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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Oslo : Un scénario qui peut se répéter

2 Août 2011 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Extrême-droite, #Norvège, #Europe

Oslo : Un scénario qui peut se répéter

 

breivikSi un large front s’est constitué pour condamner sans réserves l’attentat d’Oslo et la tuerie qui a suivi, les divergences sur les raisons d’un tel acte se sont immédiatement manifestées.

Pourtant, comment sérieusement contester que les discours tenus par l’extrême-droite en Norvège comme ailleurs en Europe ont rendu possible un tel passage à l’acte ? La minutieuse programmation des « opérations », tout comme les références idéologiques de leur auteur et ses écrits sur Internet attestent d’un rapport direct avec l’islamophobie et les revendications  « identitaires » que partagent l’extrême-droite et la droite extrême, qui tentent maintenant de se dédouaner en parlant de l’acte d’un déséquilibré. Or, il y a une très grande cohérence entre les actes de Breivik et son système intellectuel, lui-même identique sur bien des points à celui développé par les droites extrêmes.

Une étude de l’évolution de l’extrême-droite permet de dégager une hypothèse pas vraiment nouvelle, mais qui mérite d’être rappelée d’autant plus qu’elle se trouve en grande partie vérifiée par les attentats d’Oslo.

Dans nombre de pays européens d’abord, puis aujourd’hui avec Marine Le Pen en France l’extrême droite a connu un certain nombre de changements notoires :

 

  • l’islamophobie a remplacé l’antisémitisme d'autant plus facilement qu'elle fonctionne sur les mêmes schémas,

  • une nouvelle extrême-droite, moins crispée sur certains sujets de société (homosexualité, IVG, etc.) s'est ajoutée à l'ancienne,

  • des thèmes habituels de la gauche (défense de la laïcité, opposition à la mondialisation libérale, droit des peuples à disposer d'eux-mêmes) sont récupérés et dévoyés,

  • les partis d’extrême-droite dans leur grande majorité, de façon opportuniste ou définitive, ont rompu ou prétendent avoir rompu avec le fascisme des générations précédentes ou avec le nazisme,

  • leur soutien à la politique israélienne conforte leur islamophobie et leur sert de brevet de « non-antisémitisme »,

  • ils sont entrés dans une stratégie de conquête du pouvoir qui les conduit à « modérer » ( !) - de fait à euphémiser- leur expression et à édulcorer leur programme,

  • certains à la faveur de coalitions avec des partis de droite dite classique ont pu participer à des coalitions gouvernementales.

En France plus particulièrement, l'extrême-droite a réussi à rompre le cordon sanitaire qui la séparait de la droite « traditionnelle » depuis le double rejet qui la frappait depuis sa collaboration avec le nazisme et l'échec de son opposition violente à la décolonisation.

Certains des thèmes qui lui semblaient propres sont également développés par des éditorialistes installés, venus pour certains de la gauche.

Mais, dans l’exercice du pouvoir, ces partis se sont heurtés à une réalité qui les a amenés à abandonner des mesures-phares qu’ils préconisaient même s’ils ont réussi à influencer dans une certaine mesure les politiques gouvernementales,

Leur participation au gouvernement a déçu les plus radicaux de leurs militants : ils ont donc fait en certains cas le lit de groupes extrémistes d’autant plus virulents et déterminés à agir qu’ils comptent peu de membres.

Aujourd’hui en France, alors que le gouvernement porte une lourde responsabilité dans la banalisation de l’extrême-droite, en ayant repris ses thèmes de propagande dans l'espoir de lui prendre ses électeurs, les dirigeants politiques d’une certaine droite quelque peu douteuse, prenant prétexte du changement de ton du FN présidé par Marine Le Pen sont disposés à passer des accords avec lui. Ils se félicitent de l’évolution du discours de l’extrême-droite alors même que c’est leur propre discours qui s’en est rapproché et qui réussit parfois même à le faire passer pour modéré …

Ce rapprochement avec l’extrême-droite pour des raisons idéologiques et ou bassement électoralistes représente un réel danger qu’il ne faut pas sous-estimer. Le monde change, le discours de l’extrême-droite peut changer, son idéologie profonde reste la même.

Le second danger est lié de façon paradoxale à la prétendue « évolution » ( !) du Front national. C’est celui de la radicalisation d’une certaine mouvance de l’extrême-droite dans laquelle s’activent militants identitaires, fondamentalistes chrétiens, nostalgiques du nazisme, qui ne comptent plus, si tant est qu’ils aient compté dessus, sur le Front national depuis son « recentrage » et qui, pour les plus radicaux d’entre eux peuvent être tentés de passer à l’acte.



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