Babayan[2], Topalli[3], Manoukian[4]

Comme ils le font régulièrement après un premier refus d’embarquement,  les expulseurs ont professionnellement « préparé » (c’est le terme en usage) leur victime : menotté dans le dos, jambes entravées, cagoule et casque sur la tête, étranglé pour l’empêcher de crier selon des techniques précises enseignées aux expulseurs[5]. Abdelhak Goriada est parti en bonne santé, il  est arrivé mort. Selon la police, il aurait fait « une crise cardiaque » et « malgré les secours prodigués, il est décédé ». Il faut croire qu’à l’UNESI[6] on est meilleur dans l’étranglement que dans le massage cardiaque.  Son autopsie révèle qu’il serait mort « par asphyxie et régurgitation gastrique » et une enquête pour homicide involontaire a été ouverte.

Aussitôt, des informations ont été livrées à la presse sur le passé de la victime : il aurait été condamné plusieurs fois pour escroquerie à la carte bancaire et aurait fait de la prison. Et alors ?  Est-ce une raison pour le tuer ?  Pour l’expulser et le priver définitivement de son enfant et son enfant de son père ? A ce compte-là, quel châtiment pour Cahuzac, Guéant, Pasqua, Balkany et quelques autres ? Le découpage à la scie circulaire en place publique ?

C’est en réalité le réflexe honteux de tout ministre de l’Intérieur qui se respecte : aller fouiller les poubelles et les fichiers de police pour salir ceux dont la situation pose un problème, encore plus quand ils sont étrangers.  Valls l’avait fait à grand échelle avec Léonarda, Sarkozy, Hortefeux, Besson et Guéant s’y sont complus pendant dix ans, Cazeneuve et ses services leur emboîtent le pas.

Mais cela ne change rien à la réalité : au-delà de l’humiliation et de l’extrême violence morale que constitue chaque expulsion, nombre d’entre elles s’accompagnent de violences physiques et de brutalités dont beaucoup de passagers, de membres d’équipages et d’anciens expulsés eux-mêmes peuvent témoigner.

Il en va d’ailleurs de même des arrestations de sans papiers. La vidéo récente de l’interpellation d’une jeune femme descendue de force sur trois étages en présence du secrétaire général de la préfecture de Nancy le prouve. La politique de violence à l’égard des immigrés mise en place par Sarkozy et poursuivie avec zèle par Valls conduit nécessairement à de tels actes même si, heureusement, ils n’ont que rarement une issue fatale. En réalité, ce ne sont pas les violences qui sont exceptionnelles, c’est le fait qu’elles soient établies publiquement.

Pourquoi les expulseurs de l’UNESI et ceux qui procèdent aux rafles de sans papiers ne sont-ils pas équipés de caméras comme le sont certains policiers qui patrouillent dans les quartiers dits difficiles ?

Un tel équipement serait, à coup sûr, un moyen de freiner la brutalité de certains policiers mais, en réalité, le seul et véritable moyen de bannir la barbarie serait de décider enfin de mener une politique humaine, généreuse et utile à tous, à l’égard, entre autres, des sans papiers.

Expulser tue. Même si ce n’est pas toujours par asphyxie de l’expulsé, les reconduites à la frontières sont une violence qui tue, traumatise parents et enfants. Ne pas le reconnaître nuit gravement à la santé démocratique d’une société.

 

Pablo Krasnopolsky                  Richard Moyon

 

 


[1]http://www.educationsansfrontieres.org/spip.php?article47704

[2]http://www.educationsansfrontieres.org/spip.php?article51230

[3]http://www.educationsansfrontieres.org/spip.php?article51271

[4]http://www.educationsansfrontieres.org/spip.php?article51334

[5]Lire l’Instruction relative à l’éloignement par voie aérienne des étrangers en situation irrégulière document décrivant en 62 pages minutieuses les procédures d’expulsion. Un texte qui, à n’en pas douter, figurera  un jour à la rubrique des crimes de bureau dans toutes leurs variantes à toutes les époques.  Ce texte est signé de Michel Gaudin, directeur de la police nationale puis préfet de police de Paris et aujourd’hui directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy. Des références…  https://www.frenchleaks.fr/IMG/pdf/PAF.pdf

[6]Unesi, Unité nationale d'escorte, de soutien et d'intervention. Cent soixante-cinq fonctionnaires dont la mission quotidienne est de pratiquer « les reconduites aux frontières » des étrangers en situation irrégulière.


Décès au cours d’une expulsion : la responsabilité des autorités est engagée (LDH)


 

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