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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Salah Hamouri : Réponse à Mme Alliot-Marie (Jean-Claude Lefort)

30 Janvier 2011 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Palestine Prisonniers

"Cer­tains de porter la défense des droits de l’Homme dans ce combat pour libérer Salah Hamouri, nous ne nous las­serons pas de vous demander la justice et sa liberté."


Paris, le 16 janvier 2011

Madame Michèle Alliot-​​Marie

Ministre d’Etat

Ministre des Affaires étrangères

37, quai d’Orsay

75007 Paris


Madame le Ministre,


Salah Hamouri3Dans un courrier daté du 5 janvier, en réponse à ma lettre concernant la situation de notre com­pa­triote Salah Hamouri, vous avez écrit cette phrase finale : « Les auto­rités fran­çaises accordent une attention constante à la situation de Salah Hamouri et ne se satisfont pas de son maintien en détention. Il ne leur appar­tient pas, néan­moins, d’intervenir ou même de com­menter les pro­cé­dures judi­ciaires d’un Etat souverain. »

Cela appelle de ma part deux remarques principales :

1. Est-​​ce que l’Iran – indé­pen­damment de ce que nous pouvons penser les uns et les autres de son régime actuel – est un Etat sou­verain ? Si oui, est-​​ce que la France est inter­venue pour la libé­ration de notre jeune com­pa­triote Clo­tilde Reiss ? Oui ! L’affaire était clai­rement poli­tique et Clo­tilde est désormais, et fort heu­reu­sement, libre. Est-​​ce que le Mexique est un Etat sou­verain ? Si oui, est-​​ce que la France est inter­venue et continue de le faire pour une com­pa­triote fran­çaise, Flo­rence Cassez, incar­cérée pour des motifs d’une toute autre nature ? Oui ! Je pourrais ainsi mul­ti­plier les cas où nous sommes inter­venus, inclus pour « L’Arche de Zoé », dans des pro­cé­dures se déroulant dans des « Etats sou­ve­rains ». Pourquoi cette fois, s’agissant d’Israël, même ne serait-​​ce que « com­menter », c’est non ?

J’aimerais connaître ce qui peut jus­tifier à vos yeux cet incroyable double standard dans le com­por­tement de notre pays.

2. Mais le plus important, qui est de fond, réside en ceci : Israël est un « Etat sou­verain » qui occupe illé­ga­lement des ter­ri­toires pales­ti­niens, fait subir un blocus inhumain à la popu­lation de Gaza et colonise Jérusalem-​​Est – le tout en vio­lation totale du droit international.

Dans ces condi­tions vous ne pouvez pas consi­dérer qu’Israël est un « Etat sou­verain » dans les ter­ri­toires qu’il colonise. La Palestine, toute la Palestine, inclus Gaza et Jérusalem-​​Est, n’est pas partie inté­grante de cet « Etat souverain ».

Or, à vous lire, c’est ce que vous laissez clairement comprendre.

Et c’est inacceptable.

Ainsi :

- Est- ​​ce que refuser une telle occu­pation, qui plus est paci­fi­quement, est de droit et légitime ? Oui ! Or c’est le seul fait tan­gible qui peut être imputé à Salah Hamouri. Et cela lui vaut 7 ans de prison, dont plus de 5 ans déjà accomplis ! Résister est un droit impres­crip­tible. Mais vous portez ce fait à charge contre lui. Inacceptable.

- Salah Hamouri n’a rien fait de condam­nable. Il n’a ni volé, ni tué, ni porté la moindre arme, ni eu le moindre geste négatif contre un rabbin ou contre qui­conque d’autre. Le Tri­bunal mili­taire d’occupation l’a condamné sur la base d’une simple et unique « intention ». Or vous sous­crivez aux fadaises des israé­liens sans la moindre hési­tation : selon vous il fau­drait qu’en plus il s’excuse… Et le fait qu’il s’y refuse, légi­timent, serait la preuve qu’on ne peut pas le libérer de manière anti­cipée car ce refus légitime serait la preuve qu’il y aurait « un risque élevé de récidive » à le libérer. Il ne sortira donc jamais de prison ? Inacceptable.

