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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Paroles de Palestine 1999 : Nous devons affirmer nos exigences

28 Janvier 2011 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Palestine

Paroles de Palestine 1999 : Dossier complet

Ali Hamoudeh Syndicaliste et militant politique

PGFTU.jpgLa situation économique dans les Territoires est très difficile. Le taux de chômage varie selon la situation politique, lors du bouclage des Territoires il peut atteindre 50 %. Les emplois sont surtout cantonnés à l'administration. Ainsi à Ramallah, ce ne sont pas moins de 6 000 personnes employées par la sécurité palestinienne. Dans l'agriculture, les difficultés sont multiples : impossibilité d'étendre les terres cultivables qui restent toujours aux mains des colons, pénurie d'eau, etc. A l'exception d'une petite industrie chimique, surtout développée dans la branche pharmaceutique, les investissements industriels sont peu nombreux : jus de fruits, tubes aluminium, bouteilles plastique... D'une manière générale, les conditions ne sont pas remplies pour investir dans la production. Notre indépendance énergétique n'est pas assurée, ce qui laisse à Israël un contrôle important sur notre économie. Que ce soit au niveau agricole ou industriel, les Israéliens mettent toutes sortes de barrières pour entraver la circulation de nos produits.

Les Israéliens font traîner les négociations sur les projets économiques, faisant attendre très longtemps les autorisations. Cela vient d'être le cas pour une exposition de meubles à Ramallah. Si les modalités ont changé par rapport au temps de l'occupation, Israël contrôle toujours la situation. Les territoires sous administration palestinienne représentent d'ailleurs le deuxième marché pour Israël après les Etats-Unis et certaines productions comme le textile et l'habillement restent très dépendantes de l'industrie israélienne. Le tourisme et l'hôtellerie sont des secteurs que l'Autorité voudrait développer, et l'on a beaucoup investi dans les infrastructures pour Bethléem 2000. Quant aux investissements opérés, depuis les accords, par les émigrants, principalement d'Amérique et du Golfe, très peu l'ont été dans le secteur productif. Ils se sont surtout concentrés sur la pierre. Ce qui a d'ailleurs entraîné une forte augmentation du prix de la terre. Les « aides » internationales – 3,8 milliards de dollars – qui auraient dû servir à réhabiliter les infrastructures, à augmenter le niveau de vie, n'ont guère profité à la population. Dans une situation où il n'y a pas encore véritablement de lois, pas de contrôle démocratique, où les agences de sécurité se battent entre elles pour le pouvoir, les détournements d'argent se trouvent facilités. Le problème de la corruption se pose.

Si la situation économique est préoccupante, au plan politique le processus de paix ne correspond plus à nos attentes En 1991, quand il a été lancé à Madrid, nous avions des cartes en mains : le soulèvement, le soutien international... Après la signature d'Oslo-1, nous avons perdu nos atouts : nous nous sommes retrouvés isolés, seuls face à Israël. Pour aborder dans les meilleures conditions les négociations sur le statut final, il nous faut donc sortir de notre isolement et tisser de nouveaux liens avec les pays arabes, africains, européens. Les États-Unis, trop engagés auprès d'Israël, ne peuvent être un médiateur impartial.

Ces négociations exigent de mobiliser toutes nos énergies. Les organisations, les syndicats, les intellectuels doivent prendre toute leur place. Nous devons renforcer nos partis, nos institutions mais je pense que l'Autorité palestinienne n'est pas prête à cela.. Il faut aussi que le peuple soit uni autour d'un programme, d'une stratégie. En Israël, au plan national, il y a un accord minimum entre tous les partis, par exemple sur Jérusalem. Nous devons nous aussi affirmer nos exigences : retrait des colonies, libération de tous les prisonniers, liberté de circulation, contrôle sur la terre, l'air, le sous-sol, les ressources et affirmer que Jérusalem-Est est notre capitale. Les négociations doivent permettre d'atteindre ces objectifs et non pas de les modifier. Il vaut mieux encore ne rien signer, que signer quelque chose qui ne nous accorde même pas le minimum.

Actuellement, la majorité de la population est devenue indifférente à la politique, alors qu'il y a sept ou huit ans, les gens avaient des propositions, des suggestions, maintenant, ils sont surtout préoccupés par les problèmes quotidiens (travail, logement, éducation...). On n'a pas d'opinion publique puissante, l'influence des journaux est très limitée, sans compter que les autorités palestiniennes exercent un contrôle sur la presse. On ne peut pas toujours agir librement. De plus, les décisions ne sont prises que par un seul homme.

Nous sommes engagés sur une voie, mais nous ne savons pas où nous allons, le problème est que nous n'avons pas d'autre choix. La plus grosse erreur, quand nous sommes allés à Madrid, a été de ne pas avoir demandé de définir le but de ce processus. Pour que je monte dans un bus, encore faut-il que je sache quel est le terminus. Si je ne le sais pas, je ne dois pas y monter. Avec Oslo, nous n'avons pas d'unité, ni de continuité territoriale. Les Israéliens ne veulent nous donner aucune possibilité de construire notre indépendance. Alors que va t-il en être du statut final ?

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