- Vous écrivez qu’il avait « plaidé cou­pable » ? Mais c’est tota­lement inexact. Le choix devant lequel il était placé au terme de ce qu’on appelle là-​​bas un « arran­gement », autrement dit un chantage, était le suivant : ou bien 7 ans ou bien le double. Il était donc condamné à-priori. C’est d’un « juger cou­pable » qu’ il faut parler. Cela n’a stric­tement rien à voir avec le système du « plaider cou­pable » là où il s’exerce dans des Etats de droit. Encore une fois : c’est un tri­bunal mili­taire d’occupation qui l’a condamné. Et pourquoi un tri­bunal « mili­taire » alors qu’il était étudiant et non pas un soldat ? Tout « sim­plement » parce qu’il fait partie des « occupés ». Il devait être for­cément condamné. Et vous acceptez cela ! Pas nous.

Madame le Ministre, vous avez déclaré, en prenant vos fonc­tions, que la France ne sui­vrait pas une poli­tique exté­rieure dictée depuis l’étranger. C’est en effet le minimum que nous pouvons sou­haiter et admettre ! Mais que faites vous donc en l’occurrence sinon que de suivre à la lettre les accu­sa­tions men­son­gères d’une force occu­pante condamnée et condamnable ?

Notre com­pa­triote franco-​​palestinien, Salah Hamouri est donc dou­blement victime : il l’est parce qu’il refuse l’occupation du pays qui l’a vu naître et il l’est car la France accepte de consi­dérer que c’est une charge qui doit peser contre lui. Je rap­pelle que, franco-​​palestinien, Salah Hamouri est de jure uni­quement français du fait que, comme tous les habi­tants pales­ti­niens de Jérusalem-​​Est, la dimension pales­ti­nienne de sa bi-​​nationalité lui est récusée par Israël.

C’est pourquoi, moi, je ne suis pas « étonné » par votre lettre comme vous semblez l’être par la mienne. Per­son­nel­lement je suis choqué. Choqué par votre réponse qui reprend à la virgule près, sans la moindre pré­caution, les mots et les charges inventés contre un jeune Français par une force occu­pante - et non pas par un « Etat sou­verain »- constamment condamnée par l’ONU.

Oui je suis choqué que les auto­rités fran­çaises n’agissent pas au niveau requis pour obtenir la libé­ration de Salah Hamouri qui, bien que jeune, est fina­lement le plus vieux pri­sonnier poli­tique français.

Je suis choqué que le Pré­sident de la Répu­blique main­tienne son refus de recevoir les parents de Salah. C’est le seul et unique cas où il agit ainsi. Et vous ne pouvez, là non plus, pré­tendre le contraire.

Madame le Ministre,

Un tri­bunal mili­taire – encore un –, celui de Clermont-​​Ferrand, condamnait à mort « par contumace » le général de Gaulle le 2 août 1940 parce que celui-​​ci avait choisi la résis­tance plutôt que la collaboration.

Le général de Gaulle, également déchu de sa natio­nalité fran­çaise, considéra que ce jugement était « nul et non avenu ». Qui oserait pré­tendre qu’il avait tort ?

Un tri­bunal mili­taire d’occupation ou un tri­bunal com­plice d’une occu­pation ne sont que des ins­tru­ments de la puis­sance occu­pante. Ils sont aux ordres. Ce n’est pas la justice. Il n’y a pas d’exception à cette règle. De même que ce concept incroyable utilisé en Israël « d’exécution extra­ju­di­ciaire ». Nous sommes bien dans une situation de guerre. Pourtant vous osez écrire que l’Etat israélien occupant est un « Etat sou­verain » et qu’il est donc libre de faire ce qu’il veut sans que vous ayez à inter­venir ni même à commenter !

Il est vrai que votre posi­tion­nement sur les événe­ments de Tunisie – ne condamnant même pas la répression et appelant à une coopé­ration poli­cière ren­forcée avec ce pays quelques jours avant la fuite du Pré­sident dic­tateur et cor­rompu – n’est pas spé­cia­lement à porter à votre crédit. Mais cela atteint gra­vement la France dans son image au Moyen-​​Orient.

Etant cer­tains de porter la défense des droits de l’homme dans ce combat pour libérer Salah Hamouri, nous ne nous las­serons pas de vous demander la justice et sa liberté. Croyez-​​le bien !

Je vous prie de croire, Madame le Ministre, en mes sentiments distingués.

Jean-​​Claude Lefort

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